Voici une enquête capitale sur le complexe militaro-industriel français, alors que ce dernier a subi des mutations et transformations majeures depuis une quarantaine d’années. Après un rappel historique de ce complexe, nous aborderons les 8 fleurons français du complexe militaro-industriel de la France, ou du moins ce qu’il en reste. Vous découvrirez qui sont les vrais propriétaires de ces grands groupes, avec pour chacun une rapide évocation de leurs évolutions. Dépecés, démembrés, ouvertures à des actionnaires douteux, entrées en bourse, mondialisation, personnages sulfureux, grands fonds d’investissements américains, le tableau est terrifiant. Dans une deuxième partie de cette investigation, vous découvrirez une incroyable chronologie des principaux scandales qui n’ont pas cessé de défrayer la chronique depuis 10 ans. Les affaires se suivent et s’entrelacent, parfois même en impliquant plusieurs des fleurons « dans des bons coups ». Un nom revient en boucle depuis quelques années, sorte de compère « guilleri » des hauts dirigeants de ces groupes : Emmanuel Macron. Le constat à la lecture de cette enquête est accablant et triste pour la France, alors pour découvrir les dessous de ce complexe, voici dans l’Aurore Nouvelle cette grande investigation citoyenne.
De la naissance du complexe militaro-industriel français. C’est une très longue histoire que celui du complexe militaro-industriel français, car la France possède l’une des plus anciennes traditions militaires de production de ses armes. La fondation de l’armée française est fixée souvent à l’époque de Charles VII, dans les affres de la fin de la Guerre de Cent Ans. Il n’y avait pas avant cette époque d’armée française, mais une armée royale non permanente. En cas de conflit, le roi faisait appel au ban et arrière ban de ses vassaux, faisant à leur tour de même. Un des premiers embryons de cette armée permanente fut la Garde écossaise (1422-1425), qui fut dissoute avec les autres compagnies de gardes du corps du roi, au début de la Révolution (1791). De cette époque et sous l’impulsion de différents ministres, cette armée permanente nécessita bientôt des armes, des approvisionnements. Ainsi naquirent les premiers embryons du complexe militaro-industriel français. Son créateur, grand ministre et personnage central du règne de Louis XIV, fut Colbert qui développa des manufactures royales, bénéficiant de privilèges. Le but était de garantir une supériorité militaire, par un armement qui se standardisa à partir de cette « guerre en dentelles ».



Des manufactures à de grandes usines publiques ou privées. En quelques décennies furent fondées plusieurs grandes manufactures, dont Saint-Étienne (1764-2001), la manufacture de Charleville (1675-1836), le berceau du fusil réglementaire. C’est elle qui mit au point le célèbre fusil modèle 1777, l’arme des troupes françaises de la Révolution et de l’Empire. Ce fut ensuite le tour de la manufacture de Tulle (1690-1971), celle de la marine avec l’arsenal de Rochefort, et les corderies royales. Un peu plus tard, sous Louis XV fut créée la manufacture de Klingenthal (1730-1962). D’autres encore émergèrent, comme celle de Versailles (1793-1818), mais celle de Saint-Étienne devait connaître un développement sans exemple. Elle fut transformée en usine moderne (1864-1868), capable de produire jusqu’à 200 000 armes par an. A son apogée, la firme MAS, son héritière pouvait sortir 1 600 fusils par jour… De ces époques, la Révolution industrielle vînt profondément changer la face des unités de production, avec l’apparition d’entreprises d’armements dans le privé. L’un des plus célèbres est l’entreprise des frères Schneider (1836), dans la ville du Creusot. L’entreprise deviendra le pendant de Krupp pour l’Allemagne, mettant au point des armes qui feront la gloire de la France, comme le fameux canon de 75 mm modèle 1897, la production de canons lourds de 155 mm, ou encore l’un des premiers chars français, le Schneider CA1 (1916).




La fin d’une époque et une profonde mutation du complexe militaro-industriel. Schneider est un exemple, car le propos n’est pas de faire une histoire de ce complexe. Entre l’époque du Second Empire et l’après Seconde Guerre mondiale, les évolutions techniques, l’apparition des forces motorisées, puis mécanisées, la production de masse, l’apparition de l’arme blindée, de l’aviation, d’armes chimiques, firent naître de nombreuses entreprises dont l’ambition était de vendre à l’État ses innovations. Après des périodes pionnières, des rachats ou des fusions, ces entreprises devinrent parfois de grands groupes et la géopolitique devait aussi profondément changer la production d’armes. L’apogée de cette période se situa entre les deux guerres mondiales, avec des commandes massives de l’État et une profonde évolution des technologies, mais aussi des besoins pour l’entretien d’une armée moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, l’armée française devint un enjeu pour le bloc démocratique, faisant face au bloc démocratique. Bien que l’armée allemande fut remise sur pied (dans des conditions douteuses, 1952), l’armée française restait la principale force devant s’opposer à une éventuelle invasion soviétique. De fait, la France garda une armée nombreuse, alimentée en hommes par la conscription nationale et son complexe militaro-industriel étatique. Son apogée se situa en 1982, alors que les usines d’armements de l’État employaient plus de 310 000 personnes. La chute de l’URSS devait rebattre les cartes… et les premières trahisons des politiques le conduire à sa perte.
Un démantèlement du complexe militaro-industriel de la France. Dans les années 90, sous les présidences de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac, ce complexe fut restructuré et bientôt privatisé. Le gouvernement français, pour des raisons de crise économique, de fin de la Guerre Froide avec la chute de l’URSS, procéda à une liquidation de cette armée. Ce fut d’abord l’abandon de production de fusils d’assaut, une première en France, qui avait toujours produit ses armes légères, mais aussi des munitions de petits calibres, la production de canons de petits calibres, de blindés légers et d’un grand nombre de matériels. C’est sous Jacques Chirac que l’armée française, l’un des creusets de la Nation fut touchée à mort, par la fin de la conscription nationale. L’armée repassait à une armée professionnelle et de « mercenaires », des standards de l’Ancien Régime choquants. Dans toute la France, les anciennes casernes furent fermées, les mobiliers vendus au rabais, les bibliothèques des mess bradées, des bases abandonnées et de très nombreuses unités militaires dissoutes. Sans commandes de l’État, alors que la France estimait que plus aucune menace n’existait, ou qu’une armée « service minimum », ou « fast food » serait suffisante, notamment pour des opérations extérieures limitées, contre quelques terroristes en babouches, ou des « révoltés » ou « pirates » aux confins du monde, le complexe militaro-industriel tomba pour l’essentiel dans l’escarcelle du privé, d’actionnaires, avec des fusions au niveau européen ou mondial.
Les derniers fleurons. Parmi ce qui reste de ce complexe militaro-industriel, 8 entités forment ce complexe que voici :
KNDS ex Nexter (Versailles), successeur des Arsenaux d’État français (1764-1936), encore propriété de l’État français, produisant des véhicules blindés, des canons ou des munitions. Le groupe porta le nom de DEFA (1945-1973), puis de GIAT industries (1973-2006), puis de Nexter (2006-2016). Avec la liquidation de l’armée française, le groupe se trouva sans commande et proche d’un désastre (1990-2004). Ces débris furent sauvés, mais le groupe fusionna avec l’Allemand Krauss-Maffei Wegmann, pour former KNDS… un groupe franco-allemand, « le géant européen du blindé ». Cette fusion fut signée par le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian et Ursula von der Leyen (29 juillet 2015), au milieu du mandat de François Hollande. Les actionnaires sont à 50 % l’État français et à 50 %, la famille allemande Bode-Wegmann. Dernièrement, les deux entités qui œuvraient encore sous leurs noms respectifs ont été définitivement rassemblées sous le nom de KNDS (2023). Une introduction en bourse, dans la suite d’une mondialisation très avancée du complexe est en marche, elle aura lieu officiellement en juin 2026. En mars 2026, le Chancelier Merz a annoncé son intention de prendre une participation importante, soit une minorité de blocage pour le gouvernement allemand, de 25,1 %.



