Les élections municipales se sont terminées après un battage médiatique intense, dans une élection considérée souvent en France, comme de moindre importance, par des enjeux locaux très différents selon les contextes et situations des régions. Cependant, elle était attendue comme un curseur important, avant celle de la présidentielle qui arrive en 2027. Bien que le parti présidentiel Renaissance et celui d’Horizons, officines de la Macronie soient peu représentés par des candidats, l’attente des résultats était grande pour sentir le pouls de l’opinion française. Il faut dire que les deux partis, créations artificielles et récentes n’ont pas de profondeur historique, comme peuvent en avoir les grandes formations politiques, que l’on parle de la Gauche Caviar, de la Droite libérale, de La France Insoumise, du Rassemblement National, du Centre ou du Parti des Écologistes. Toutes ces formations dominent largement le terrain régional et municipal, par des ancrages parfois anciens et des héritages, comme celui du Parti Communiste pour LFI, ou du Front National pour le RN, sans parler de la Droite libérale, ou encore du MoDem et la tradition centriste à travers l’UDF pour exemple. Voici une analyse des principaux résultats, d’un point de vue d’ensemble et national, dans les lignes de l’Aurore Nouvelle… le vainqueur aura été le plus puissant parti de France, celui des abstentionnistes !
Le Parti Abstentionniste de nouveau vainqueur de l’élection. Dans une élection attendue, les Français ne se seront pas beaucoup déplacés, avec seulement 57,17 % de participation au premier tour et 57,43 % au second tour. C’est cependant beaucoup plus que lors de la dernière élection municipale, celle de 2020, où les électeurs avaient boudé les urnes (44,66 % et 41,60 %). Ce regain d’intérêt est sans doute du à une conjonction de facteurs divers : en premier lieu la situation difficile de la France, avec une république communautarisée, divisée et traversée de divisions sociales, politiques et religieuses très dangereuses. En second lieu, une crise économique sévère, une France endettée comme jamais, la politique de la peur et des décisions à l’internationale calamiteuses. En troisième lieu, une résistance et une fatigue de la Macronie, faisant réagir des gens par les urnes, des réactions qui ne servent souvent à rien, mais qui permettent pour le système d’avoir une soupape de sécurité. Plus de Français se sont déplacés, mais les chiffres sont toutefois alarmants. En 1995, 70 % des citoyens s’étaient déplacés au premier tour, mais ils n’étaient plus que 67,38 % en 2001, 66,54 % en 2008, 63,55 % en 2014 et 44,66 % en 2020. Avec 57,17 % de participation, c’est évidemment une réaction des électeurs, mais le score est le deuxième plus faible taux de participation depuis 1965, derrière celui de 2020, et les deux records ont été réalisés sous l’ère Macron… Lorsque le pouvoir et le régime sont déficients, la démocratie est toujours malade et le premier parti de France, reste celui des Abstentionnistes. Bien que fustigés et montrés du doigt, ils sont une masse de plus 42 % des électeurs, force politique considérable. Cette force est certes inerte, mais elle en résistance pour une partie, pour l’autre désabusée, pour une troisième partie totalement désintéressée.



MoDem, Macronie et centristes, la crise continue. Ce fut autrefois l’une des idéologies dominantes du paysage français, mais aujourd’hui c’est la Macronie qui domine cet espace (Horizons et Renaissance). Depuis longtemps, les idées centristes libérales, européistes et atlantistes habitent ces partis et n’ont plus rien des racines qui firent le Centre. L’expérience politique a probablement tourné court, avec la présidence de Giscard d’Estaing, malgré des poussées électorales jusque dans les débuts des années 2000. Kidnappé par la Macronie, le Centre loin des standards de modération est devenu le parti de la guerre, des politiques de la peur, des reculades et des compromissions, voire de trahisons de la souveraineté française. La Macronie aura été à la peine pour convaincre dans les municipalités, mais remporte cependant d’une courte tête, une victoire à Bordeaux (Thomas Cazenave), d’autres à Le Havre (Édouard Philippe), Annecy et un modeste arrondissement de Paris, le 5e. Ailleurs c’est l’absence ou la déroute, comme dans la ville de Nice, ou Christian Estrosi a été balayé par le candidat RN, Eric Ciotti. D’autres défaites sont à signaler, notamment à Aubervilliers, à Rennes, à Nancy, à Lyon et à Paris avec une alliance avec le Parti Les Républicains.
