Sarah Mullaly et Cherry Vann : l’église anglicane menacée de schisme sur la question LGBT

Sarah Mullaly et Cherry Vann : l’église anglicane menacée de schisme sur la question LGBT

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L’affaire est cocasse, avec l’élection d’une première femme au poste d’Archevêque de Canterbury, qui est le plus haut poste de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane mondiale (25 mars 2026). Mais Sarak Mullaly n’est pas seulement la première femme archevêque de cette église, elle est aussi une militante pour le mariage homosexuel dans l’Église anglicane et défenderesse desminorités sexuelles LGBT. Sa nomination a provoqué un scandale, faisant suite à celle de Cherry Vann, première archevêque LGBTdu Pays de Galles (août 2025). De fortes résistances sont apparues depuis une vaste crise religieuse et interne qui touche l’Église anglicane sur les questions du mariage, de la sexualité et de l’idéologie LBGT. L’Église anglicane est menacée de schisme, alors que plusieurs entités, dont la GAFCON, sont en rébellion plus ou moins déclarée, dans un bras de fer historique entre les conservateurs anglicans et la frange ultralibérale dominant actuellement en Angleterre, mais contestée dans de nombreux diocèses, notamment ceux du Sud Global.

Mais qui est Sarah Mullaly ? Âgée de 63 ans, cette Britannique fit des études supérieures, pour devenir infirmière. Elle a travaillé pendant plus de 30 ans dans les hôpitaux du secteur public en Angleterre et monta les échelons. En l’an 2000, elle fut nommée directrice des soins infirmiers pour l’Angleterre, devenant la plus jeune personne à occuper ce poste. C’est alors qu’elle entama une formation pour entrer dans l’Église anglicane et fut ordonnée prêtre (2002). Sa carrière fut poussée et elle devint une figure emblématique, en cumula des fonctions qui n’avaient jamais été occupée par des femmes dans cette église. Elle devint la 4efemme évêque de l’Église d’Angleterre (2015), nommée ensuite à l’évêché prestigieux de Londres (2018), première femme à occuper ce siège. C’est suite à un scandale de violences sexuelles, autour de Justin Welby, archevêque de Canterbury, qui fut contraint de démissionner, qu’elle a été élue et intronisée 106earchevêque de Canterbury, une première (25 mars 2026).

Des protestations de la hiérarchie ecclésiastique. Cette nomination a fait scandale et est le sujet de vives discussions au Royaume-Uni. Car ni le collège des chanoines, ni le roi Charles III, formellement considéré comme le chef de l’Église d’Angleterre, n’ont tenu compte de l’avis des ecclésiastiques qui ont vivement protesté contre cette nomination. Cette décision du gouvernement britannique a été condamnée, à des degrés divers, par tous les clercs et évêques anglicans conservateurs du monde entier, en particulier sur le continent africain. Le motif invoqué était les opinions de la nouvelle nommée sur le mariage et l’orientation sexuelle, éloignées de l’enseignement biblique. Cependant ce n’était pas la première fois que Sarah Mullaly provoquait le scandale. Alors qu’elle était évêque de Londres, Sarah Mullally avait dirigé et initié le programme de l’Église d’Angleterre : « Vivre dans l’amour et la foi ». Ce programme lancé en 2020, avait suscité d’énormes controverses, sur la question du mariage, de l’orientation sexuelle, intégrant la théorie du Genre. Le programme avait été monté pour préparer le terrain afin d’approuver les unions entre personnes du même sexe, par le Synode. Trois ans plus tard, le Synode de l’Église d’Angleterre approuvait les unions et une « bénédiction », mais pas encore la célébration des mariages des couples de même sexe. Elle avait alors déclaré que : « les relations stables et fidèles entre deux hommes ou deux femmes peuvent être bénies d’en haut », ce qui contredit clairement l’enseignement chrétien et (pour l’instant encore) la doctrine officielle de l’Église d’Angleterre.