Arquus (France), une fusion des grands noms historiques de l’industrie automobile militaire. Par diverses fusions, de Renault, Berliet, Latil, Panhard, Somua, Acmat ou Auverland, le groupe est devenu quasiment le seul producteur de véhicules à roues de l’armée française. Le processus, toujours dans ce mouvement de mondialisation, mais aussi de constitutions de géants industriels, s’est terminé par la fusion de Renault Trucks Defense, avec Acmat et Panhard (2018), prenant le nom d’Arquus. Cependant le groupe est entré dans celui du groupe industriel belge John Cockerill (2 juillet 2024). Ce groupe est une holding et propriété de la famille Serin, ayant racheté John Cockerill en 2002. En 2024, les États belge et français sont devenus des actionnaires du groupe (pour 10 % chacun), alors qu’Arquus était racheté via Cockerill par la famille Serin. Cockerill est possédé à plus de 80 % par la famille Serin et n’est pas cotée en bourse. Les 19,35 % restants sont possédés par les cadres dirigeants du groupe et il n’y a pas dans ce groupe d’ingérence de fonds d’investissements étatiques, américains ou européens.



Airbus Defence and Space (Allemagne), le groupe fut formé à la suite de la fusion de l’Aérospatiale (France), de DASA (Allemagne) et de CASA (Espagne). Ils fondèrent l’EADS (European Aeronautic Defence and Space (2000), devenant 2e groupe aérospatial mondial derrière l’américain Boeing (présidence de Jacques Chirac). Le groupe fut restructuré sous le nom d’Airbus (2013-2014), sous la présidence de François Hollande. Une des divisions fut Airbus Defence and Space, par la fusion d’Airbus Military, d’Astrium et de Cassidian. Le groupe Airbus est également coté en bourse, ses actionnaires sont à 62 % institutionnels et publics, dont des États, mais la France possède 10,86 % du groupe, l’Allemagne, 10,85 % et l’Espagne, 4,09 %. Parmi les actionnaires institutionnels d’Airbus, citons toujours la même fine équipe que l’on retrouve un peu partout : Capital Research and Management (USA, 9,93%), BlackRock (USA, 4,73%), Vanguard (3,21%), le TCI Fund Management (3,03 %)…



Dassault Aviation (Paris), propriété du Groupe Dassault, lui même encore dans les mains de la famille Dassault. Le groupe n’est plus à présenter, c’est d’ailleurs le seul constructeur d’avions militaires encore dans les mains de la famille à la base de sa fondation. La famille Dassault par la holding Groupe Industriel Marcel Dassault (66,86 %) et ses propres parts, atteint environ 80 % des droits de vote au conseil d’administration, tandis que les autres actionnaires sont Airbus (10,65 %)… et toujours des fonds d’investissements américains ou européens. Parmi eux BlackRoch, Vanguard, Fidelity, le groupe européen Amundi, la Norges Bank Investment Management (fonds souverain de Norvège), ou la DWS (Allemagne). Il y a aussi des fonds de pension anglo-saxons, comme le Fonds CalPERS (Californie), ou le Fonds CPPIB (Canada). Parmi les fonds d’investissement d’États étrangers, signalons le NBIM (Norvège), ou l’émirati Mubadala.



Safran (Paris), plongeant son histoire dans les pionniers de l’aviation, son ancêtre la société Gnome fut nationalisée par l’État français, pour devenir la SNECMA (1945, Société nationale d’études et de constructions de moteurs d’avions). Mais le groupe s’allia à l’américain General Electric (1974), afin de former CFM International, le leader mondial des moteurs de l’aviation civile. La SNECMA fusionna ensuite avec la Sagem pour fonder Safran (2005), sous la présidence de Jacques Chirac. Dans le processus de mondialisation l’entreprise Safran a été cotée en bourse. L’État français est resté un actionnaire, mais avec une faible participation de 11,7 %. Pour le reste, environ 57 % des actions sont aux mains d’investisseurs institutionnels, de fonds de placements, etc, le reste étant aux mains d’actionnaires particuliers ou publics. Parmi les actionnaires principaux citons : BlackRock (USA, 4,94 %), le TCI Fund Management Limited (Royaume-Uni, 7,29 %), la Capital Research and Management Company (USA, 5,2 %), ou le groupe Vanguard (USA, 3,67 %). L’empreinte de la finance international est ici presque… caricaturale.



MBDA (Le Plessis-Robinson, France), est un groupe qui est le résultat d’une série de fusions internationales, avec Matra Defense (France), Bae Dynamics (Royaume-Uni), GEC-Marconi (Royaume-Uni), Alenia Difesa (Italie), dans les années 1996-1998. Puis ce fut la fusion de tout ce petit monde pour former MBDA (décembre 2001), sous la présidence de Jacques Chirac. En plus de ces pays, le groupe possède une filiale en Allemagne et une autre en Espagne (2006-2010). Comme dans les autres secteurs, cette création visait à former un géant européen de l’industrie européenne des missiles. Le groupe est possédé par trois actionnaires majeurs, à savoir… BAE Systems (Royaume-Uni, 37,5%), Airbus Group (France et Allemagne, 37,5 %), et Leonardo (Italie, 25 %). Dans son domaine le groupe était donné pour être le 2e constructeur mondial, pour 16 % des parts du marché. C’est ce groupe qui produit notamment les Storm Shadow et Scalp-EG envoyés à l’Ukraine, où par filiation qui produisit l’Exocet. Notez que BAE Systems est une entreprise cotée en bourse, où l’on retrouve les mêmes larrons… à savoir Capital Research an Management Compagny (USA, 12 %), BlackRoch (8 %), ou Vanguard (5,3 %). Quant à Leonardo, il s’agit là aussi d’une entreprise cotée en bourse, dont l’État italien est actionnaire pour 30,2 %, mais l’on retrouve encore systématiquement : Capital Research and Management Company (5,05%), Vanguard (3,07%), BlackRock (2,77%), ou la Norges Bank Investment Management (1,47 %).



