C’est une réflexion rare qui n’est pas ou très peu débattue en France, encore moins motivée par la presse de la doxa. Pourtant, après une longue mutation de la vie politique depuis la Révolution française, on assiste à un enfermement et cloisonnement des citoyens et opinions politiques, dans le système des « étiquettes et tiroirs ». A travers cet article de l’Aurore Nouvelle, nous aborderons l’histoire de ces mutations, jusqu’au verrouillage du paysage politique, dans un système subtil de contrôle des populations, sous des oripeaux démocratiques. C’est sans doute le cœur du problème et de la question politique en France, qui ne pourra trouver de solutions, que quand une frange majoritaire de la population prendra conscience de la construction du « système ».
Rare ont été les chocs en France menant à une révolution des « cervelles », ou amenant à un renversement des standards dominants en place. Mais un frémissement toutefois a été observé : le mouvement des Gilets Jaunes. En attendant, le propre de l’opinion publique c’est son incapacité à se projeter au-delà d’un confort individuel et de la vie courte d’un homme. Après moi… le déluge ! Qui en effet en 1788, aurait été persuadé qu’il était possible de mettre à bas le régime monarchique ? Alors dans l’Aurore Nouvelle penchons-nous sur un sujet passionnant et très peu débattu dans l’Hexagone.



La naissance des partis. Lors de la Révolution française, des coteries ou franges politiques se démarquèrent, pour finalement se scinder en d’autres forces politiques qui se combattirent et parfois s’exterminèrent au nom « de la Révolution » ou du « bien commun du Peuple Français ». Quatre groupes politiques émergèrent rapidement : les Patriotes ou Républicains, les partisans de la Monarchie intégrale, les Monarchistes constitutionnels et le Marais.
La frange des Patriotes : Elle se déclina bientôt en Girondins et Montagnards. Les premiers issus de la France provinciale, commerçante et d’une bourgeoisie aisée. Ils furent classés à « Droite », par le simple fait que dans l’hémicycle de la Convention Nationale notamment, bien qu’aucune place ne soit attribuée nominalement, cette frange se massa sur le côté droit. Tout en haut des gradins, à l’extrême gauche se massèrent les Montagnards, d’où leur surnom.
La faction des Girondins fut bientôt décimée, dans un conflit politique où la Montagne ayant pris le pouvoir, l’écrasa impitoyablement. Ceci déclencha l’insurrection fédéraliste en province, de 60 départements contre la Convention, insurrection qui fut mâtée ou qui s’effondra d’elle-même. Elle devait prendre sa revanche lors du coup d’État du 9 Thermidor. La frange de la Montagne est restée la mère des mouvements de la gauche républicaine. La Gironde est restée la mère des mouvements politiques de la droite républicaine.

