Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.
C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.
Aujourd’hui j’aborderai le cas de Philippe Tabarot, nous partirons dans la ville du Cannet. Cumulard de mandats, sa famille s’était emparée littéralement de la ville, sa sœur étant restée maire du lieu pendant 22 ans. C’est d’ailleurs une fratrie très étrange, car il y a aussi un frère… qui est un escroc international dans l’immobilier sur la Riviera espagnole. Quant à lui, ancien apparatchik du Parti LR, il n’aura pas hésité à trahir sa couleur politique pour devenir l’un des ministres de la Macronie. Il est sous le coup d’une sombre affaire de détournement de fonds publics et également de prise illégale d’intérêts… Mais l’affaire tourne en rond dans les méandres judiciaires depuis un peu moins de 6 ans. Voici l’histoire d’un pique-assiette qui cumulait un salaire de plus de 11 000 euros par mois d’argent public, dans des emplois limites fictifs. Ne rions pas trop, il est Ministre des Transports… sans doute sont-ils tous gratuits pour lui…


Mais qui est Philippe Tabarot ? Il naquit à Cannes, le 25 novembre 1970, dans une famille de commerçants. Son père Robert Tabarot était également un ancien champion de boxe. Son père fut un activiste de l’OAS, membre et fondateur du Front Algérie Française (1960), chef local de l’OAS à Oran (1961). Il fut expulsé et pris la fuite de l’Algérie et de la France pour s’installer dans l’Espagne franquiste (1962). Il ouvrit une pizzeria et bénéficia de la loi d’amnistie des anciens de l’OAS (juillet 1968). Il rentra alors en France et s’installa à Cannes (1969). Il devînt gérant d’une plage et fut bientôt élu conseiller municipal à Cannes (1977-1983). Il ouvrit une Maison du Pied-noir de France (1976) et resta une figure de l’extrême-droite locale jusqu’à sa mort (1928-2015).
Il fit des études supérieures et obtînt une maîtrise de droit public, faisant un parcours classique à l’université, loin des grandes écoles. Il fut influencé selon ses paroles par l’exemple de sa sœur, Michèle Tabarot, membre du RPR de l’UMP et des Républicains, qui fut longtemps la maire du Cannet (1995-2017). Il s’engagea alors en politique au niveau local, dans une région particulièrement aisée. Il s’engagea d’abord aux côtés d’Alain Madelin et le Parti Démocratie Libérale (années 90), avant de passer à l’UMP.
Il fut élu conseiller municipal de Cannes, sous les couleurs du parti politique de sa sœur (1998-2008), cumulant bientôt plusieurs mandats. Il fut élu conseiller général des Alpes-Maritimes, dans le canton huppé de Cannes-Centre (2001-2015). Il s’installa dans le siège de vice-président du conseil général (2004-2011), et fut élu conseiller régional de la région PACA (2015-2021). Durant cette fonction, il fut membre de la commission chargée des transports. Pendant la période, il échoua à prendre la mairie de la ville de Cannes, où il fut candidat (2008 et 2014), battu à chaque fois au deuxième tour.



La montée en puissance. C’est alors qu’il se lança dans les élections sénatoriales, pour les Alpes-Maritimes et fut élu (27 septembre 2020-2025). Au Sénat, il fut même le secrétaire de l’institution et le vice-président de la commission à l’Aménagement du territoire (2024-2025). Il fut aussi le rapporteur pour avis du budget transports au Sénat, jugé comme un spécialiste éclairé dans ce domaine. C’est alors que malgré sa couleur politique, il fut nommé Ministre des Transports (décembre 2024), puis confirmé dans le gouvernement Lecornu (octobre 2025). Il fut chargé de se pencher sur des sujets sensibles, notamment la loi-cadre des transports (qui sera examiné en avril 2026), l’entretien du réseau ferroviaire (énorme dette grise de 60 milliards d’euros) et enfin le financement via les péages autoroutiers, un thème faisant scandale en France depuis plus de 50 ans. Il fut vivement critiqué ayant proposé de limiter le droit de grèves pendant certaines périodes (avril 2024), attaque qui scandalisa tous les syndicats de toutes les couleurs politiques.



L’Affaire Philippe Tabarot. Mais à peine arrivé au sommet du pouvoir et installé au Sénat, où je le rappelle, il ne fut élu que par des grands électeurs selon un système peu démocratique, il fut frappé par un scandale de corruption. Il fut signalé par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), pour des faits de détournements de fonds publics et de prise illégale d’intérêts (29 juillet 2021). Le Parquet national financier (PNF) ouvrit alors une enquête préliminaire. Une perquisition fut effectuée à son domicile, au GIP et dans les locaux de la mairie du Cannet (30 novembre 2022). L’affaire passa ensuite sous les radars, bloquée dans les méandres tortueux de la justice. Mais sa nomination comme ministre provoqua un intérêt des médias. Les journaux Brut et Le Monde, par ailleurs possédés par Xavier Niels, apparatchik de la Macronie, révélèrent bientôt que l’enquête judiciaire était toujours en cours (16 novembre 2025). La raison de cette sortie dans un média macroniste pose d’ailleurs des questions. L’homme était à l’époque rallié à la Macronie. Était-ce une vengeance venant de politiciens LR ? C’est probable. Mais il ne faut pas négliger le fait que malgré son ralliement, refaire surgir l’affaire pouvait avoir quelques avantages pour le régime : tenir l’homme, sorte de chantage politique, en le montrant du doigt et en lui accrochant quelques gamelles encombrantes. Par ces révélations qui sortent souvent de nulle part (en réalité d’informateurs et de politiques ou des services de renseignements de l’État), le régime sape ainsi la réputation de politiciens dans un jeu politique où tous les coups sont permis. Dans les couloirs du pouvoir, il se livre des joutes que nous ignorons : règlements de comptes, coteries politiques, rancœurs personnelles, diffamations pour laisser des traces « au cas où », coups fourrés et croche-pattes politiques pour écarter, gêner et salir. C’est cela hélas la Ve République. Quelques semaines plus tard BFMTV confirma que la procédure suivait encore son cours, près de 6 ans après son démarrage (13 janvier 2026).