Naval Group (Paris), entité héritière des anciens arsenaux navals de Brest et Toulon, qui devinrent la DCAN (1961), puis la DCN (1991). Elle fut transformée en société de droit privé détenue à 100 % par l’État français (2001-2003), sous la présidence de Jacques Chirac. La DCN fit l’acquisition de la branche navale de Thales (2007), pour devenir la DCNS, puis fut rebaptisée à l’ère Macron, Naval Group (2017). Le groupe n’est plus possédé majoritairement par l’État, mais il reste à la tête de 62,49 % des participations, devant Thales (35 %) et les salariés de l’entreprise (2,51 %). C’est ce groupe qui est le constructeur des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, des frégates, porte-avions ou navires de guerre de la Marine nationale. En février 2026, le Naval Group a acquis 20 % d’une filiale de Thales, la cortAlx France, s’occupant d’IA. Mais Thales est quant à elle cotée en bourse… Le groupe est possédé par Dassault (27,07%), l’État français (26,59%), mais aussi toujours les mêmes acteurs anglo-saxons : BlackRock (4,19%), ou Vanguard (1,89%), et bien d’autres fonds d’investissement américains.



Thales (Paris), que nous venons de citer dans ses actionnaires, est une vieille entreprise française fondée en 1893 (Compagnie française Thomson-Houston). Le groupe fut nationalisé sous la présidence de François Mitterrand (1982), subissant des coupes tragiques dans ses effectifs. Il fut finalement de nouveau privatisé (1998), sous la présidence de Jacques Chirac. Après ces aléas, Thomson-CSF fut rebaptisé Thales (décembre 2000), acquérant bientôt Radical Electronics (Royaume-Uni, 2000), puis une division d’Alcatel (2006) et faisant entrer massivement Dassault Aviation dans son capital (2008, 20,8%). Précédemment Thales était entré pour 25 % dans le Naval Group (2007). Le groupe s’est repositionné en faisant un virage stratégique vers la cybersécurité. Il a alors fait l’acquisition de Gemalto, spécialisé dans la sécurité numérique (2019), puis d’Imperva pour les mêmes raisons (2023).



Une analyse intermédiaire. A la lueur de cette analyse pointue des propriétaires actuels des 8 fleurons français qui sont les plus grands producteurs d’armes et fournisseurs de l’armée française, on constate d’abord la puissance de la famille Dassault. Elle est impliquée à la fois dans son propre groupe, mais aussi dans la construction navale (Naval Group) et dans Thales, pour d’importants pourcentages d’actions. Depuis 1982, le complexe militaro-industriel français étatique a été massivement démantelé. Le processus a commencé sous la présidence de François Mitterrand, mais c’est surtout sous celle de Jacques Chirac que « le coup » a été initié. Par la suite, le processus s’est poursuivi, sous les deux présidents suivants, Nicolas Sarkozy, puis François Hollande. C’est à cette date que le dernier fleuron français est tombé (2015-2016). Par les fusions, privatisations, ventes, ouverture en bourse, la porte a été ouverte à une multitudes de fonds américains, européens et anglo-saxons. Cette deuxième étape a été précédée par une première, où certains des fleurons ont été fusionnés avec d’autres partenaires européens, pour l’essentiel, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Espagne. L’ouverture en bourse et la transformation du complexe vers des géants « compétitifs » a permis ensuite l’infiltration des fonds d’investissements. Les plus présents sont BlackRock, Vanguard ou Capital Research and Management Company, mais le fonds souverain norvégien est aussi souvent au fond de la classe (Norges Bank Investment Management).
L’indépendance de ces fleurons stratégiques est désormais illusoire. Ces fonds peuvent faire pression pour des raisons politiques ou géopolitiques. Réunis, ils possèdent un pouvoir de nuisance important (entre 8 et 15 % selon les cas). Ils sont en capacité d’user de chantage, pouvant menacer de liquider leurs parts en bourse et créer des chocs. Même s’ils ne sont pas en contrôle, ces parts sont déjà suffisantes pour influer sur 6 des 8 fleurons (sauf KNDS et Arquus). Toutefois, KNDS sera ouverte en bourse en juin prochain… provoquant immédiatement l’apparition de ces fonds américains et étrangers. Pire encore, l’Allemagne, voyant le danger a affirmé prendre 25,1 % des actions, mais le groupe historique français pour l’armement terrestre, suivra désormais le même processus que les autres : une mondialisation et une prise de contrôle par la haute finance internationale. Le cas de la famille Dassault pose problème. Cette famille a acquise une position stratégique majeure et peut en quelque sorte faire la pluie et le beau temps, dans 3 des 8 groupes. Un véritable État dans l’État faisant de cette famille, un enjeu stratégique politique, industriel et militaire majeur. Même la famille Krupp en aurait rêvé en Allemagne, elle qui atteignit une influence considérable pendant tout le XIXe et XXe siècle. Une autre idée semble se profiler, c’est une idée politique : celle de la formation d’une « Europe de la Défense », d’une « armée fédérale européenne ». Le complexe militaro-industriel français n’existant plus de manière souveraine, il est déjà au service de ces projets. Songez par ailleurs que la personnalité qui signa l’accord pour la fusion de Nexter était Ursula van der Leyen. Elle est l’une des plus chaudes partisanes de ces deux idées.

Les scandales du complexe militaro-industriel français. Voici une liste chronologique des principales affaires et scandales qui ont frappé le complexe de l’armement français et qui sont aussi intéressants pour comprendre la dérive et l’évolution de ce complexe. Cette longue énumération est très révélatrice de ce qui s’est déroulé ces dix dernières années autour « des marchands d’armes » français :
Airbus (2006-à nos jours), l’affaire Eurofighter. Il s’agit d’un contentieux entre l’Autriche et Airbus via sa filiale allemande. L’Autriche attaqua en justice Airbus, pour l’achat de 15 avions Eurofighter pour 2 milliards d’euros. Elle accusait Airbus d’avoir gonflé les prix et d’avoir versé des commissions occultes et des enveloppes à des intermédiaires et des personnalités. En 2019, un haut dirigeant allemand d’Airbus fut condamné pour corruption, l’enquête révéla la présence de lobbyistes commissionnés, de cadres corrompus et d’une caisse noire constituée de 65 millions d’euros, qui par des sociétés écrans servait à distribuer les pots de vins. L’affaire se poursuit et l’Autriche a annoncé des poursuites judiciaires contre Airbus (2026).
Safran (2014), la condamnation par la Commission européenne. Le groupe avait été épinglé pour des pratiques illicites anticoncurrentielles, notamment ne respectant pas les appels d’offres, utilisant les pots de vin et l’action de lobbyistes. Il fut condamné à 11,8 millions de dollars et fut un premier coup de semonce… bien vite oublié par les dirigeants européens.
Naval Group (des années 90 à nos jours), une entreprise corrompue. Une masse d’affaires ont frappé Naval Group, alors que sa réputation mafieuse n’est plus à faire. L’entreprise a été accusée et souvent prise la main dans le sac, pour des « frais commerciaux exceptionnels », boostant les factures, pratiquant les pots de vin, l’attribution de contrats de sous-traitance illégalement, par le favoritisme et la corruption. De nombreuses affaires historiques frappèrent le groupe, Taïwan (impliquant aussi Thales), le Pakistan (sous-marins Agosta, 1994), l’Inde, le Brésil (affaire PROSUB, 2008-2009), la Malaisie et d’autres affaires sinistres ont émaillé toute l’histoire de Naval Group.
Thales (des années 2000 à nos jours), une entreprise dans le viseur de la justice. Actuellement le groupe Thales est visé par au moins 5 enquêtes préliminaires pour des faits très graves, dans des affaires de corruption. En une dizaine d’années de multiples affaires ont éclaté, dans des affaires de contrats avec l’Indonésie, l’Arabie Saoudite, l’Inde, le Brésil, la Malaisie et l’ONU.



