Municipales 2026 : défaite de la Macronie

Municipales 2026 : défaite de la Macronie

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Il s’agissait d’une élection attendue, alors qu’en France, traditionnellement, l’élection est un peu détachée de la politique nationale, au profit des situations locales et où les couleurs politiques peuvent moins compter. Elle revêtait un enjeu toutefois important, pour comprendre où se trouvait le soutien populaire à Emmanuel Macron et à la Macronie, depuis sa réélection à la présidence de la République en 2022. Les enjeux étaient à ce point importants, que je faisais remarquer une utilisation abusive des médias publics par l’Élysée, pour discréditer des candidats de l’opposition, en défouraillant tout azimut, à droite, à gauche, ou en direction des extrêmes. La cote de popularité du Président Macron était selon les différents sondages pour février-mars 2026, fixée entre 18 et 25 %, un résultat catastrophique, montrant une grande fatigue de l’opinion publique et un désaveu fort de ses années de gouvernance. Rares sont les présidents en France ayant atteint un tel niveau d’impopularité au point que Public Sénat titrait le 24 février dernier : « Sondage : Emmanuel Macron reste un mauvais président pour 77 % des Français », se plaçant même en dessous de son pâle Premier ministre, Sébastien Lecornu.

La Macronie débordée, la poussée de LFI et du RN. Le premier tour des municipales 2026 aura montré une percée remarquée des deux partis du Rassemblement National et de La France Insoumise, réalisant des bons scores et faisant reculer les partis « classiques », que l’on parle de la gauche Caviar, de la droite libérale ou des forces de la Macronie, les partis Renaissance ou Horizons. Dans de nombreuses villes la Macronie a été battue et peine à émerger, notamment à Paris, où Emmanuel Grégoire cavale en tête (Union de la gauche), à Marseille avec Benoît Payan (Divers gauche), à Lyon avec Grégory Doucet (écologiste, EELV), à Toulouse avec Jean-Luc Moudenc (Divers droite), à Nice avec Eric Ciotti (UDR, allié RN), à Bordeaux avec Pierre Hurmic (EELV), alors que la gauche Caviar est le parti « fromagiste » qui s’en tire pour l’instant le mieux, en sortant en tête à Lille, Strasbourg, Nantes ou Montpellier. Mais la gauche atlantiste et européiste semble aussi débordée par La France Insoumise, réussissant souvent à placer un candidat au second tour, dans la quasi totalité des grandes villes. De fait, cette position de force place le parti dans une position d’arbitre incontournable pour le second tour. Le Rassemblement National réalise un bon score, consolidant ses forces et arrivant en tête dans plusieurs grandes villes du Sud de la France, notamment Nice, Toulon ou Marseille, où le socialiste Benoît Payan était talonné de très près par le candidat RN, Franck Allisio. Avec la Macronie grande perdante, dans une déroute historique, c’est la droite libérale qui est aussi en difficulté. Rachida Dati, fantôme de l’époque de Sarkozy a été distancée à Paris, Christian Estrosi restant à Nice derrière Eric Ciotti. En résumé, les grands gagnants du premier auront été le RN et LFI.

Un système antidémocratique à deux tours qui permet toutes les magouilles. Mais le premier tour finalement n’aura qu’une importance relative, car en maintenant le système antidémocratique dans les élections françaises, du scrutin à deux tours, le régime et le système restent à l’abri de mauvaises surprises, les pires magouilles et compromissions, alliances et marchandages auront lieu dans les coulisses, pour un résultat biaisé et qui n’est pas représentatif de l’électorat français. De fait, des candidats et formations politiques minoritaires au premier tour, peuvent se rattraper, dans des alliances de ce que j’appelle : les partis fromagistes. Les barons locaux peuvent ainsi se rassembler, mettre de côté le panel démocratique, pour former des coalitions et des jeux politiques souvent sales. Même si le média de propagande d’État, France Info, parlait de : « la fin de l’hégémonie des grands partis de gauche et droite », il y aura des surprises et la Macronie pourrait se trouver en embuscade pour se placer discrètement aux côtés de ses alliés naturels, dont d’ailleurs de nombreux personnages viennent en réalité : le centre, la droite classique et la gauche Caviar. Ces scénarios d’alliances devraient d’ailleurs se dérouler dans de nombreuses communes, car le morcellement du paysage politique fait qu’au second tour, il y a parfois, 4, 5 ou encore 6 candidats en lice.

Horizons et Renaissance, une défaite remarquée. Le résultat de l’élection est un camouflet pour le Président Emmanuel Macron, qui après une succession de succès, pour des raisons multiples, voit sa première vraie grande défaite politique se réaliser. Elle augure une défaite cuisante de la Macronie à l’élection présidentielle et à celle des législatives qui se dérouleront en 2027. Des deux partis de la Macronie, le plus en difficulté est le parti présidentiel Renaissance, qui n’avait de toute façon pas pu présenter de nombreux candidats, du fait d’un réseau récent et décalé historiquement, par rapport à des forces politiques installées sur le terrain de très longue date. A Bordeaux, l’un des plus gros candidats du parti présidentiel, Thomas Cazenave, n’aura réussi qu’à se placer en deuxième position, distancé par le candidat et maire écologiste Pierre Hurmic. Pour le parti Horizons d’Édouard Philippe, la situation est un peu meilleure, mais pas vraiment brillante. Au Havre, le candidat Horizons caracole en tête, mais ailleurs Christian Estrosi est en difficulté à Nice face à Eric Ciotti, avec 10 points de retard. Enfin, malgré les manipulations médiatiques pour pousser le candidat Horizons à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel aura été battu sévèrement, avec seulement 11-12 % des voix, se qualifiant toutefois de justesse pour le second tour et lui offrant des possibilités de se « vendre au plus offrant »…