Iran-États-Unis-Israël : guerre latente, paix impossible

Iran-États-Unis-Israël : guerre latente, paix impossible

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Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran tient, pour l’instant, davantage de la pause tactique que de la paix durable. Derrière les déclarations rassurantes, chacun semble surtout chercher à gagner du temps, tandis qu’Israël poursuit ses propres offensives et que la région est totalement disposée à une conflagration.

La grande inconnue est désormais double : les États-Unis veulent-ils vraiment désamorcer la crise, ou simplement préparer la prochaine phase du conflit ? Et, au-delà de ce face-à-face, une autre question s’impose : la Chine restera-t-elle spectatrice ou décidera-t-elle de peser davantage sur le rapport de force.

L’accord de trêve annoncé cette semaine reste donc aussi flou que contesté. Téhéran affirme que le Liban et le détroit d’Ormuz entrent dans le cadre de l’arrangement, tandis que la Maison Blanche soutient le contraire, ce qui alimente immédiatement la méfiance des deux camps.

Sur le terrain, la situation nourrit le doute. Israël a intensifié ses bombardements au Liban, provoquant un lourd bilan civil selon l’ONU, tandis que le Hezbollah a promis de poursuivre ses tirs jusqu’à la fin de l’invasion israélienne, dans le sud du fleuve Litani. Dans ce contexte, parler de cessez-le-feu relève presque du pari sémantique.

En apparence, l’Etat hébreu apparaît comme le principal obstacle à une désescalade réelle. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou laisse entendre que la guerre est loin d’être terminée, ce qui laisse présager d’une augmentation de l’insité du conflit à venir.

Les frappes menées au Liban, présentées comme extérieures à la trêve, montrent surtout que le front régional reste ouvert. À ce stade, la « pause » semble surtout servir à redéfinir ses objectifs, sans renoncer à la pression militaire.

Donald Trump affirme que les forces américaines resteront déployées près de l’Iran jusqu’à la conclusion d’un « véritable accord ». Ce message traduit moins une volonté de paix qu’une stratégie de levier : conserver la menace militaire pour contraindre Téhéran à négocier en position de faiblesse. C’est sans compter sur l’état des stocks de munitions côté américain et la résilience couplée à un arsenal de haut niveau côté iranien.

Les discussions annoncées à Islamabad doivent justement tester cette ligne. Mais les conditions de départ paraissent incompatibles : le plan iranien est jugé inacceptable par Washington, et la proposition américaine l’est tout autant pour Téhéran. Autrement dit, les pourparlers commencent dans un climat de défiance presque total.

C’est peut-être Pékin qui détient la clé la plus inattendue. La Chine a investi massivement en Iran et a tout intérêt à éviter une guerre prolongée qui menacerait l’énergie, les routes commerciales et ses propres intérêts stratégiques.

Pour autant, Pékin ne semble pas prêt à une intervention militaire directe. Sa méthode reste celle de l’influence : appels à la retenue, contacts diplomatiques avec Washington, et recherche d’un compromis qui évite un choc frontal avec les États-Unis. Si la Chine intervient, ce sera probablement par la pression politique et économique, pas par les armes, dans la tradition taoiste et la continuité de l’enseignement de Sun Tzu, « Vaincre sans combattre ».

L’Union européenne, elle, observe avec nervosité cette nouvelle crise. Plusieurs pays membres, sous pression de Donald Trump, évoquent déjà une mission maritime dans le détroit d’Ormuz. Si la situation dégénère, les alliés des États-Unis pourraient être entraînés malgré eux dans un nouveau conflit américain. Si pour l’instant, personne ne veut employer le mot de guerre mondiale, tous agissent comme si cette hypothèse n’était plus impensable.

Amine Sifaoui