Voici une rubrique sur la corruption des milieux politiques, les élites politiques et les politiciens professionnels. Le propos n’est pas d’attaquer une ou plusieurs formations politiques, mais de les attaquer toutes, à travers les biographies des politiciens corrompus, oligarques, barons locaux et tout l’aréopage politicien de France et de Navarre. C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires explosèrent sous la présidence de François Mitterrand, puis se multiplièrent par la suite sous les autres présidences jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a explosé, montrant une corruption massive des milieux politiques, à l’exemple des plus coupables se trouvant aux plus hauts niveaux de l’État français, jusqu’aux occupants de l’Élysée. Mon propos sera de balayer toute la période de la présidence de Giscard d’Estaing, jusqu’à nos jours, soit un demi-siècle de corruption désormais devenue endémique.
Aujourd’hui nous aborderons dans l’Aurore Nouvelle, le cas de Laurent Wauquiez, un cas d’école où vous découvrirez une incroyable succession d’affaires : dépenses princières aux frais des contribuables pour des dîners fastueux, des subventions retirées à des organismes par vengeance politique, des emplois fictifs, des commandes pour des services attachés à sa propre personne et non pour le bien de ses concitoyens, des ambitions démesurées, et une foule de procès encore en cours… Voici l’incroyable Gargantua de la République : Laurent Wauquiez, le maître des notes de frais, le Prince de la table !



Mais qui est Laurent Wauquiez ? Il naquit à Lyon, le 12 avril 1975, d’une famille très aisée et originaire d’une lignée d’industriels de la région de Tourcoing. Ses ancêtres avaient fondé une tannerie (1895), qui fut reconvertie en chantier naval suite au déclin de l’industrie textile en France (1965). Son père était le directeur de la banque Indosuez Scandinavie, mais aussi le gérant d’une société de conseil en investissement. Sa mère fit une carrière politique locale, élue maire de Chambon-sur-Lignon (une douzaine d’années dans les années 2000-2010). Il fit des études supérieures prestigieuses, réussissant le très difficile concours d’entrée à l’École normale supérieure (14e de sa promotion, 1994). Il poursuivit par une agrégation d’histoire à la Sorbonne (1997), puis entra dans l’une des usines de formation des défenseurs du système, Sciences Po Paris (1998-1999). Il fit encore des études de droit (DEA de droit public, 1999), afin de réussir le concours d’entrée à l’ENA, major de sa promotion (2001).
Les débuts d’un politicien professionnel. Après un tel parcours, sa carrière politique était désormais presque certaine. Il fut nommé au Conseil d’État comme auditeur, puis rapporteur de la commission spéciale de cassation des pensions et enfin maître des requêtes (2001-2004). Pendant la période, il fut le rapporteur de la Commission Stasi, mise en place pour l’application du principe de la laïcité dans la République française (2003). Mais immédiatement il s’engagea aussi en politique, derrière son mentor politique, Jacques Barrot, un ponte de l’UMP, le parti de la droite libérale, européiste et atlantiste. Il fut son suppléant aux élections législatives dans la Haute-Loire (2002). Jacques Barrot ayant été nommé commissaire européen (2004), il le remplaça dans son siège de l’Assemblée nationale, sans avoir été lui-même élu (2004-2007). Il était alors le plus jeune député de France, n’ayant que 29 ans en entrant au Palais Bourbon. Il fut toutefois élu à son siège, affrontant les électeurs pour la première fois et avec succès (2007). Quelques années plus tard, il tenta de lancer une tendance politique dans son parti, en fonda un club, « La Droite Sociale », affichant l’ambition de réformes et d’un discours devant reconquérir les classes moyennes et les électeurs de l’aile gauche « du gaullisme » historique.



Dans les couloirs du pouvoir. Immédiatement le jeune politicien fut propulsé sur le devant de la scène, le technocrate et bureaucrate ne devait plus quitter la politique. Il fut nommé Secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement de Fillon (2007), puis Secrétaire d’État chargé de l’Emploi, auprès de Christine Lagarde (2008-2010). C’est lui qui fut en partie derrière la création de Pôle-Emploi qui remplaçait l’ANPE. Cumulard de mandats comme l’immense majorité des politiciens, il n’hésita pas à se présenter aux élections municipales du Puy-en-Velay, élu maire (2008-2014), puis fut réélu au premier tour avec 67 % des voix (2014-2016). Il fut aussi élu Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes (2016-2021), également réélu (2021-2024). Empilant les fonctions, la consécration vint avec sa nomination comme Ministre chargé des Affaires européennes (2010-2011), puis Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche (2011-2012). Avec la déroute de sa formation politique aux élections de 2012, portant au pouvoir François Hollande, il réussit toutefois à se faire élire de nouveau à l’Assemblée Nationale, toujours en Haute-Loire (2012-2017).
Très en vue et jugé comme un potentiel futur leader, il fut élu président du Parti Les Républicains, avec le score écrasant de 74,64 % (10 décembre 2017). Cependant son arrivée correspondait à l’écrasement du parti, dans la situation de la vague irrésistible du Parti En Marche et d’Emmanuel Macron. La tête du parti François Fillon ayant été battue et l’homme écorché par des affaires, il prit la tête de LR dans des heures sombres. Il avait également été éjecté de l’Assemblée Nationale, perdant son siège. Il mena une dure campagne aux élections européennes, signant également une nouvelle déroute et se décida à démissionner (2 juin 2019). Les grandes ambitions paraissaient s’éloigner, alors qu’Emmanuel Macron, malgré un bilan catastrophique réussissait à se faire réélire à son siège (2022).








