Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.
C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.
Aujourd’hui nous aborderons le cas d’un maire, Ronan Flého et son parcours de cadre supérieur chez Suez, avant qu’il ne se décide à entrer en politique tardivement en 2020. Ce n’est pas le plus grand criminel de France, l’affaire concernait des faux documents et usage de faux, dans la délivrance d’un permis de construire. S’il nia toujours avoir été coupable de favoritisme, le bénéficiaire était tout de même… le fils d’un de ses adjoints. Ces petits crimes qui sont nombreux, ne sont cependant que rarement condamnés, car les barons locaux ont un pouvoir de nuisance énorme. Dans un milieu fermé, celui d’une petite commune, les citoyens prennent en effet des risques à se rebeller, alors que les clivages autour de telles affaires peuvent entraîner des drames et des conflits et haines pouvant perdurer durant des décennies.
La maladie est connue… l’exemple donné d’en haut créé des « vocations » et un sentiment d’impunité. Souvent d’un petit délit ou d’un service illégal à de « bons amis », ces politiciens des campagnes passent à d’autres trafics, jusqu’à créer parfois tout un système… Voici donc Ronan Flého, un petit maire parmi d’autres qui s’arrogeait des pouvoirs et usaient de faux documents. Dans le déni absolu, il fallut l’intervention d’un préfet pour le démissionner… l’homme ne voulait pas vider les lieux ! Mais pour un modeste faussaire, combien de ces maires se sont livrés à des faits bien plus grave. Dans l’Aurore Nouvelle, voici le cas de Ronan Flého, le faussaire des campagnes.


Mais qui est Ronan Flého ? Il naquit à Latresne, dans la Gironde, le 23 juin 1970. Il fit un parcours d’études supérieures et obtînt un Master II (1994-1995). Suite à ces dernières, il devint responsable commercial collectivités, à Paris La Défense, chez ECOSITA (1995-1999), puis consultant dans le secteur public et environnement chez CEGOS, à Issy-les-Moulineaux (1999-2001). C’est alors qu’il fonda deux cabinets de conseils. Le premier cabinet était dénommé ADEKWA (1999-2003), puis fut suivi d’un second du nom d’EOLIDE (2003-2008). Il ne semble pas que les affaires furent si florissantes, car il chercha alors un poste de cadre supérieur (2008). Il fut d’abord recruté par la Communauté de communes des Coteaux de Garonne, comme directeur général des services (2008-2013), avant de revenir dans la région parisienne. Il entra ensuite dans le groupe Suez, travaillant pour la branche de Suez recyclage et valorisation France (2014-à nos jours ?). Il était officiellement basé au siège de La Défense, à Paris, membre du Comex de Suez RV Sud-Ouest, travaillant sur la revalorisation des déchets des collectivités et au développement commercial dans un bassin de 21 départements. Pendant la période il avait investi dans une société basée à Arcachon, Territoires RH (au moins depuis 2018).
L’entrée de Ronan Flého en politique. C’est alors qu’il se décida à entrer en politique, dans la petite commune dont il était originaire, Latresne. Il se présenta aux élections municipales (2020) et fut élu en se présentant comme candidat sans étiquette, mais classé « divers droite ». Il fut largement élu avec un score de 55,04 % des voix, sur la liste Esprit Latresne, un résultat qui lui donnait la confiance des habitants de cette petite ville d’environ 3 800 habitants. Son élection lui donna un second mandat, celui de vice-président au développement économique de la Communauté de communes des Portes de l’Entre-deux-Mers.
L’affaire Ronan Flého. L’affaire concernait un permis de construire, accordé en 2020, par Ronan Flého pour la construction d’une maison située sur la route de la Séleyre à Latresne. Problème le bénéficiaire du permis de construire était le fils d’un de ses adjoints. Le terrain concerné se trouvait en réalité en zone non constructible et sujet à des mouvements de terrain. Il fut signalé par des citoyens de Latresne et c’est l’association Anticor, l’association Anti-corruption et pour l’éthique en politique, qui porta une plainte, en même temps qu’un couple de voisins contestant la construction (décembre 2024). Précédemment le tribunal administratif de Bordeaux avait annulé le permis de construire, car il ne respectait pas le plan local d’urbanisme (novembre 2023). Après avoir fait appel, la décision avait été confirmée par le Conseil d’État (été 2024). Une procédure judiciaire fut lancée contre lui, notamment pour des soupçons de prise illégale d’intérêts, qui finalement ne furent pas retenus. Cependant, lors d’une audition, il reconnu avoir antidaté le certificat de conformité du panneau d’affichage du permis de construire. Il fut rapidement condamné par le tribunal judiciaire de Bordeaux, pour faux et usage de faux, à 3 mois de prison avec sursis, 5 ans inéligibilité, avec exécution provisoire, c’est à dire applicable dans l’instant. Il fut aussi condamné à 1 800 euros d’amendes pour le préjudice des voisins qui s’étaient portés partie civile. (15 octobre 2024). Sachant très bien que la cause était perdue d’avance, il renonça à faire appel.


L’entêté Ronan Flého. Mais fait rare, il refusa de démissionner de sa fonction de maire, entraînant des remous et montrant bien un caractère arrogant d’un cadre supérieur ne supportant pas la contradiction. Devant ce refus obstiné, il connut l’humiliation d’être démis d’office par un arrêté du préfet de la Gironde (23 octobre 2024). L’arrêté en terminait avec toutes ses fonctions, celles de maire, de conseiller municipal et de vice-président de la communauté de communes. Des habitants se montrèrent choqués de son obstination, certains déclarant : « on ne veut pas le garder, il ne devrait pas rester maire, il y en a beaucoup qui le font, quand il y a un problème, ils démissionnent », ou encore : « si il y a un problème de malfaçons dans la manière de gérer, il ne peut plus être crédible, il est le représentant de la commune ». D’autres craignant les conséquences sur la petite communauté déclaraient refuser de s’acharner contre lui. La première adjointe Céline Goeury fut nommée pour assurer la transition, alors qu’une élue de l’opposition déclarait : « ce qui a été fait est grave et ce n’est pas normal au nom de l’éthique publique qu’un maire ne démissionne pas après une telle condamnation ». Ronan Flého était resté dans le déni, affirmant qu’il n’y avait jamais eu de favoritisme, mais en reconnaissant sur la question du faux document antidaté : « avoir fait une erreur ».
Ronan Flého a complètement disparu des radars médiatiques. La communauté de communes dont il était le vice-présidente était engluée en 2026 dans un déficit de 97,7 millions d’euros… Flého a préféré disparaître totalement, mais pour un maire pris la main dans le sac… il y a tous les autres et des poissons beaucoup plus gros, notamment dans les plus grandes communes et villes de France… où la corruption va beaucoup plus loin que quelques faits faux documents.