La Montagne avait été débordée sur sa gauche, par une frange politique dénommée « des Enragés ». Elle fut envoyée à la guillotine par Robespierre, mais survécut sous une forme d’opposition aux différents régimes sous la Révolution et le Consulat. Elle mena des tentatives de coups d’État, des actions terroristes, au point d’être parfois affublée du surnom de « terroriste » (jusque sous l’Empire). Cette frange est la mère des mouvements d’extrême-gauche, qui se divisa ensuite en différents mouvements et trouva son « heure de gloire », durant la Commune de Paris.
La Montagne fut aussi contestée sur sa droite, par le mouvement dit « des modérés », qui fut décimé et dont les chefs furent envoyés à la guillotine après la faction des Enragés, durant la Grande Terreur (1794). D’une certaine manière, c’est la mère des mouvements du Centre-Gauche.
La frange des monarchistes : Elle entra en révolte dès avant la journée révolutionnaire du 10 août 1792, puis la proclamation de la République le lendemain de la bataille de Valmy (22 septembre 1792). Elle fut décimée, émigra et participa à un certain nombre de complots, jusqu’au retour de la Monarchie (Première et Seconde Restauration, 1814-1815). Elle redevint dominante (1815-1830), pour une courte période, mais fut débordée par sa droite par le mouvement des Ultraroyalistes. Ce mouvement politique redevint minoritaire, mais joua encore un rôle jusqu’à la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle (Action Française, Camelots du Roi). Elle fut bien prêt de provoquer une nouvelle restauration, dans les premières années de la IIIe République, sous la présidence de Mac Mahon (tentative avortée du 16 mai 1877). Après cet échec, la frange monarchiste s’affaiblit progressivement, pour devenir marginale et séparée entre divers mouvements dont l’Alliance Royale. Elle s’affaiblit d’autant plus, qu’elle resta divisée entre une frange « légitimiste » et une frange « orléaniste », cette dernière héritière de celle de la Monarchie constitutionnelle et d’un exemple à la « Britannique ». Avec le comte de Paris et quelques personnages, elle se trouva plus tard liée aux branches de la droite républicaine, jusqu’à la fin du XXe siècle.
La frange du Marais : cette fraction siégeait en bas des gradins et au centre de l’hémicycle, ce qui donna son surnom « de Marais ». Elle était majoritaire, fluctuante, modérée et votant en fonction des événements politiques. Cette frange par son nombre était dominante, elle joua des rôles dans les différents changements de régime, notamment dans la chute de Robespierre, le Consulat ou l’Empire et n’a cessé d’exister sous différentes formes jusqu’à nos jours. Ses héritiers logiques sont les partis du Centre et la Macronie à l’heure actuel. Elle n’a jamais cessé de se compromettre, moteur partiel de l’écrasement de la Commune de Paris, masse silencieuse du soutien au maréchal Pétain. C’est la France politique des « Barras et des Tallien », masse d’une petite et grande bourgeoisie, affairiste et intéressée, traversée par des lobbyings et influentes par ses réseaux nombreux et étendus. Elle a toujours été liée aux milieux de la banque, de l’industrie, du commerce et joua un rôle important avec la Gauche républicaine dans l’édification de l’Empire Colonial français (1860-1930, pour l’essentiel).



Les mutations politiques et la disparition de mouvements. Ces mouvements connurent de profondes mutations politiques, avec le siècle des idéologies (XIXe siècle), la naissance du socialisme, de l’anarchisme, du communisme, du nationalisme (Boulangisme en France). Certains mouvements disparurent quasiment, comme le Bonapartisme, lié bien sûr à l’expérience impériale, le mouvement devait s’effondrer rapidement et disparaître après l’écroulement du Second Empire. Le mouvement anarchiste connu une activité importante, notamment et surtout en Espagne, en France, en Russie ou en Italie, jusqu’à l’expérience ultime durant la Guerre d’Espagne (1936-1939). Le XXe siècle vit l’apparition de nouvelles idéologies, issues des premières, pour la plupart totalitaires et fonctionnant avec un parti unique : le fascisme, le nazisme et le communisme (avec sa branche stalinienne et maoïste). L’expérience des régimes totalitaires mena à l’écroulement de ces régimes, sauf dans le cas de plusieurs pays. Ces mouvements connurent une évolution, mutation, vers des formes hybrides, ou des assimilations dans des idéologies dominantes locales (le cas de l’Espagne avec l’européisme). Pour d’autres pays, cette évolution conduisit à la situation que nous connaissons, à Cuba, en Chine, au Vietnam, avec des variantes (ici toutes issues du communisme). En Occident, le modèle démocrate et capitaliste accoucha de plusieurs mutants, parmi lesquels l’européisme, le mondialisme ou globalisme, le wokisme, ou des formes issues d’aspirations de la société, comme l’écologisme.



