Israël : Bennett et Lapid à l’offensive, Netanyahou sous pression à l’approche des élections

Israël : Bennett et Lapid à l’offensive, Netanyahou sous pression à l’approche des élections

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À quelques mois des législatives d’octobre, Naftali Bennett et Yaïr Lapid lancent une offensive directe contre Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. L’enjeu est limpide : tourner la page d’une ère politique qui dure, malgré les crises, depuis près de deux décennies.

Dans un entretien au Jerusalem Post, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett dévoile son projet de « renaissance israélienne ». Au cœur de cette vision : un objectif clair, celui de faire venir un million de Juifs en Israël en dix ans, en ciblant principalement les diasporas des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Australie. Un plan mûri depuis plus d’un an, présenté comme une réponse stratégique aux défis démographiques, économiques et identitaires du pays.

Mais la véritable nouveauté est politique. Bennett s’allie avec son ancien rival, le centriste Yaïr Lapid, chef de l’opposition. Leur coalition vise à unifier un camp anti-Netanyahou longtemps fragmenté. L’équation est simple : capter à la fois les voix de la droite déçue et celles du centre libéral.

Les deux hommes se connaissent déjà mutuellement. En 2021, ils avaient déjà réussi à écarter Netanyahou du pouvoir, mettant fin — brièvement — à douze années de domination politique. Leur gouvernement, fragile, n’avait tenu que 18 mois. Cette fois, Bennett promet une direction claire, sans rotation du pouvoir.

Au-delà de l’immigration, leur programme s’attaque à plusieurs dossiers explosifs : intégration des ultraorthodoxes dans l’armée et le marché du travail, réforme du système éducatif, et lutte frontale contre le crime organisé. Mais c’est surtout leur promesse d’une commission d’enquête indépendante sur les défaillances du 7 octobre 2023 qui apparait comme la mesure la plus sensible.

Netanyahou a jusqu’ici bloqué une telle initiative, privilégiant une enquête gouvernementale sous son contrôle. Une décision vivement contestée par une large partie de l’opinion publique, ainsi que par les familles des victimes et d’anciens otages, qui y voient une tentative d’échapper à ses responsabilités.

Sur la scène internationale, Bennett dresse un constat sévère : l’image d’Israël serait « au plus bas », notamment aux États-Unis, son allié historique. Selon une nouvelle étude du Pew Research Center, 80 % des électeurs démocrates ont désormais une opinion négative d’Israël. Plus inquiétant encore pour Tel Aviv : cette défiance gagne aussi les jeunes républicains traditionnellement plus proches de l’Etat hébreu.

Reste une contradiction majeure dans la stratégie du duo. Bennett et Lapid excluent toute alliance avec les partis arabes israéliens, qui représentent pourtant environ 21 % de la population. Une ligne dure qui tranche avec leur coalition de 2021, où, pour la première fois, un parti arabe participait au pouvoir.

Ce choix pourrait séduire une partie de l’électorat de droite, mais il complique sérieusement l’équation parlementaire. Les premiers sondages suggèrent qu’en se privant de ces partenaires potentiels, la coalition pourrait manquer de sièges pour gouverner.

À cinq mois du scrutin, une question domine désormais le débat politique israélien : l’alliance Bennett-Lapid peut-elle réellement mettre fin à l’ère Netanyahou — ou ne fera-t-elle que renforcer, une fois encore, la résilience d’un Premier ministre habitué à survivre aux tempêtes politiques ?

Amine Sifaoui