L’histoire truculente : le plus gros casse de tous les temps, le vol du Garde-Meuble

L’histoire truculente : le plus gros casse de tous les temps, le vol du Garde-Meuble

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J’inaugure une rubrique historique, qui viendra apporter un peu de légèreté dans mes propos et enquêtes dans l’Aurore Nouvelle. Mon but sera d’aborder des faits cocasses de l’histoire, des mystères, des histoires improbables, des cas plus connus qui fascinent jusqu’à nos jours, des personnages truculents et aux destinées incroyables. J’essayerai de vous apporter également quelques éclairages sur des faits méconnus, tout en tentant de magnifier le roman national français, aujourd’hui victime de révisionnisme, d’oublis, de retranchements coupables ou de manipulations politiques. L’histoire est hélas devenue un vaste champ de bataille politique.

Elle a été kidnappée en France, pour des raisons idéologiques pendables, de destruction de la souveraineté de la France, et pire, elle est souvent mise en scène par un narratif francophobe du cinéma anglo-saxon, américain et britannique pour l’essentiel. Enfin, l’histoire est hélas enseignée de nos jours selon des blocs pulvérisés, sans construction chronologique et manipulée par des visions politiques, et/ou anachroniques de l’histoire. Les époques concernées et traitées sont faussement présentées, par l’oubli de l’état du monde desdites époques : les technologies, la connaissance du monde, l’état d’esprit des citoyens, les idéologiques et croyances du moment, la construction des sociétés. La liste est longue. J’essayerai également d’apporter une histoire plus légère, amusante et passionnante, celle qui fait que l’on aime l’histoire… Elle n’est pas seulement celle des dates et des batailles !

Aujourd’hui je me propose d’évoquer le plus gros « casse » de tous les temps, le fameux vol des joyaux de la Couronne, dans le Garde-Meuble de la royauté, aujourd’hui l’Hôtel de la Marine à Paris. Voici l’histoire hallucinante du Vol du Garde-Meuble :

Vol du Garde-Meuble (du 11 au 16 septembre 1792), dans le contexte de la chute de la Monarchie française et de la journée révolutionnaire du 10 août 1792, le roi Louis XVI avait été emprisonné avec sa famille, à la prison du Temple. En attente d’un procès, dans un Paris en partie tombé dans l’anarchie et le chaos, avec les Massacres de Septembre (2-6 septembre 1792), menacé par l’invasion étrangère alors que les armées prussiennes et autrichiennes s’approchaient de Paris et assiégeaient plusieurs grandes places fortes, un homme, le cerveau du « casse », Paul Miette, officiellement marchand de vins, devait réaliser avec ses complices un vol extraordinaire.

Depuis la chute de la couronne, le Garde-Meuble, qui à son origine abritait le mobilier royal pour les différentes résidences des rois, reçut aussi la garde d’un incroyable trésor : les joyaux de la Couronne. L’incroyable trésor, par un inventaire de 1791, comprenait 10 000 pierres précieuses, pour un poids de 7 tonnes : des diamants, des saphirs, des rubis, des émeraudes et d’autres richesses. Dès le 10 août 1972, des scellés avaient été apposés sur les salles du Garde-Meuble comprenant le trésor. Mais il ne s’agissait que d’un simple bâtiment dans Paris, sans protection et son conservateur, Jean-Bernard Restout avait demandé vainement le renforcement de la surveillance.

Par une indiscrétion, Paul Miette avait appris la présence du fabuleux trésor. Avec l’aide de complices, d’ailleurs pour partie libérés lors des Massacres de Septembre, qui se déroulèrent dans les prisons de Paris, il escalada la façade du Garde-Meuble, dans la nuit du 11 et 12 septembre, avec l’aide de cordes depuis les réverbères se trouvant à proximité. S’étant introduits par le balcon du premier étage, les cambrioleurs brisèrent un simple carreau, ayant percé ensuite un volet intérieur et entrèrent dans la caverne d’Ali Baba… Il n’y avait aucun garde, ni employés dans le Garde-Meuble.

Les voleurs prirent leur temps, on retrouva les restes d’un casse-croûte, des bouteilles vides et des bouts de chandelle. La profusion de pierres précieuses et de trésors était telle, qu’ils ne purent tout emporter, se bourrant les poches, puis filant. Le casse ne fut pas repéré le lendemain, tellement la surveillance du Garde-Meuble était lâche. Aussi les voleurs revinrent dans la nuit du 13 au 14 septembre, alors que l’information se répandait dans la faune des brigands de Paris. On retrouva par la suite des pierres précieuses tombées des poches des bandits, sur le pavé. Dans la nuit du 16 au 17 septembre, une nouvelle troupe de voleurs se présenta pour se remplir les poches, mais une patrouille de la Garde nationale tombant sur deux cambrioleurs, descendant d’un des réverbères… Ils découvrirent qu’ils avaient les poches bourrées de pierres précieuses et de bijoux fabuleux. Dès le lendemain, l’Assemblée législative fut prévenue de la catastrophe, lançant tous les limiers de la police parisienne sur la trace des cambrioleurs.

