La fameuse chaîne de télévision française, souvent brocardée par l’opinion publique et définie comme une parodie de la presse, reste pourtant un élément majeur du contrôle des cervelles en France. Bien qu’elle ait été mis en cause pour le manque d’indépendance éditoriale, pour des fakes news, le manque de rigueur, des choix éditoriaux contestés et une défiance dans les syndicats de journalistes, elle poursuit son chemin. Dernièrement elle fut épinglée pour sa partialité et une position en faveur de l’ex-président Nicolas Sarkozy. Son niveau d’indépendance, ou plus d’allégeance est tel, que Jean-Luc Mélenchon fit dernièrement annuler un débat qui devait se faire avec la candidate LFI, Sophia Chirikou. Il pulvérisa BFMTV en déclarant : « Personne d’entre nous ne doit plus mettre les pieds chez de tels manipulateurs ! ». Mais alors qui se trouve derrière BFMTV ? Vous le découvrirez dans l’article de l’Aurore Nouvelle !
BFMTV, la chaîne d’un milliardaire… Rodolphe Saadé. La chaîne fut fondée en 2005, avec l’ambition de devenir un acteur majeur du paysage de l’information en France. Le pari fut réussi, à coup de millions d’euros et de communications agressives. Il existe hélas des centaines de milliers de foyers français, où cette chaîne tourne en boucle, au moment des informations télévisées, prisées par plusieurs générations de Français. Elle ne fut pas fondée par Rodolphe Saadé, mais fut acquise par lui dans l’été 2024. Le milliardaire franco-libanais, géant du transport maritime et PDG de CMA CGM, fit cette année-là l’acquisition de BFMTV, de radio RMC et du groupe Altice Media, pour la coquette somme d’1,55 milliard d’euros… Il possédait déjà d’autres médias, notamment les journaux La Provence, La Tribune et quelques autres, fondant ainsi un autre empire médiatique des puissants en France.
Un média malhonnête et régulièrement épinglé. En avril 2024, l’Arcom avait lancé un avertissement à la chaîne, pour avoir déformé les propos d’un ancien Premier ministre, sombrant au passage dans l’antisémitisme. BFMTV avait été éclaboussée par l’affaire Takieddine (2020), accusée d’une manipulation médiatique grave. Elle avait diffusé une exclusivité à propos de Ziad Takieddine, un témoin dans l’affaire Sarkozy, où il se rétractait (novembre 2020). Mais le média Mediapart avait révélé que la vidéo avait été « chèrement négociée », et surtout coupée, pour créer un faux document manipulé. Plus tard, Mediapart diffusa des images montrant les dirigeants de l’époque de BFMTV, dont Marc-Olivier Fogiel et Ruth Elkrief, avec l’attaché de presse de Nicolas Sarkozy et coordonnant une action pour monter au créneau et défendre l’ex-président. Elle fut ensuite accusée, surtout après 2022, de la diffusion de propagande ukrainienne brute et non vérifiée, dans un narratif orienté et également manipulé.




Mais qui est Rodolphe Saadé ? Il naquit à Beyrouth, au Liban, le 3 mars 1970. Il était le fils et l’héritier de Jacques Saadé, fondateur du groupe et empire du transport maritime CMA CGM. Son père avait pris la fuite du Liban, au moment de la guerre civile libanaise (1978), pour fonder à Marseille cette compagnie maritime. Lui même fit des études au Canada, passant par l’Université Concordia de Montréal, avant de rejoindre l’entreprise familiale (1994). Il fit ses armes dans la compagnie, occupant des postes à New York, Hong Kong ou Marseille, gérant plusieurs lignes stratégiques, puis la filiale basée en Afrique. Il fut nommé vice-président du groupe (2010), puis Directeur Général (février 2017), prenant la place de son père qui décéda l’année suivante.
Sa fortune explosa grâce… au COVID, qui provoqua une envolée des taux de fret, avec un profit record de 23 milliards d’euros (2022). C’est alors qu’il commença la construction de son empire médiatique. Il fit d’abord l’acquisition de La Provence et de Corse Matin (2022), de La Tribune (2023), du groupe Altice Media, avec BFMTV et RMC (2024) et enfin de Brut (septembre 2025). Mais fort des dizaines de milliards gagnés, il acheta 20 % du groupe de cinéma Pathé, et 4 % du groupe Carrefour (2025). Sa fortune personnelle était estimée à 7,9 milliards de dollars (mars 2026), faisant de lui la 450e fortune mondiale. Il fut aussi classé par le magazine Challenges, à la 6e place des fortunes françaises (2026).
Mais le plus intéressant est sans doute la proximité étroite qui existe justement entre Rodolphe Saadé et le Président Emmanuel Macron. Cette amitié d’ailleurs n’est pas cachée, car elle fut mise en scène publiquement entre les deux hommes. Dernièrement le Président Macron décora Saadé du grade d’officier de la Légion d’honneur, dans une cérémonie ostentatoire dans le Palais de l’Élysée (26 février 2026), en présence de nombreuses personnalités. A plusieurs reprises le président avait déclaré que le gouvernement et la France pouvait compter sur lui, comme partenaire privilégié de l’État. Il avait en effet racheté Gefco, une entreprise logistique française passée sous contrôle russe, probablement à la demande du président. L’homme est également entré dans le capital d’Air-France-KLM et participa au sauvetage d’Eutelsat, là encore sans doute suite à des sollicitations d’Emmanuel Macron. Leur proximité s’est exprimée également lors de l’arrivée de la flamme olympique à Marseille (mai 2024), où ils se trouvaient côte à côte, alors que Brigitte Macron inaugurait un entrepôt solidaire de la fondation caritative du milliardaire, CMA CGM.




Cette concussion entre le Président Macron et les ultra-riches n’est pas une nouveauté, depuis son passage lucratif dans la banque Rothschild, où le futur président rencontra certainement une bonne partie des hommes de finances et de pouvoir. Cette amitié va d’ailleurs jusqu’à la censure et le fait le plus marquant fut l’incident du journal La Provence (mars 2024). Lors d’une visite de Macron à Marseille, le journal avait titré : « Il est parti, et nous on reste »… ce qui avait provoqué la mise à pied immédiate du directeur de la rédaction, sur ordre de Rodolphe Saadé. L’incroyable dictature avait provoqué une grève générale des journalistes du journal, rejoint bientôt par ceux de La Tribune. Cette solidarité populaire, en plus de l’acte éhonté de déni de la démocratie et de la liberté de la presse, avait conduit à la réintégration du directeur et la création d’une charte d’indépendance improbable, dans un pays où la liberté de la presse est garantie depuis la Révolution et la loi de 1790.
Ce n’est hélas pas le seul milliardaire ou millionnaire dans l’entourage intime d’Emmanuel Macron, faisant de lui, beaucoup plus que d’autres présidents, y compris Nicolas Sarkozy, le président des riches et des puissants. Quant à BFMTV, il faudrait plutôt parler de BFMacronieTV… triste constat de l’état de la presse en France.
