Corruption des politiques en France : le cas d’Eric Dupond-Moretti

Corruption des politiques en France : le cas d’Eric Dupond-Moretti

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Voici une rubrique sur la corruption des milieux politiques, les élites politiques et les politiciens professionnels. Le propos n’est pas d’attaquer une ou plusieurs formations politiques, mais de les attaquer toutes, à travers les biographies des politiciens corrompus, oligarques, barons locaux et tout l’aréopage politicien de France et de Navarre. C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires explosèrent sous la présidence de François Mitterrand, puis se multiplièrent par la suite sous les autres présidences jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a explosé, montrant une corruption massive des milieux politiques, à l’exemple des plus coupables se trouvant aux plus hauts niveaux de l’État français, jusqu’aux occupants de l’Élysée. Mon propos sera de balayer toute la période de la présidence de Giscard d’Estaing, jusqu’à nos jours, soit un demi-siècle de corruption désormais devenue endémique.

Aujourd’hui j’aborderai le cas d’une figure emblématique de la Macronie, une célébrité avant même de devenir l’un des ministres d’Emmanuel Macron. Célèbre avocat, il s’était illustré dans la défense d’affaires de faits divers très médiatisés, bientôt connu pour être un adversaire coriace et surnommé Acquittator, par la force de ses plaidoiries. Il eut même le courage de refuser la Légion d’honneur, mais cette époque prit bientôt fin, montrant un autre visage du personnage. Se dévoilant comme un proche d’Emmanuel Macron, il fut nommé Ministre de la Justice (2020), avant d’être inquiété dans une affaire de « prise illégale d’intérêts ». L’État fut condamné… à sa place, alors que l’homme fait actuellement de nouveau scandale, tandis que la presse révélait qu’il était pressenti par Emmanuel Macron au poste de Défenseur des Droits.

Voici dans l’Aurore Nouvelle, la carrière d’Eric Dupond-Moretti, ainsi que l’affaire où Acquittator… fut acquitté :

Mais qui est Eric Dupond-Moretti ? Il naquit à Maubeuge, dans le Nord, le 20 avril 1961, dans une famille très modeste, d’un père ouvrier métallurgiste et d’une mère femme de ménage, d’origine italienne. Orphelin de père dès l’âge de 4 ans, il affirma plus tard que l’affaire Christian Ranucci avait été pour lui un déclic dans son choix de carrière. Il fit des études supérieures en droit, finançant ses études en effectuant des métiers difficiles, ouvrier à la chaîne, fossoyeur, maçon… jusqu’à devenir avocat, inscrit au barreau de Lille (11 décembre 1984). Il devait suivre une carrière fulgurante, obtenant un chiffre record de 145 acquittements durant son activité d’avocat, de 1984 à 2019.

Très vite l’avocat des causes désespérées, recherché pour ses compétences, médiatisé, il bénéficia des phares de la presse et bientôt de la télévision dans des émissions de faits divers, notamment Faites entrer l’Accusé. Il fut l’avocat de clients célèbres, dont Roselyne Godard, l’affaire d’Outreau (2004), qui lui apporta sa notoriété. Il défendit ensuite Jérôme Kerviel, Karim Benzema, Yvan Colonna ou Nikola Karabatic. Au fait de sa notoriété, il refusa la Légion d’honneur qui lui était proposée sous la présidence de François Hollande (2013). Par la suite, il fonda son propre cabinet, s’inscrivant dans le barreau de Paris (2016). Après un divorce prononcé la même année, il épousa une personnalité de la chanson, la québécoise Isabelle Boulay (2016), qui eut son heure de gloire surtout à la fin des années 90 et début des années 2000.

L’homme de la Macronie. C’est alors qu’il s’engagea sur le plan politique, avec une nomination remarquée, comme Ministre de la Justice (2020-2024), dans le gouvernement de Jean Castex. Sa nomination fut une réelle surprise, mais aussi un vrai coup de la propagande du gouvernement, s’assurant les services d’un des plus grands avocats de son temps, largement médiatisé, jamais affiché autrefois dans un camp politique et intégrant un ministère où il semblait très cohérent. Cependant, dès sa nomination, la presse exhuma une préface qu’il avait signé d’un livre du Président de la Fédération nationale des chasseurs, alors que lui-même était un passionné de chasse. Dans cette préface, il s’était attaqué aux écologistes et mouvements contestataires de la chasse : « en moquant les ayatollahs de l’environnement ». Gêné et ennuyé, il dut faire marche arrière et se désavouer (2020). Sous son impulsion, il défendit une loi pour renforcer la sévérité des peines contre les délinquants et criminels mineurs (2021), obtint l’augmentation du budget de son ministère de 8 % (2021) et l’organisation des États généraux remarqués de la Justice (2022).