Jusqu’à ce jour, nous ne connaissons pas exactement le préjudice… Mais la police retrouva des prostituées qui avaient été payées pour leurs services avec des pierres précieuses de la Couronne. La chasse dura jusqu’en 1794 et l’essentiel du trésor fut retrouvé, mais d’autres pièces disparurent, parfois à jamais. L’enquête et les poursuites menèrent à l’arrestation de 17 voleurs, qui furent bientôt jugés. Parmi eux, 12 furent condamnés à la peine de mort, 5 guillotinés sur le champ, 5 acquittés. Paul Miette fut finalement gracié, après un pourvoi en cassation… Il était un voleur récidiviste redoutable, chef d’une bande bien organisée et le cerveau de l’opération. Il avait pourtant été condamné à mort, pour « conspiration tendant à spolier la République ». Jusqu’à nos jours, cette clémence reste un mystère, posant la question d’un commanditaire, de soutiens occultes, personne ne saura jamais la vérité. Il fut condamné en deuxième audience, à 5 ans de prison. Lui et ses complices ne restèrent cependant pas longtemps en prison. Ils s’évadèrent, échappant aux poursuites et de manière incroyable, dans l’époque trouble de la Révolution, il se réinstalla comme marchand de vins à Belleville, avec son propre nom… sur l’enseigne !

Plus tard, les noms du Ministre de l’Intérieur, Roland, qui fut guillotiné pendant la Terreur fut cité comme l’un des commanditaires, avec celui de Georges Danton, Ministre de la Justice… L’hypothèse a donné lieu à des théories folles jusqu’à nos jours, notamment autour d’un joyau qui aurait servi à acheter la victoire de Valmy (21 septembre 1792), au duc et général de Brunswick, chef de l’armée prussienne. Il s’agit d’une légende, largement reprise par de nombreux historiens, mais dès 1889, l’historien Germain Bapst a démontré qu’il s’agissait d’une pure invention et légende urbaine.

Et les principaux joyaux de la Couronne ? Ils font toujours rêver… certains ont été mis en scène par le cinéma, par exemple dans le film américain de James Cameron, Titanic. En voici quelques-uns :

Le Régent : il fut volé par les cambrioleurs, c’était un diamant d’une pureté incroyable de 140,64 carats, trouvé dans les mines de Golconde, en Inde. Il avait été acheté par le Régent de la couronne, Philippe d’Orléans, la plus grande fortune de son temps (1717). Il était estimé à l’époque à 12 millions de livres. Il avait orné la couronne de Louis XV (1710-1774). Il fut retrouvé rapidement après le cambriolage et fut monté sur le pommeau de l’épée de Napoléon Ier. Il est ensuite resté jusqu’à ce jour au Musée du Louvre.

Le Bleu : il fut lui aussi volé par les cambrioleurs, c’était un diamant bleu de 115 carats, rapporté des Indes par un voyageur français, Jean-Baptiste Tavernier. Il fut acheté par le roi Louis XIV (1668), qui le fit tailler pour en faire une pièce unique (réduit à 69 carats). Il fut serti sur la Toison d’Or de Louis XV. Le voleur, un certain Cadet Guillot réussit à prendre la fuite à Londres. L’insigne démantelée, il fut vendu et réapparu chez un marchand londonien, ne faisant plus que 45,52 carats. Il fut acheté par la famille des Hope, devenant le « Hope Diamond ». Il fut revendu à une riche héritière américaine Evalyn Walsh McLean (1912). A sa mort, il fut acquis par le joaillier Harry Winston, qui en fit don à la Smithsonian Institution, à Washington (1958). Des études scientifiques menées en 2005-2008, démontrèrent qu’il s’agissait bien du « French Blue »… Il se trouve toujours à la Smithsonian Institution… Il n’a bien sûr jamais été question de la rendre à son propriétaire : la France.

Le Sancy : il fut volé par les cambrioleurs, c’était un diamant jaune pâle de 55,23 carats. Il appartenait à Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, vers la fin du XVe siècle. Il passa par la cour d’Angleterre, puis de France, avant d’être acquis par le roi Louis XIV (1661). Le voleur inconnu, peut encore le fameux Cadet Guillot, le vendit quelque part, peut-être également en Angleterre. Il ne refit surface qu’en 1828, vendu au prince russe Anatole Demidoff. Le diamant servit de bille… à son fils, avant d’être récupéré, puis fut acquis par la famille Astor. En 1976, le Musée du Louvre acheta le diamant, où il se trouve actuellement.

La Côte-de-Bretagne : également volé par les cambrioleurs, la pierre se trouvait dans les mains de Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, qui transmis à sa mort la pierre à sa fille, la fameuse Anne de Bretagne, deux fois reine de France. Il fut choisi par le roi François Ier pour constituer la base des joyaux de la Couronne, avec 7 autres joyaux, comme un fonds inaliénable de la France (1530). Il s’agissait d’un spinelle rouge, de 246 carats. Il fut retaillé, en forme de dragon (107 carats), pour orner la Toison d’Or de Louis XV. Le voleur Cadet Guillot le vendit également et il refit son apparition à Hambourg (1797), avant de revenir à la Couronne de France, racheté par Louis XVIII (1824). Il est lui aussi au Musée du Louvre. Des 8 pierres d’origines de la constitution des joyaux de la Couronne, c’est la seule à avoir survécu jusqu’à nos jours.

Quant à Cadet Guillot, que devint-il ? Nous ne connaissons pas sa destinée et ce qu’il devint ensuite….