The Archbishop of Canterbury Dame Sarah Mullally poses for a photo after an 87-mile pilgrimage from London to Canterbury Cathedral, in Canterbury, England, Sunday, March 22, 2026. (Gareth Fuller/PA via AP)

Le torchon brûle dans l’Église d’Angleterre. Après cette déclaration de Sarah Mullaly, alors évêque de Londres, le chef des anglicans du Soudan du Sud et président de la GSFA, l’archevêque Justin Badi Arama, avait officiellement annoncé qu’il ne reconnaissait pas Sarah Mullally comme chef spirituel, tout comme il n’avait pas reconnu son prédécesseur Justin Welby. Pour appuyer ses propos, Justin Badi Arama avait envoyé une lettre ouverte à la Commission royale des nominations, appelant à ce que le prochain archevêque de Cantorbéry soit une personne qui défendrait la foi non déformée, partagée par l’immense majorité des anglicans du monde entier. Il déclarait : « Nous sommes donc profondément attristés que la personne qui va devenir le chef spirituel d’environ 100 millions d’anglicans dans le monde ait joué un rôle considérable dans l’éloignement de l’Église d’Angleterre de sa propre tradition anglicane et de l’enseignement clair des Saintes Écritures sur les questions de mariage et d’orientation sexuelle ». Il ajoutait également : « C’est un symptôme de plus de la crise de foi et d’autorité qui frappe la Communion anglicane depuis plusieurs décennies ». Avec la nomination de Sarah Mullally au poste d’archevêque de Cantorbéry, l’Église d’Angleterre est désormais menacée de schisme. Ainsi, au sein de la Communion des Églises anglicanes du Sud global (GSFA, qui regroupe plus de dix Églises locales de la Communion anglicane comptant 35 millions de fidèles), la nomination de Mullally a été qualifiée : « d’occasion manquée d’unifier et de réformer la Communion anglicane ».

Des voix s’élèvent pour protester. D’autres personnalités du monde anglican se sont exprimées, comme Andy Lines, évêque missionnaire du Réseau anglican en Europe. Il est convaincu que la nomination de Mullally au poste d’archevêque de Cantorbéry : « démontre l’imposition de la vision du monde des élites occidentales, et non le désir d’interagir avec les anglicans croyants de différents pays et de les unir pour l’Évangile et la mission ». En Afrique, le président du Conseil des évêques de l’association anglicane conservatrice GAFCON (Fraternité mondiale des anglicans confessants), l’archevêque du Rwanda Laurent Mbanda, a appelé Mullally : « à se repentir », notamment de ses positions contraires aux Écritures, ajoutant : « faute de quoi les anglicans orthodoxes ne pourront pas la reconnaître comme leur chef ». Il poursuivait : « Cette nomination met fin à toute perspective pour les anglicans du monde entier, car l’Église d’Angleterre a choisi pour chef une personne qui ne fera qu’accroître la désunion au sein d’une communion déjà divisée ». Enfin, d’autres oppositions et critiques ont été émises, en particulier au Pays de Galles, où une lesbienne déclarée de 66 ans, Cherry Vann, avait été nommée au poste de 15e archevêque anglican du Pays de Galles, alors que le journal orthodoxe Christian Today déclarait que des croyants considéraient cette nomination : « comme un événement tragique ».

L’Église anglicane sera peut-être la première à tomber face à la poussée de l’idéologie LGBT dans l’Occident Global. Le processus est déjà très avancé, mais les résistances sont fortes et mettent en exergue, tant au plan politique, sociétal et religieux, d’une division et d’un fossé profond qui se creuse entre l’Occident et le Sud Global et monde multipolaire.

Pour comprendre qui sont tous ces personnages :

Justin Welby (6 janvier 1956-), de parents alcooliques, sa mère fut l’une des secrétaires particulières de Winston Churchill, avant son mariage en 1955. Jane Portal était aussi une femme volage, en avril 2016, dans un scandale à rebondissements, l’ADN démontrant que son père biologique était Sir Anthony Montague Browne, dernier secrétaire particulier de Churchill. Il fit des études d’histoire et de droit, puis travailla dans l’industrie pétrolière pendant de longues années (1978-1989), pour les compagnies Elf Aquitaine, à la direction britannique d’Elf, et à l’Enterprise Oil. Il quitta son emploi pour entamer des études au séminaire et fut ordonné diacre (1992), puis prêtre dans le diocèse de Coventry (1993). Il occupa bien vite des sièges prestigieux, chanoine de la cathédrale de Coventry (2002-2007), doyen de la cathédrale de Liverpool (2007-2011), puis évêque de Durham (2011-2013). Il fut intronisé 105e évêque de Canterbury (21 mars 2013) et officia pour des cérémonies royales, dont les funérailles d’Élisabeth II (19 septembre 2022), ou le couronnement de Charles III (6 mai 2023). L’église anglicane étant traversée par un débat douloureux à propos de la question LGBT, il prit finalement position pour les militants souhaitant des réformes sur le mariage, le Genre et d’autres positions extrémistes et radicales. En novembre 2024, un rapport fut publié à propos d’un criminel pédophile, l’avocat John Smyth, violeur en série et criminel multirécidiviste, ayant violé environ 130 jeunes garçons et jeunes hommes, dans les années 70-80, au Royaume-Uni, au Zimbabwe et en Afrique du Sud. Le rapport démontrait que Welby avait été informé de ses crimes (2013), mais n’avait pas signalé les faits aux autorités britanniques et sud-africaines. John Smyth mourut de sa belle mort sans jamais avoir été poursuivi (2018). Le rapport publié en novembre 2024 déclencha un énorme scandale, puis sa démission (12 novembre 2024). Cependant il provoqua des remous, en affirmant bientôt que le rapport était erroné (juin 2025), puis accorda « un pardon » à John Smyth qui fut perçu comme une manœuvre de réhabilitation du criminel.