Les faits reprochés. Entre 2018 et 2020, Philippe Tabarot fut membre du Groupe d’Intérêts Public touristique et culturel du Cannet, le GIP, mais aussi employé du service de communication de la mairie du Cannet (où sa sœur fut maire de 1995 à 2017). Il touchait un salaire comme directeur du GIP (avril 2018-juillet 2020), d’environ 6 900 euros par mois, pour un total de 82 473 euros pour la seule année 2019. Mais il était aussi chargé de mission du GIP (août-novembre 2020), touchant encore environ 4 500 euros par mois. Comme chargé de communication à la mairie du Cannet, son salaire était de 1 276 euros par mois (15 318 euros en 2019), alors qu’il était aussi vice-président chargé des transports au niveau régional (2015-2021), pour un salaire d’environ 40 000 euros par an. Pour la seule année 2019, l’homme cumulait 137 872 euros de revenus, en piochant dans les poches des contribuables, soit un salaire hallucinant de 11 489 euros… Au-delà du scandale des cumuls et du fait qu’il n’avait sans doute pas le temps d’assumer toutes ses fonctions (limite des emplois fictifs), c’est la prise illégale d’intérêt avec sa sœur comme complice qui pose problème. Certe elle n’était plus maire du Cannet, mais gardait sans doute ses entrées. La fratrie infernale du Cannet ne s’est pour l’instant pas démontée… (le troisième membre de la fratrie, Roch Tabarot est un escroc qui a été mis en cause à Alicante, en Espagne, pour : « escroquerie en bande organisée, complicité et recel et blanchiment d’argent »). Philippe Tabarot déclarait : « Je n’ai aucune information sur le contenu et l’objet de la procédure et je n’ai jamais été entendu dans ce cadre ».
Pourquoi la procédure judiciaire est gelée ? A l’heure ou j’écris, la justice semble morte, endormie dans le fond des couloirs des tribunaux. D’autres questions se posent alors : sa nomination comme ministre de la Macronie, qui ne peut avoir été que négociée, avec une acceptation de se compromettre avec le gouvernement (malgré sa couleur politique), pourrait expliquer pourquoi la justice a été mise en mode « pause »… Une fois rallié et intégré au gouvernement, il serait bête d’attiser un feu judiciaire qui salirait alors le régime… Au besoin par ailleurs, l’échéance de l’élection présidentielle arrivant en 2027, la justice pourrait finir le travail après cette date… Après Macron le déluge ! C’est d’autant plus vrai que Philippe Tabarot avait été sommé par les Parti LR de refuser de rester dans le gouvernement Lecornu (octobre 2025). Le bureau politique de LR avait alors exclu 6 personnalités ralliées à la Macronie (10-12 octobre 2025), dont Philippe Tabarot, Rachida Dati ou Annie Genevard. Ayant bravé la consigne, l’exclusion fut prononcée le 12 octobre, transformée en suspension, le 22 octobre.



Il affirma : « qu’il n’avait rien à gagner à titre personnel et qu’il servait son pays et le secteur des transports ». Mais force est de constater que son ralliement permet ce gel de la procédure, lui offrant aussi un ministère qu’il n’aurait jamais pu espérer si le parti des Républicains avait été au pouvoir. Il appela cette forme de trahison de sa couleur politique : « de sens des responsabilités, estimant être plus en phase avec la pensée politique des personnes qui sont au gouvernement ». L’homme est en effet quasiment assuré de garder son poste de ministre jusqu’à l’élection présidentielle. En attendant, le salaire de ministre des Transports est de 9 700 euros, certes inférieur aux rapines passées du politicien, mais de loin plus prestigieux… Accessoirement, pour bénéficier du régime de retraite des ministres, il suffit seulement d’avoir été ministre pendant trois petits mois… A sa sortie du ministère, il pourra toucher une modeste indemnité temporaire de départ, de 9 940 euros bruts, pendant une durée de trois mois. Enfin comme ancien sénateur, il bénéficie du cas particulier de la caisse de retraite des anciens sénateurs. La retraite au Cannet sera confortable et sans doute la chose politique n’est pour de tels hommes qu’un moyen. Les poches sont bien remplies, la vue du « balcon de la Méditerranée » est imprenable et la populace des « sans dents » est bien loin !