KNDS (2015), le scandale de la fondation. La fusion du fleuron français avec le groupe allemand Bode-Wegmann fut dénoncée par la presse française et plusieurs partis politiques comme : « la braderie de la souveraineté française ». Le siège social a été installé à Amsterdam, aux Pays-Bas afin de réaliser une optimisation fiscale et de léser l’État français en particulier, mais aussi allemand. L’affaire était une privatisation déguisée, faisant perdre à la France son fleuron historique. Elle perdait aussi son droit de veto sur la production de ses propres blindés (comme dans le cas du Leclerc). Le gouvernement Hollande, pourtant de gauche et malgré l’évasion fiscale, défendit le projet bec et ongles…
Naval Group (2016), affaire Scorpene. En 2016, des données classifiées et secrètes à propos du sous-marin Scorpene, notamment les fréquences sonar, les capacités furtives, les spécifications des torpilles fuitèrent pour se retrouver sur la place publique. Plus de 22 400 pages de documents furent exposés, diffusés par la presse australienne et indienne, pays qui avaient commandé ces sous-marins. L’affaire mettait en danger tous les pays ayant acquis l’engin et ceux voulant l’acquérir. La réputation de Naval Group fut gravement touchée, alors que la fuite venait de France. Un ancien officier de la marine française, travaillant comme sous-traitant pour Naval Group fut suspecté. Les données avaient été dérobées en 2011 et furent envoyées par des sociétés en Asie du Sud-Est, avant d’être transmises en Australie, puis révélés au public. En 2013, un officier sous-marinier australien à la retraite, devenu conseiller politique avait reçu une clef USB avec des données (2013). Il donna l’alerte mais ne fut pas pris au sérieux. C’est lui qui révéla finalement le scandale à la presse (2016). Les raisons de l’action de l’officier français n’ont jamais été expliquées, mais probablement une sombre affaire d’espionnage, avec un commanditaire inconnu. Les États-Unis sont de mon avis derrière cette manœuvre pour saborder les contrats français. Le sous marinier français, âgé de 68 ans (2016), pris la fuite et une chasse à l’homme fut lancée pour le retrouver, pour vol et recel des documents. L’homme officiellement n’a jamais été retrouvé… Le scandale bloqua un nouveau contrat, l’Inde rechignant bien sûr à le signer, malgré « des rabais » accordé par Naval Group (2024-2025).



Thales et Naval Group (2016), affaire des sous-marins pour le Brésil. Une enquête fut ouverte fin 2016, à propos de la construction d’une base navale pour le Brésil (contrat signé en 2008). Naval Group avait vendu des sous-marins Scorpene à ce pays, Thales fournissant des composants. Des suspicions émergèrent de faits de corruption et de procédés illégaux.
Thales (2016-2019), l’affaire des espions de Thales à l’ONU. Une affaire qui fut révélée par le journal Mediapart (novembre 2021), qui concernait un espion français, le commandant Philippe Schifferling, officier de réserve de l’armée française, « prêté » par la France à l’ONU, mais qui corrompu par Thales faisait de l’espionnage et tentait d’influencer les marchés (entre 2016 et 2019). L’homme se procurait les cahiers des charges, les modifiaient pour être compatibles aux matériels de Thales et opérait diverses manipulations pendables. Il rédigeait des rapports y compris sur des collègues de l’ONU, détaillant aussi leur vie privée. Une enquête révéla que l’homme était aussi un espion de l’État français et que le Ministère des Armées et celui des AE lui fournissaient une couverture légale. Le rôle de Thales comme plateforme d’espionnage fut mis en exergue et un « contrat secret » évoqué entre le Ministère des Armées et Thales, depuis 2006. Une enquête judiciaire fut ouverte contre lui pour corruption et trafic (fin 2020). L’informatrice de Mediapart fut discrètement réprimée, licenciée pour de fausses accusations « d’insultes ». Le responsable éthique de Thales, Dominique Lamoureux fut mis à la retraite trois mois plus tard. Thales tenta d’acheter le silence de l’officier français… appâté avec une grosse somme. Devant le refus, le groupe rompit tout contact avec lui.
Dassault Aviation et Airbus (novembre 2017), affaire du système de fraude à la TVA. Dans le cadre des Paradise Papers, plusieurs médias, dont des médias français et allemands révélèrent que Dassault Aviation, ainsi qu’Airbus participaient à un vaste système de fraude sur la TVA. Le système était la vente ou location d’avions à une société écran installée dans un paradis fiscal, pour permettre au client une ristourne et aux deux géants de réaliser une fraude fiscale. L’île de Man fut clairement identifiée comme l’un des paradis fiscaux.