Justin Badi Arama (1964-), originaire de Maridi, Soudan du Sud, il fit des études de théologie en Ouganda et fut ordonné prêtre épiscopalien (1995), gravissant ensuite les échelons dans la hiérarchie anglicane. Il fut nommé évêque de Maridi (2001-2018), soutenant un projet de traduction de la Bible en langue Baka (2016). Il fut élu archevêque et primat de l’Église épiscopale du Soudan du Sud (2018 à nos jours), d’une courte voix. C’est une des figures majeures de l’aile conservatrice de l’anglicanisme, opposée aux réformes sur le mariage, le Genre et la théorie LGBT. Il se rendit à Dubaï pour une conférence (février-mars 2019) et fut nommé Président du Global South Fellowship of Anglican Churches (GSFA), un vaste réseau d’églises anglicanes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Il prit des positions sans équivoque et déclara : « que le Sud Global et la GSFA est la maison de l’orthodoxie au sein de la Communion anglicane et ses membres sont des restes saint qui ont résisté à s’incliner devant les exigences du révisionnisme ». Il participa à une visite œcuménique historique au Soudan du Sud, aux côtés du Pape François. Il joue un rôle important et milite pour la paix au Soudan du Sud et a fait de nombreuses déclarations pour son retour, la dernière en janvier 2026. Il déclarait : « nous voulons voir le Soudan du Sud cette année devenir un pays où il y a une réconciliation, une paix et un pardon réels et véritables, nous voulons que toutes les effusions de sang et violences dans toutes les parties du Soudan du Sud prennent fin ».

Laurent Mbanda (1954-), originaire du Rwanda, il prit la fuite avec des milliers d’enfants, alors que des tensions éclataient entre les Hutus et les Tutsis (1959). Lui est sa famille passèrent plusieurs années dans les camps de réfugiés, près de la frontière avec le Burundi. Il étudia la théologie au Kenya, diplômé au Kenya Highlands Bible College de Kericho. Il fut ordonné prêtre anglican au Burundi. Il étudia ensuite aux États-Unis pour faire des études supérieures, toujours en théologie, en Californie, au Colorado et en Illinois (1984-?), défendant au final un doctorat. Il rejoignit l’organisation humanitaire chrétienne Compassion International (1993-2010) et fut engagé au moment des massacres du génocide rwandais (1994), nommé gestionnaire des secours au Rwanda. Il monta les échelons pour devenir directeur adjoint pour l’Afrique, puis directeur (2005), vice-président (2006) et vice-président du conseil d’administration de l’ONG (2012). Il avait été nommé évêque du diocèse de Shyira (2010-2018), puis Archevêque du Rwanda (2018 à nos jours). L’église anglicane du Rwanda rassemble tout de même 1 million de fidèles. Il fut un soutien et participa à la GAFCON, la Global Anglican Future Conference (2008-2026), participant à la première réunion et conférence fondatrice à Jérusalem (juin 2008). Il fut élu vice-président du GAFCON (2019), président du Primates Council (21 avril 2023) et l’un des chefs de l’aile conservatrice de l’anglicanisme au niveau mondial. A la dissolution du conseil, il fut élu à l’unanimité président du Global Anglican Council. Il annonça lors de G26 de la GAFCON vouloir réformer la Communion anglicane : « alors que les instruments de communion actuels ne répondent plus aux besoins de la majorité des anglicans » (mars 2026). Il refusa le terme de « groupe rebelle » ou « schismatique », mais déclara : « c’est l’Église d’Angleterre qui s’est éloignée de la Communion, la porte reste ouverte pour qu’ils se repentent et se réunissent au corps principal ». A propos de la nomination de Sarah Mullaly, il déclara : « cela contriste l’Esprit Saint et nous-mêmes que la direction de l’Église d’Angleterre soit déterminée à bénir le péché. Nous voulons réorganiser la Communion anglicane selon l’Écriture et la saine doctrine. Concernant les relations homosexuelles, la Bible enseigne que le mariage est entre un homme et une femme, tout autre chose est un péché ».