L’affaire Dupond-Moretti. Mais cette belle histoire fut bientôt entachée par des faits peu glorieux pour l’avocat et le ministre. Dès son arrivée dans le siège de Garde des Sceaux, il lança en effet 9 enquêtes administratives visant des magistrats et dans le but de régler de vieux comptes, une vengeance déshonorante.

1. Levrault. Il s’attaqua notamment à l’ancien juge d’instruction de Monaco et Nice, Édouard Levrault, qui l’avait accusé de violation du secret judiciaire pendant l’instruction, au cours d’une instruction judiciaire.

2. Parquet National Financier. Il s’attaqua aussi à trois magistrats du PNF, Éliane Houlette, Ulrika Delaunay-Weiss et Patrice Amar, qui avaient enquêté sur l’affaire dite des Fadettes (2014), notamment l’inspection des factures téléphoniques de 9 avocats, dont Dupond-Moretti. L’avocat avait dénoncé : « des méthodes de barbouzes ».

L’Affaire Dupond-Moretti se concentra sur ces deux cas, alors que les magistrats se défendirent déclenchant une procédure judiciaire et un scandale politique qui eut une résonnance. Il fut mis en examen pour « prise illégale d’intérêts », par la Cour de Justice de la République, la seule à pouvoir juger des ministres (16 juillet 2021). La procédure traîna en longueur, sans doute ralentie par l’Élysée, mais après plus de deux années, la Cour se décida enfin à le juger. Moment cocasse d’un avocat habitué des plaidoiries, finalement jugé à sa tour, alors qu’il devenait le premier ministre français à être jugé durant l’exercice de ses fonctions (novembre 2023). La Cour rendit son verdict le 29 novembre, reconnaissant qu’il s’était placé en situation de conflits d’intérêts. Mais elle le relaxa au motif : « d’absence d’élément intentionnel »… Acquittator avait été acquitté ! Il déclara lors de son procès : « pour moi et pour mes proches, ce procès est une infamie, c’est un procès en illégitimité, on m’a déclaré la guerre 20 minutes après ma nomination ».

L’État condamné à sa place. Pour la forme, après sa relaxe, le Tribunal administratif de Paris condamna l’État à verser 15 000 euros à Ulrika Delaunay-Weiss et 12 000 euros à Patrice Amar, pour : « l’atteinte à leur réputation ». Le tribunal jugea : « que les propos publics du ministre étaient matériellement inexacts et avaient porté atteinte à leur réputation professionnelle ».

La suite d’une carrière éclectique. Après la fin de son ministère, il se lança dans le théâtre, avec un spectacle j’ai dit Oui !, dans lequel il racontait son parcours et continuait de régler de nombreux comptes sur la scène, avec la magistrature qu’il critiquait vertement (depuis septembre 2024). Il a entamé une tournée impressionnante, avec une saison à guichets fermés dans toute la France (2025-2026, 2026) et également une tournée au Québec (en octobre 2025 et 3 dates en mai 2026). C’est par son épouse Isabelle Boulay que cet épisode a sans doute été rendu possible. S’il n’a jamais été encarté dans aucun parti politique, il a souvent été présenté, notamment par une enquête de Politico, comme un des trois personnages clefs de l’entourage d’Emmanuel Macron. En mars 2026, une polémique a éclaté à propos de sa possible nomination de Défenseur des droits. Cette révélation a provoqué une levée de boucliers et des déclarations assassines. François Ruffin de LFI a déclaré qu’il ne s’agissait que de : « La République des copains », des accusations reprises par les médias et également au PS. Une autre députée LFI, Gabrielle Cathala déclara également : « par la partialité de ses positions, sa misogynie et ses états de service, cet homme a davantage un profil de Destructeurs des Droits ».