Airbus et Macron (2018), l’affaire des hélicoptères Coast Guard. Elle éclata par un lanceur d’alerte interne, qui envoya des documents aux autorités indiennes. Il s’agissait d’un contrat pour 14 hélicoptères destinés aux gardes-côtes indiens (250 millions d’euros) Ces documents étaient suffisamment accablants pour qu’Airbus retire son offre à l’Inde, alors que le contrat devait être signé par Emmanuel Macron (février 2018).
Macron (octobre 2018), l’affaire Jamal Khashoggi. Un journaliste saoudien, Jamal Khashoggi fut assassiné au consulat d’Istanbul, Turquie, le 2 octobre 2018, par un commando d’assassins du régime saoudien. En réponse l’Allemagne annonça la suspension de ses ventes d’armes à l’Arabie Saoudite. Le Président Macron refusa de suivre l’exemple, bientôt suspecté et faisant des déclarations de temporisation. Les raisons étaient bien sûr la protection des marchands d’armes français et la continuation de la vente des armes. Des contrats furent ensuite signés, avec des suspicions autour de Thales de corruption de personnalités dans le pays. De nouveaux contrats furent signés et Emmanuel Macron déclara finalement : « que l’Arabie Saoudite et les EAU sont des alliés de la France et des alliés dans la lutte contre le terrorisme » (terrorisme n’existant que dans son imagination au sujet de ce dossier). Il affirma devant la presse que les armes vendues n’étaient pas utilisées à l’extérieur du pays. L’affaire devant rebondir bientôt avec la suivante : l’affaire Disclose.
Dassault Aviation (2019), l’affaire de l’Agence française anticorruption. Le média Mediapart révéla en 2019, que l’Agence française anticorruption avait couvert Dassault. Le média publia un rapport d’inspection datant de 2019, où cinq violations de la loi et des faits de corruption étaient mis en exergue, notamment en Inde. Ce rapport secret produit par l’agence avait été mis au placard, l’agence ne jouant pas son rôle, par des ordres sans doute venus du gouvernement français d’Emmanuel Macron. L’affaire n’alla pas plus loin, le régime bloqua les procédures, Dassault fit des communications pour nier le fait.
Macron (2019), l’affaire du rapport Disclose. Le scandale éclata en avril 2019, lancé par le média d’investigation Disclose, publiant un rapport explosif basé sur un document déclassifié de l’État-major français daté du 3 octobre 2018. Le document prouvait que Macron savait que les armes françaises vendues à l’Arabie Saoudite étaient utilisées contre le Yémen par la coalition saoudienne, en violation du Traité sur le commerce des armes (ATT), signée par la France sous la présidence de François Hollande (2014). Les armes étaient aussi utilisées pour s’attaquer à des populations civiles. Une vaste opération de répression fut lancée par les autorités françaises contre les journalistes pour : « compromission du secret de la défense nationale ». Les responsables de Disclose et des journalistes furent convoqués et visités par la DGSI, avec des menaces à peine déguisées… plus tard racontées par le média Off Investigation (2025).
Macron (2019), affaire du navire Bahri Yanhu. Dans la continuité de la vente d’armes l’Arabie Saoudite, trois ONG, Human Rights Watch, Campaign against Arms Trade et ACAT, pistèrent le cargo saoudien Bahri Yanbu, qui devait charger des armes dans le port du Havre (avril 2019). L’ACAT déposa un recours au Tribunal de Paris pour bloquer le chargement, invoquant le traité de 2014. Emmanuel Macron et sa ministre, Florence Parly bloquèrent la justice et firent charger les armes.

MBDA, Dassault Aviation et Thales (2019), plainte pour complicité de crimes de guerre au Yémen. L’affaire éclata en 2019, par une enquête de trois ONG, dont l’European Centre of Constitutionnal and Human Rights, Mwatana for Human Rights et Sherpa International. Les trois associations déposèrent plainte en France contre les trois entités, mettant en exergue l’utilisation de missiles Storm Shadow et Scalp, vendus à l’Arabie Saoudite. Ils documentèrent 27 frappes aériennes, contre des écoles et des hôpitaux, des camps de réfugiés, mais Mwatana documenta quant à elle plus de 1 000 attaques contre des civils, pour 3 000 morts et 4 000 blessés. La plainte sombra dans abysses judiciaires, bloquée par le pouvoir français et par… Emmanuel Macron.
Airbus (2020), l’affaire d’AirAsia. L’affaire éclata au Royaume-Uni, une enquête britannique démontra qu’Airbus avait utilisé un stratagème pour soudoyer des responsables d’AirAsia. Airbus avait signé un contrat de parrainage avec l’écurie de Formule 1 Caterham, mais l’écurie appartenait en fait au PDG d’AirAsia… Tony Fernandes. En échange, AirAsia avait alors passé commande de 125 Airbus A320 et de 55 A330. La Malaisie ayant ouvert une enquête, le PDG d’AirAsia… fut suspendu pendant deux mois, le reste de l’affaire sombra vite dans les limbes, les avions avaient été vendus… et les commissions distribuées.



Airbus (2020), l’affaire des SMO. Sans doute l’un des plus grands scandales du siècle pour le complexe militaro-industriel français. Les faits criminels se déroulèrent entre 2008 et 2015, par un système de corruption à l’internationale avec des ramifications incroyables. Il s’agissait de commissions occultes et de pots de vin, pour des personnalités, des intermédiaires et des cadres, dans au moins 15 pays : Les Émirats Arabes Unis, l’Égypte, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, la Russie, le Koweït, l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Vietnam, le Mexique, le Brésil, l’Indonésie et la Malaisie. Il s’agissait toujours de contrats pour la vente d’avions militaires, d’hélicoptères, de satellites ou d’avions commerciaux et civils. Les enveloppes cumulées furent estimées à 1,05 milliards d’euros… L’enquête commença par des dénonciations internes (2016-2017), puis par des condamnations devant des tribunaux en France, au Royaume-Uni et aux USA, pour un total de 3,59 milliards d’euros (dont 2,083 en France). Airbus signa un curieux contrat « de poursuites différées » (31 janvier 2020). Cette enquête eut des suites, révélant deux autres pays où Airbus pratiquait la corruption : en Libye et au Kazakhstan. En 2022, Airbus fut condamné pour des pots de vin via le fils de Kadhafi (6 millions d’euros) et à des intermédiaires menant au Président du Kazakhstan (9,77 millions d’euros). Attaqués en justice par les ONG Anticor et Sherpa, Airbus fut alors condamné à 15,86 millions d’euros.
Dassault Aviation (avril 2021), l’affaire des Rafale de l’Inde. Un scandale autour des suspicions de corruption dans les contrats signés avec l’Inde, pour l’achat d’avions Rafale émergea dans la presse internationale (notamment en Inde). Ses suspicions étaient étayées par une révélation de Mediapartindiquant que le constructeur avait versé plus d’un millions d’euros, par un intermédiaire indien, à des personnalités en Inde. L’Agence française anticorruption avait cette fois-ci réagit, mais Dassault nia tout en bloc et suite à une campagne de presse massive, l’affaire fut enterrée.
Naval Group (2021), l’affaire du contrat australien. Un contrat énorme de 90 milliards de dollars australiens avait été signé avec Naval Group, pour 12 sous-marins (2016). Le contrat fut annulé à cause de l’explosion des coûts, les retards de livraison massif, l’absence de réalisation des promesses de Naval Group, sur la création d’emplois en Australie, pour les sous-traitants. Devant le désastre, l’Australie annula le contrat après avoir perdu 2,4 milliards de dollars australiens et se tourna vers les États-Unis (2021).
Airbus (2021), l’affaire GPT Special Projects. L’affaire concernait des faits de corruption, de la filiale d’Airbus britannique GPT. Un ancien lieutenant-colonel de l’armée britannique à la retraite, mais cadre dans l’entreprise, ayant repéré des mouvements d’argents frauduleux vers des comptes offshore donna l’alerte (Ian Foxley). Il fit appel au Ministre de la Défense britannique, mais son nom fut divulgué dans l’affaire. Les fonds étant partis vers l’Arabie Saoudite, le directeur-général de GPT et la directrice RH de l’entreprise, une princesse saoudienne, le menacèrent alors de prison à Riyad. Il prit la fuite du pays et fut licencié sans autre forme de procès. Attaqué en justice, GPT fut condamné à 28 millions de livres sterling, révélant un vaste système de corruption pratiquée par GPT et Airbus depuis des années.