Le Parti des Écologistes, reflux et déroutes. Après quelques succès dans les années 90, puis des scores honorables dans la décennie suivante, les écologistes ont subi une défaite historique et ont été balayés de la plupart des villes qu’ils avaient conquises de haute lutte en 2020. La déroute a vu la perte des villes de Bordeaux, de Strasbourg, de Besançon, de Poitiers, d’Annecy ou de Colombes, mais ont résisté en gardant la ville de Lyon de justesse (Grégory Doucet), mais en ayant fait une alliance avec LFI… Ils gardent également Marseille, avec une vaste coalition face au RN (Benoît Payan), mais aussi Tours et emportent Grenoble. L’analyse des commentaires politiques sur cette défaite, notamment une étude d’Ipsos est d’abord le mécontentement des administrés, des politiques contraignantes, ainsi qu’un large désintérêt pour la cause écologiste en général. Beaucoup de stéréotypes négatifs impactent les écologistes, qui n’ont jamais été très forts pour faire passer des messages, présenter un projet d’ensemble, notamment économique qui ferait l’unanimité ou ne serait plus limité aux questions sociales et écologistes.



La France Insoumise, des progressions mais aucune grande ville. Présenté souvent comme : « une menace pour la France », par la Macronie et d’autres partis du centre, de la droite ou de l’extrême-droite, LFI n’auront remporté que des villes qui étaient souvent des fiefs du Parti Communiste. C’est le cas de Vénissieux, les autres villes restant dans la sphère du parti, étant Roubaix, Saint-Denis, La Courneuve, Creil, Vaulx-en-Velin, Montreuil ou Sarcelles, toutes des villes marquées par la pauvreté, un lourd historique des banlieues défavorisées et une forte immigration parquée dans les ghettos de la République communautaire. Contrainte de faire des alliances, La France Insoumise aura compté partiellement dans les magouilles d’un scrutin à deux tours, participant par exemple à la conservation de Lyon aux écologistes, mais aura échoué à remporter par elle-même des grandes villes. Elle est aussi expulsée de régions où elle avait toujours eu du mal à s’implanter, notamment en Occitanie. Elle est ici absente, même si, par ses scores, elle gagne de nombreux élus, ce qui est déjà une petite victoire, d’ailleurs proclamée et parfois même fantasmée comme dans cet article, où : « la Nouvelle France gouvernera bientôt ».
Le Rassemblement National, une percée contenue. Par les magouilles du scrutin à deux tours, et je ne suis pas un partisan de ce parti, ni d’aucun de ceux cités dans l’article, la percée RN aura été contenue. Le fameux « barrage républicain » aura permis d’infliger des défaites au second tour au RN, dans un certain nombre de villes. Mais Eric Ciotti emporte la ville de Nice, conserve la ville de Perpignan (Louis Aliot), mais échoue à Toulon, Marseille, Nîmes ou Tarbes. Il faut remarquer cependant une offensive réussie dans des villes de moindre importance, comme à Carcassonne, Agde, Beaucaire, Bagnols-sur-Cèze, Carpentras, La Seyne-sur-Mer, Menton, Montargis, Vierzon, Amnéville, Saint-Avold, Val-de-Briey Liéven ou La Flèche. Comme pour LFI, le RN se félicite d’une victoire, mais dénonce le « barrage » antidémocratique au nom de la démocratie, ce qui est effectivement assez cocasse. Le parti est cependant historiquement impacté par un manque de cadres et de spécialistes sur des questions pointues. Toujours montré du doigt, par une intense propagande étatique et médiatique, il est intéressant de penser que ses victoires l’ont été souvent en battant des candidats de la Gauche Caviar. Le parti emporte 55 villes de plus de 3 500 habitants, contre 17 en 2020, doublant presque son nombre de conseillers municipaux, passant de 1 544, à 3 006.