Andy Lines (1960-), originaire du Royaume-Uni, il fit des études supérieures et s’enrôla dans l’armée britannique (1979-1988). Il fut nommé lieutenant en second et envoyé ensuite à l’académie militaire de Sandhurst (1982). Il fut versé dans le 2e Royal Tank Regiment (mai 1983), promu capitaine (1985) et démissionna de l’armée pour se tourner vers le service de l’Église anglicane (1988). Il fut missionnaire au Paraguay (1991-1999), ordonné diacre (1997), puis prêtre (1998) et chanoine honoraire du diocèse du Paraguay (2000). Il rentra en Angleterre et devint secrétaire général de Crosslinks, un groupe de missionnaires anglicans évangéliques, dont il devint par la suite le directeur des missions (2000-2017). Il était devenu président du Comité exécutif de l’Anglican Mission in England, le bras missionnaire de la GAFCON pour l’Angleterre. Il fut consacré évêque missionnaire (2017) et entra dans l’ACNA (Anglican Church in North America). Mais cette création fut contesté par Justin Welby, qui condamna l’idée d’un « évêque missionnaire » et rappela les règles des frontières diocésaines et l’autorité des évêques en leur sein. Deux évêques soutinrent cependant Lines, Julian Henderson, évêque de Blackburn et Keith Sinclair, évêque de Birkenhead. La Congrégation Christ Church Harris, de l’Église épiscopale écossaise annonça alors qu’elle ne voulait plus rester sous la supervision de l’évêque local, Kevin Pearson : « pour son soutien à l’approbation du mariage homosexuel par l’Église épiscopale écossaise », choisissant de recevoir le ministère d’Andy Lines (24 novembre 2017). Il fut nommé premier évêque président de l’Anglican Network in Europe, une émanation reconnue par la GAFCON (2020-2025). Ses positions restèrent constantes contre le mariage des couples homosexuels et l’intégration d’évêque LGBT, le conflit resta larvé et souterrain avec la tête de l’Église d’Angleterre.

Cherry Vann (années 50-), originaire de Leicester, elle fit des études au Royal College of Music de Londres, puis fit ensuite des études de théologie au Westcott House de Cambridge. Elle fut ordonnée diacre (1989), et fut dans le groupe des premières femmes ordonnées prêtres par l’Église d’Angleterre (1994). Il fut envoyé pendant 30 ans dans le diocèse de Manchester, servant comme aumônière, vicaire, puis fut nommée archidiacre de Rochdale (2009-2020). Elle cacha pendant des années son homosexualité, usant de mensonges et de dissimulation, vivant avec une compagne cachée pendant 20 ans. Elle fut nommée évêque de Monmouth (2020-2025), révélant alors son secret. Elle déclara : « je ne pense pas avoir jamais été malhonnête, je ne pense pas avoir jamais nié, parce qu’on ne ma jamais posé la question directement, mais j’ai travaillé très dur pour la cacher ». Elle fut attaquée par les militants LGBT comme « étant molle » et n’œuvrant pas à défendre l’idéologie et les minorités sexuelles. Elle botta en touche et fut nommée Archevêque du Pays de Galles (août 2025). Sa nomination attrista les fidèles au poins que la partie conservatrice déclara : « l’église du Pays de Galles a dévié de l’enseignement de la Bible, c’est un autre clou douloureux dans le cercueil de l’orthodoxie anglicane ». Elle affirma en réponse : « je n’ai jamais entendu Dieu me dire, ce que tu es est mal, celui qui t’aimes est mal, tu vis dans le péché, je n’ai jamais entendu cela de la part de Dieu ». Interrogée sur le fait que des fidèles quittaient l’église anglicane à cause de sa nomination, elle répondit gênée : « ce serait triste si des personnes sentaient qu’ils doivent quitter l’Église anglicane à cause de ma nomination et je leur demanderais de reconsidérer leur position ». Déjà affaiblie par d’autres conflits, l’Église anglicane du Pays de Galles perdit plusieurs milliers de fidèles, elle refusa d’en tirer les conclusions et est restée obstinément à son poste.