KNDS (2021), le scandale des canons britanniques. Le scandale a éclaté après 2021, alors que le Royaume-Uni avait annulé le programme de modernisation de ses véhicules blindés Warrior. Résultat, les Britanniques se retrouvèrent avec plus de 500 canons de petits calibres… sans utilisation. Le lot fut refourgué à la France… pour équiper son nouveau véhicule Jaguar, à un prix exorbitant, sans parler des munitions. Selon une de mes sources personnelles, le scandale de ce canon va encore plus loin. La France ne produisant pas ce genre de munitions de petits calibres, ce sont les Britanniques qui les fournissent à l’Armée française… au prix de 4 000 euros la pièce, un prix très élevé et bidon pour de telles munitions, ce qui augure là aussi d’une sombre affaire de surcoût, de vol, de corruption et d’enveloppes, partant vers des poches françaises.
Naval Group (2022), corruption en Malaisie. Le groupe français pour remporter un contrat juteux de sous-marins avec la Malaisie (1,2 milliard de dollars), versa à divers personnages politiques, un énorme pot de vin de 114 millions d’euros via une société écran. Un intermédiaire, Abdul Razak Baginda, conseiller du Ministre de la Défense de la Malaisie, Najib Razak, joua un rôle central. La société Perimekar Sdn Bhd, dont l’actionnaire principal était Razak Baginda, fut utilisée pour recevoir les fonds illégaux, avec un parcours compliqué à travers le groupe Thales, via sa filiale Thint Asia. Cependant le montage était si subtil que la justice ne put jamais retrouver des preuves formelles. Le Parquet National Financier français recommanda des poursuites judiciaires contre des huiles de Naval Group et de Thales (2024). En Malaisie, le Premier ministre Anwar Ibrahim affirma que des poursuites judiciaires « sans compromis » seraient menées contre les complices malaisiens (2025). L’affaire est depuis en dormance.
Naval Group (2022), le scandale des Littoral Combat Ships. Dans le même temps, un autre scandale impliqua Naval Group en Malaisie, dans le scandale des Littoral Combat Ships (LCS). Il s’agissait d’un énorme contrat, de 1,9 milliards d’euros (2011), pour la construction de 6 navires de combat. Le Premier ministre de Malaisie, Najib Razak et son Ministre de la Défense, Ahmad Zahid Hamidi imposèrent Naval Group, contre l’avis de la Marine royale malaisienne, qui avait validé le constructeur néerlandais Damen. La décision provoqua par la suite des enquêtes, révélant des contrats de sous-traitance opaques et douteux, une surenchère énorme avec une facture finalement trois fois supérieure à celle prévue. Enfin un rapport d’audit malaisien révéla que Naval Group avait reçu 19 millions d’euros, pour des contrats qui n’avaient pas été réalisés. En Malaisie des poursuites judiciaires furent lancés contre des responsables, dont l’ancien Premier ministre Najib Razak et son Ministre de la Défense, Ahmad Zahid Hamidi. En 2026, les navires n’étaient toujours pas livrés, avec une première livraison repoussée en août 2026 et de nouveaux surcoûts…



Dassault Aviation (décembre 2022), l’affaire Léandri. Dans le contexte d’un espionnage industriel massif, le groupe Dassault fut accusé de pratiques de renseignements frauduleuses, par rapport au recrutement de nouveaux personnels. Eric Léandri, fondateur à Nice de la société Qwant (2011), était passé dans les rangs d’une start-up française dénommée Altrnativ. L’homme s’était spécialisé dans cette nouvelle société dans le renseignement, la recherche des opinions politiques, les convictions religieuses et des éléments de la vie privée, missionné par Dassault pour choisir ses nouveaux collaborateurs. Le scandale éclata par le journal Politico (7 décembre 2022), mettant en cause d’autres groupes, dont le groupe LVMH. Dassault pratiquait aussi la mise sous surveillance de ses employés, selon des méthodes dignes de la STASI.
Macron et Arquus (avril 2023), l’affaire des livraisons à l’Ukraine. En avril 2023, Emmanuel Macron annonçait la livraison pour l’Ukraine de 11 véhicules blindés Bastion. Mais l’Ukraine avait déjà refusé le véhicule blindé d’infanterie, à cause : « d’une faible protection contre l’artillerie et les projectiles antichars ». Une offre française avait déjà été refusée par l’Ukraine en octobre 2022. Aucun contrat n’étant réellement signé, la construction souterraine du nouvel accord provoqua des suspicions dans la presse ukrainienne, Emmanuel Macron réussissant finalement, « après réévaluation de la partie ukrainienne », à refiler les 11 véhicules de 2023, puis 50 supplémentaires en 2025. Mais les 11 premiers véhicules avaient finalement étaient cédés à l’Arménie, ayant elle-même commandée 50 véhicules Bastion. Par effet domino, cette vente créa une crise diplomatique avec l’Azerbaïdjan… accusant Emmanuel Macron et la France d’être « une république bananière ».
Naval Group (2024), affaire des Pays-Bas. En mars 2024, Naval Group avait décroché un contrat pour 4 sous-marins avec les Pays-Bas. Le concurrent allemand TKMS attaqua immédiatement en justice, arguant que le gouvernement néerlandais avait modifié les critères du cahier des charges, afin d’attribuer la commande à Naval Group. La presse parla de manœuvres souterraines et de corruption, de pots de vin, mais le Tribunal de La Haye tranchant en faveur de Naval Group et débouta TKMS de sa demande, les contrats furent confirmés.
Arquus (2 juillet 2024), l’acquisition par John Cockerill Defense. Le rachat du fleuron français par le groupe Cokerill, aux mains de la famille belge Serin, fut finalisé auprès du groupe Volvo, lui même dans l’entité Renault. En plus de la perte de souveraineté, cette vente scandaleuse, malgré des levées médiatiques de bouclier, fut finalement confirmée par l’Autorité de la concurrence française (décembre 2025), avec une intervention souterraine du gouvernement français… et d’Emmanuel Macron.