La Gauche Caviar, le retour. Longtemps l’un des deux plus puissants partis « fromagistes », dominant même le paysage électoral, la France fut dirigée par par deux présidents socialistes dans le demi-siècle passé, François Mitterrand (1981-1995), puis François Hollande (2012-2017), en sachant qu’Emmanuel Macron était un apparatchik de second rang du PS. Le Parti Socialiste conserve ou remporte d’importantes villes, dont Paris (Emmanuel Grégoire), Marseille, Dijon, Nancy, Lille, Rennes, Le Mans, Pau. Des échecs sont cependant signalés avec les alliances du second tour avec LFI, en particulier à Clermont-Ferrand, Brest, Limoges, Poitiers ou Besançon. Les socialistes auront subi des revers dans quelques villes qu’ils contrôlaient, perdant Clermont-Ferrand ou Brest. Toutefois, le retour d’une certaine vigueur de la Gauche Caviar, permet déjà des annonces chocs, notamment de François Hollande, qui appelle à une candidature indépendante pour la présidentielle de 2027, alors que le Parti Socialiste était considéré comme largement atteint de dégénérescence, d’un déclin certain, qui fut aussi un des résultats de la Macronie. Il semble, qu’avec une dégradation rapide de la France, sous la gouvernance calamiteuse d’Emmanuel Macron, le Parti Socialiste trouve ici des possibilités de reconquérir des électeurs, malgré un historique très chargé d’affaires, de corruptions et de scandales.
Les Républicains, un des partis victorieux, mais balancés par des pertes symboliques. Deuxième poids lourds des partis fromagistes de la République, la Droite libérale, longtemps souveraine et emprunte de l’héritage gaulliste, aura finalement trahi la plupart de ses convictions. Elle a dominé longtemps la politique, après le départ du général de Gaulle, avec les présidences de Jacques Chirac (1995-2007), suivie de celle de Nicolas Sarkozy (2007-2012), mais aura été souvent vaincue par le Parti Socialiste. Elle fut elle aussi, l’une des victimes de la Macronie (2017). Contrebattue sur ses terres par le FN, puis RN, perdant des positions également face à la Macronie, ses trahisons remarquées, surtout durant l’ère Sarkozy, l’auront réduite à une crise qui dure, mais qui n’a pas détruit son réseau provincial. Durant les Municipales 2026, elle a été l’une des grandes vainqueurs de l’élection, passant de 638 à 1 107 communes pour les villes de plus de 9 000 habitants et conquérant ou reprenant 87 villes. Ces succès aura permis à Bruno Retailleau d’affirmer lui aussi une victoire : « les vrais gagnants, ce sont la droite et ses alliés ». Le parti pouvait s’enorgueillir de la prise de Clermont-Ferrand, après 80 ans de domination socialiste, ou encore de Brest, ancrée au PS depuis 1983, de reprendre Besançon sur les écologistes, ou de mettre en échec le RN à Toulon. Ailleurs, le parti conserve ses positions, comme à Orléans, Metz ou Reims, tout en remportant aussi Cherbourg, Colombes, Corbeil-Essonnes, Saint-Brieuc, Istres, Le Chesnay-Rocquencourt, Alençon ou Le Creusot. Toutefois Les Républicains ont été battus à Paris, Lyon, Nice, Nîmes, Grenoble ou Strasbourg, la plupart du temps face à des coalitions de gauche. Conscient des fragilités et d’un électorat fluctuant, Retailleau a déclaré que pour l’élection présidentielle de 2027 : « la Droite devra se rassembler le moment venu et n’avoir qu’un seul candidat ». Immédiatement, la Macronie menaçante, par la voix de Gabriel Attal demandait : « de clarifier la ligne, excluant toute alliance si le parti choisissait une union de la droite ou de l’extrême-droite ».



Mais toute cette agitation médiatique et électoraliste n’aura rien changé à la donne et à la situation de la France et du Peuple Français… les scrutins à deux tours empêchent toujours la démocratie de s’exprimer, les répressions et censures détournent l’électorat, faisant que le parti des Abstentionnistes est toujours le plus puissant de France, très loin devant toutes les formations politiques. C’est toutefois une France silencieuse, qui n’a pas la parole et c’est peut-être justement cette France, qui est pourtant la plus importante. En attendant, les mascarades autour de ces élections « amusent » le peuple, entretiennent l’illusion d’une démocratie, déjà bien malade, rongée par la corruption et qui marche tout droit vers sa perte. Un enseignement de cinquante ans de politique en France : les élections ne font pas la démocratie…