Le constat des échecs du XXe siècle et l’étranglement de la démocratie. Par un effet d’une longue mutation et des observations des pouvoirs et des systèmes dominants de gouvernance (Ordre Mondial, Système Globalisé), la démocratie qui paraissait être devenue le standard dominant mondial, avait été perçu de l’intérieur comme dangereuse. En Allemagne, les urnes avaient amené Adolf Hitler à la Chancellerie du Reich (1933). Dans d’autres pays, elle fut perçue comme dérangeante, notamment au moment du référendum pour le Traité de Lisbonne (2005-2007). Le Peuple Français avait voté contre à 53,7 %… nécessitant un artifice du Président Nicolas Sarkozy pour l’imposer de manière antidémocratique. Plus jamais un référendum ne fut organisé en France de cette date. En 1985 et 2012, deux petits pays européens, le Groenland et l’Islande avaient fait barrage à l’Union européenne. En 2014, des populations russes ethniques avaient fait séparation de l’Ukraine, ou rejoint directement le giron russe (Donbass et Crimée, 15 mars et 11 mai 2014). D’autres élections posèrent problèmes, surtout dans le contexte européen, au Danemark, au point de refaire un référendum (encore Lisbonne), ou en Roumanie (avec l’annulation des élections, 24 novembre 2024).
Pour dominer : les étiquettes et un vernis de démocratie. L’ingénierie sociale utilise désormais depuis longtemps la division et la multiplicité des partis. En France, cette domination d’une sorte de parti unique, rassemblant deux ou trois formations politiques, a été acté par le suffrage universel à deux tours. Le deuxième tour permet systématiquement aux formations dominantes d’écraser l’essentiel des forces qui dérangent. La pluralité des partis a permis également de disperser les mouvements, tout en éclatant les plus dangereux pour le système en différents sous-mouvements. Certaines franges se sont adaptées, après des crises sévères, notamment par la fondation du Front de Gauche et de La France Insoumise (années 2000-2010). C’est un exemple unique de rassemblement, avec des alliances plus ou moins pérennes, des forces syndicalistes, communistes, trotskistes, anarchistes, communistes, socialistes-révolutionnaires. A part cette exception notable, le paysage est morcelé en une multitudes de factions politiques divisées et de fait, seuls quatre ou cinq grands groupes politiques dominent le paysage politique, mais trois d’entre eux, par alternance ou vases communicants, conservent jalousement le pouvoir : la Montagne, la Gironde et le Marais (Gauche Caviar, Droite libérale, Macronie ultralibérale). Ces trois franges sont minoritaires au plan national. Elles ne peuvent rassembler, en fonction des élections que 15 à 25 % des voix exprimées. C’est un système habile de gouvernance et domination des minorités, sur la majorité, dans une illusion démocratique. Les trois factions politiques réunies arrivent parfois tout juste à la majorité absolue des voix, car le plus puissant parti politique français est celui… des abstentionnistes, des non inscrits sur les listes électorales, appuyés par de petits formations en résistance, ou mouvements citoyens : souverainistes, réseau Solaris, groupes de réflexion sur la Constitution, mouvements associatifs divers, sur des réflexions portant sur l’alimentation, l’écologie, d’autres préoccupations citoyennes.




Pour l’instant, le système maintient l’illusion de la démocratie, ayant des moyens considérables : l’immense majorité des médias sous contrôle, des moyens financiers sans limite (Haute Finance, banques internationales, oligarques, millionnaires et milliardaires), et une légitimité artificielle et virtuelle. Ce système a intérêt d’ailleurs à la division politique, notamment et surtout dans les réseaux qui sont hors de son contrôle direct, ou seulement partiellement. Le petit jeu étant de maintenir suffisamment d’électeurs devant les urnes… dans une sorte d’immense jeu télévisé ou de TV réalité, soit au moins 50 à 55 % des électeurs. En deçà, le danger est grand d’une perte de légitimité rapide, d’où les campagnes massives pour fustiger les abstentionnistes, les menaces d’imposer un système d’amende pour obliger à voter (déjà en place en Belgique), ou des campagnes pour indiquer que ces citoyens, quoi qu’il arrive : « n’ont pas la parole, et doivent la fermer ». Jusqu’à quand la population se laissera faire ? C’est là, la question, mais encore faudrait-il qu’elle en prenne conscience et pour cela reçoive une véritable éducation républicaine. Un espoir toutefois, lors du mouvement des Gilets Jaunes, nous avons assisté au début d’un réveil, avec une population venant des divers horizons politiques dont nous avons parlé, ou ayant voté un jour pour l’un ou l’autre des ces partis. Le premier frémissement sera-t-il suivi d’autres ?