Airbus (août 2024), affaire de la corruption au Ghana. Les faits se déroulèrent entre 2009 et 2015, autour de la vente de trois avions C-295 pour le Ghana. Airbus là encore se livra à la corruption et par l’intermédiaire du frère du Président John Mahama, paya des pots de vin. L’affaire mis du temps à émerger, d’abord en interne au Ghana, avec des mandats d’arrêt Interpol. Après enquête, les preuves manquants, l’affaire fut enterrée par un tribunal (août 2024).
Airbus (octobre 2024), l’affaire du Koweït. Cette affaire éclata en octobre 2024, mettant en situation difficile le PDG d’Airbus, Guillaume Faury. Il s’agissait d’une vente de 30 hélicoptères Caracal au Koweït, pour un contrat d’1 milliard d’euros, signé en 2016. Là encore l’enquête démontra des faits de corruption, par des intermédiaires et le liant directement à cette opération de corruption. Une enquête avait démarré précédemment au Koweït (janvier 2024), le parlement ayant publié un rapport qui : « accusait Airbus de fraude et tromperie » et de surcoût du contrat pour une perte pour le Koweït de 349 millions d’euros.
Safran (décembre 2024), affaire de corruption au Nigeria. Les faits du scandale se déroulèrent dans les années 2000, par un système massif de corruption organisé par Safran au Nigeria. Le contrat espéré était un contrat à propos de la fabrication de puces pour des cartes d’identité, pour 170 millions de dollars (à l’époque pour la Sagem). Des cadres de la Sagem furent mis en cause, l’entreprise elle-même fut finalement condamnée, après un marathon judiciaire à 500 000 euros d’amende, par le Tribunal correctionnel de Paris (11 décembre 2024). Deux cadres de Sagem… qui avaient pourtant sans doute été commissionnés grassement, furent relaxés, malgré que le parquet demandait contre eux, des peines de 15 à 18 mois de prison avec sursis. Le groupe fit appel et niait tout en bloc : « alors que l’instruction n’a pas démontré que des dirigeants de Sagem avaient eu connaissance des faits argués de corruption au moment où ils ont été commis ».



Thales (2024-2025), l’affaire de corruption. Les justices française et britannique ont lancé une vaste enquête contre Thales, pour des soupçons de corruption massive (novembre 2024). Le scandale avait commencé avec un contrôleur de gestion de 41 ans, employé chez Thales. Il avait été licencié après avoir signalé en interne des paiements suspects (2018-2023). Il alerta ensuite la presse, déclenchant par la suite les enquêtes judiciaires. Il avait mis en exergue des pots de vin autour de contrats avec l’Indonésie ou l’Arabie Saoudite. Des perquisitions furent menées dans les succursales en France, aux Pays-Bas et en Espagne de Thales. Deux enquêtes ont été lancées et semblent s’enliser…
KNDS (2025), le dossier RENK. Le scandale éclata en mai 2025, opposant KNDS au fonds d’investissement britannique TRITON Partners. Il s’agissait d’une bataille judiciaire pour le contrôle de la chaîne d’approvisionnement des chars. KDNS attaqua en justice en Allemagne, pour bloquer la vente de l’équipementier RENK, fabricant des transmissions des chars, au fonds britannique TRITON. KNDS était actionnaire de RENK, alors que le fonds TRITON voulait vendre ses parts à d’autres investisseurs. La justice allemande a tranché et a rejeté la demande de KNDS, prouvant la perte de contrôle dans un système, où les ramifications du géant, avec des dizaines d’entreprises partenaires, ne permettent plus d’assurer une sérénité dans la stratégie et l’approvisionnement.
KNDS (2025), le scandale de la commande belge des véhicules Griffon. Une fuite d’un rapport de la Cour des comptes belge fit éclater le scandale (mai 2025). Il fut révélé que l’achat de 382 véhicules Griffon et de 60 Jaguar, annoncé pour un total de 1,5 milliards d’euros, provoquerait avec les coûts de maintenance sur 25 ans, une dépense de 14,4 milliards d’euros, soit 10 fois l’estimation initiale… La presse signala que des coûts avaient été cachés, comme la construction de nouveaux hangars pour les véhicules, et des contrats de maintenance secrète signés avec KNDS, le tout sous le couvert : « du secret commercial ». Un second scandale éclata lorsqu’il fut connu que la Belgique n’avait pas obtenu le transfert de technologies comme l’accord de coopération le prévoyait au départ. Pour calmer les esprits, KNDS France lâcha un os à ronger, en autorisant l’entreprise belge MOL Cy d’assembler quelques véhicules sur son site de Staden.



KNDS (2025), la mise sous tutelle de la filiale française. Le scandale a éclaté en 2025, avec la démission contrainte du Français Nicolas Chamussy, patron de KNDS France (septembre 2025). Les Allemands l’ont écarté pour faire nommer Jean-Paul Alary, un ancien de Safran. Le conflit interne a été perçu comme : « Une mise sous tutelle de la filiale française par la partie allemande ».
KNDS (2025), le scandale des munitions. Le scandale a éclaté en 2025, alors que KNDS France avait promis la montée en puissance de sa cadence de production d’obus de 155 mm, pour l’Ukraine. La succursale n’a pas pu relever le défi, faute de production française de poudre, et alors que KNDS France était dépendante de fournisseurs européens, dont la firme EURENCO. Le retard dans la production et les livraisons, dans un contexte de défaites des Ukrainiens sur le front, a provoqué une montée au créneau du Ministre des Armées français.
KNDS (2025), l’armée tchèque insatisfaite des canons français. Le scandale a éclaté dans l’été 2025, alors que l’armée tchèque se déclarait insatisfaite de ses deux premiers canons CAESAR, menaçant de suspendre ses paiements à KNDS France. Les Français avaient livré les deux pièces d’artillerie sans les tables de tir permettant au système de conduite de tir de fonctionner. La Tchéquie indiqua que l’annulation de la commande tchèque était possible et : « qu’il avait entamé des négociations avec le Ministre de la Défense français ». La crise fut résolue et en mars 2026, la Tchéquie commanda finalement 10 supplémentaires, en plus des 52 déjà commandés en 2021, pour un contrat total de 451 millions de dollars.
MBDA (juillet 2025), scandale de la fourniture de composants pour les bombes israéliennes. Ce scandale éclata par une enquête double des journaux Disclose, Guardian et Follow the Money. Elle révéla en juillet 2025, que MBDA avait fournit des composants pour les bombes israéliennes employées dans les tueries de civils palestiniens, dans la bande de Gaza. C’est par sa tête anglo-saxonne, MBDA UK, et une usine installée aux États-Unis, dans l’Alabama, que plus de 4 800 bombes furent construites avec les composants du groupe MBDA. L’enquête des journalistes documenta 24 attaques aériennes qui étaient des crimes de guerre avérés, contre des écoles, des camps de réfugiés, avec la mort de nombreux enfants (2023-2024). MBDA nia tout en bloc, indiquant : « respecter toutes les lois nationales et internationales applicables au commerce des armes »… En réponse, le Ministre des AE du Royaume-Uni, David Lammy suspendit 29 licences d’exportation d’armes vers Israël, mais par sa branche et filiale américaine, MBDA continua ses livraisons à Tel-Aviv.



Macron (fin 2025), le scandale de la vente de LMB Aerospace. Emmanuel Macron et son Ministre de l’Économie, Roland Lescure décidèrent d’autoriser la vente de l’équipementier stratégique français LMB Aerospace, au groupe américain Loar Group. Emmanuel Macron et son ministre allèrent à l’encontre des recommandations de la Direction générale de l’armement (DGA), provoquant un scandale. Cette entreprise produisait des ventilateurs pour des programmes d’armements stratégiques. Notamment pour les avions Rafale, pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, pour le porte-avion Charles de Gaulle, les chars Leclerc ou les hélicoptères Tigre. La DGA avait recommandé de conditionner la cession, par l’entrée comme actionnaire minoritaire d’une entité étatique française et d’avoir un siège au conseil d’administration (juillet 2025). Roland Lescure appuyé par le président Emmanuel Macron ont autorisé la vente sèche à l’américain Loar Group, enterrant un fleuron de second rang de l’armement français, mais d’une importance capitale. Le groupe américain était une société introduite en bourse en 2024. Elle est possédée à 8,6 % par son propriétaire, Paul S. Levy, via une holding. Les autres actionnaires sont… la JPMorgan, BlackRoch (2,58%), Vanguard (3,98%), Abrams capital management (34,25%), Blackstone (7,31%) et d’autres fonds américains…
Macron (décembre 2025), l’affaire du Soudan. Le scandale éclata en décembre 2025, lors d’une visite d’Emmanuel Macron aux Émirats Arabes unis. L’ONG Amnesty International accusa alors Abou Dhabi d’être : « le premier fournisseur d’armes des forces de soutien rapides au Soudan, des groupes paramilitaires accusés de crimes de guerre et contre l’Humanité ». Problème, l’association démontra qu’une partie des armes étaient fournies par la France…
KNDS (2025-2026), la crise du démantèlement. L’affaire a éclaté en 2025, lorsque la famille Bode-Wegmann, propriétaire à 50 % du groupe a annoncé vouloir vendre une partie de ses parts, soit 12,5 % à d’autres partenaires. La presse allemande a signalé que la partie allemande de KNDS réalisait les 2/3 du chiffre d’affaires et les 3/4 des bénéfices du groupe, mettant en doute le tandem franco-allemand et provoqua une humiliation de la partie française. Pour sauver le projet, le Chancelier allemand Merz a annoncé l’achat de 25,1 % des parts (mars 2026), pour sauver le groupe et empêché son absorption par le géant allemand Rheinmetall. Dans les faits, la partie française qui manque de contrats pour ses projets, notamment les engins blindés Griffon et Jaguar est déjà sous tension et son entier passage sous contrôle allemand n’est qu’une question de temps. La trahison de François Hollande de 2015 réussira sans doute à rayer de la carte, du moins enterrer historiquement le plus grand fleuron historique de l’armement français.
Naval Group (2025-2026), l’affaire de l’Argentine. En 2025, le gouvernement argentin avait relancé des négociations avec Naval Group pour l’achat de sous-marins et de patrouilleurs. La presse s’empara bientôt du sujet, notamment épinglant Naval Group « pour des antécédents avérés de corruption, des risques de surcoûts et de favoritisme dans l’attribution des marchés par la corruption ».
Safran (mars 2026), corruption en Chine. L’affaire est ancienne et les faits criminels se déroulèrent entre 1999 et 2015. Safran se livrait à des pots de vin, à propos de l’obtention de contrats, via des intermédiaires, des consultants et des politiques et personnalités locales en Chine. Deux filiales de Safran furent mises en cause, Monogram Systems et sa filiale allemande, mais avant l’acquisition de cette dernière par Safran. C’est la raison pour laquelle Safran ne sera pas condamné comme entité, mais une procédure judiciaire a été ouverte aux États-Unis, mettant en exergue la distribution d’enveloppes pour au moins 17,2 millions de dollars, distribuées entre les locaux et « les consultants » de la filiale.



Conclusion et analyse. A la lecture de cette très longue liste de scandales autour du complexe militaro-industriel français, son état de corruption, pour toutes les entités est très alarmant. Le complexe lorsqu’il se trouvait sous contrôle entier du gouvernement français, avait déjà connu son lot d’énormes scandales, notamment dans les années 70 et 80. Depuis « sa mondialisation » et transformation en des groupes ouverts aux investisseurs privés, livrés partiellement aux fonds d’investissements américains et étrangers, le « Dieu Argent » est clairement le seul qui compte. Tout un système de corruption qui existait déjà auparavant, a été systématisé et est toujours couvert par les gouvernements français. Si autrefois, il s’agissait d’intérêts nationaux, même si l’État possède encore des parts importantes dans ces groupes, il est clair, que cette excuse déjà irrecevable, n’est plus valable, même au nom « de la raison d’État ». Ce qui est en jeu ici ce sont des rétro-commissions pour des cadres supérieurs, des enveloppes pour des politiques, des particuliers, des contrats détournés pour les entreprises « des amis », et tout un réseau de favoritisme népotique.
Avec l’entrée en bourse de KNDS en juin prochain, l’un des derniers fleurons français tombera à son tour, livré à l’appétit vorace de la banque internationale et de puissants oligarques, qui n’ont pas de drapeau, mais des comptes en banque bien remplis. Dans le chaos créé par la mutation de ces différents groupes, la frontière n’est d’ailleurs plus très claire, entre celle de l’État (l’affaire des espions de Thales à l’ONU), et celle des entreprises. La situation est d’ailleurs encore plus compliquée par l’aspect supranational de certains des groupes, avec plusieurs pays, parfois aux intérêts contraires à ceux de la France (Allemagne ou Royaume-Uni). Derrière les scandales, les profiteurs et les corrompus, il y a la mort à petit feu du complexe militaro-industriel français. C’est aussi un signe du temps : la fin de souveraineté nationale. Déjà sévèrement enchaînée à l’Union européenne, par plus de 7 000 traités, ligotée de l’intérieur ou de l’extérieur par des puissances étrangères et des ressorts souterrains, il était logique que les Anglo-saxons s’intéressent à la destruction de son complexe militaro-industriel. Il était pourtant solide et en partie l’œuvre du général de Gaulle. En moins de 4 décennies il a été ruiné. La sinistre besogne d’ailleurs a été entamée et est en train d’être achevée par des Français, des dirigeants sans envergure et vision future pour la France. Plus bas, le simple appât du gain, les carrières, l’argent coulant à flots, la vanité et l’effet « club des puissants », auront permis de fournir les « bras et les cervelles », pour lui porter des coups de plus en plus sensibles.




En quelques mots : un pays qui ne produit pas ses propres armes n’est pas souverain. Un pays qui est dépendant d’alliés, de traités ou de pans entiers de sa logistique, n’a plus les moyens de se défendre, ni de décider, encore moins de son avenir. Avec la fin de la conscription nationale et la destruction du creuset du citoyen-soldat, soldat-citoyen, le retour d’une armée de mercenaires servant le régime et non la Nation, le tableau devint sinistre. Il s’achève tristement avec le naufrage d’un complexe qui fut pourtant la fierté de la France et lui permit d’affronter des ennemis mortels… des ennemis qui contrôlent aujourd’hui des pans entiers de ce complexe. Qu’ils soient Allemands, Britanniques… ou Américains.