Rattrapé par la justice : les fastes des dîners gargantuesques de Wauquiez. Mais une affaire défraya bientôt la chronique, celle du Dîner des sommets. Alors qu’il était encore président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il avait organisé un incroyable dîner, d’un faste éhonté dans le château de La Chaize dans le Beaujolais, avec environ 90 invités. Dépensant l’argent public sans compter, le fameux dîner avait coûté la modique somme de… 100 000 euros, soit plus de 1 100 euros par personne, quasiment le salaire minimum de gens modestes dépensés pour un aréopage de nantis gavés de petits fours, de mets fins, de vins coûteux et de champagne. La facture fut aussi alourdie par : « 50 000 euros de frais d’organisation auprès d’un prestataire ». Le scandale éclata par le journal Mediapart, choquant la France, alors que l’opposition dans le Conseil régional réclamait à hauts cris la liste des invités (91 au total). Le Parquet national financier ouvrit une enquête devant l’ampleur du scandale (décembre 2022). Wauquiez était accusé : « de favoritisme, de recel de favoritisme et de détournements de fonds publics ». Un perquisition fut ordonnée au siège de la région de Lyon (février 2023). Après une longue procédure judiciaire, le Tribunal administratif de Lyon enjoignit Wauquiez de fournir la liste des invités (mai 2024). Dans l’été elle fut partiellement publiée dans la presse (voir en fin d’article ci-dessous). Wauquiez tenta un pourvoi pour ne pas fournir la liste, mais qui fut bientôt rejeté par la justice (30 décembre 2024). Le mois suivant il fut contraint de la fournir.
La multiplication des tables princières de Wauquiez. L’enquête exhuma bientôt d’autres dîners fastueux et coûteux, tous aux frais des contribuables français via les fonctions publiques de Wauquiez. Une autre affaire émergea, celle des dîners parisiens, l’affaire Houellebecq. La Chambre régionale des comptes publia un nouveau rapport épinglant le politicien corrompu, pour un dîner avec l’écrivain Michel Houellebecq, pour un coût de 1 248 euros et un autre dîner avec trois journalistes parisiens, ayant également coûté une fortune (5 140 euros, août 2024). L’ancien ministre déclara alors que ces dîners avaient des buts… de mise de relation des acteurs et moteurs de sa région et se déclara prêt à rembourser les frais de sa poche. L’opposition resta ferme et demanda des comptes, alors que le conseiller régional Johann Cesa déclarait : « lui qui sur les plateaux TV claironne qu’il a remboursé les déjeuners n’a toujours pas transmis la moindre preuve » (décembre 2025).
Une pluie d’affaires exhumées par les enquêtes depuis 2019. La Chambre régionale des comptes ayant passé au crible ses frais, elle demanda également en octobre 2024, des comptes pour la commande à la société Mediascopie, d’une étude d’opinion pour 6 000 euros. L’objet de l’étude était : « analyser en temps réel la réception par le grand public des interviews accordées par Laurent Wauquiez aux médias, notamment sur ses propos tenus sur BFMTV » (une commande datant de mars 2021). Quant au Parquet national financier, il enquêta sur des suspicions d’emplois fictifs (2019-2020). Un proche de Wauquiez, Ange Sitbon avait notamment été grassement rémunéré. La Chambre des comptes avait simplement pointé le fait pour : « une rémunération disproportionnée d’Ange Sitbon ». L’homme était l’ancien directeur du pôle élections de l’UMP et aurait alors travaillé non pas pour l’intérêt de la collectivité, mais comme pour l’affaire de l’étude médiatique, pour les intérêts personnels de Wauquiez. Une perquisition avait eu lieu déjà au siège de la région (septembre 2022), suivi d’une autre (novembre 2023). Le média Radio France commenta le fait, indiquant que Sitbon n’était pas le seul employé suspect : « plusieurs personnes sont mis en cause pour des rémunérations par la région mais travaillant en fait pour Laurent Wauquiez et sa carrière locale et nationale ». Énervé, il déclara en retour : « je regrette que les journalistes de Radio France aient été instrumentalisés par de telles sources, de sont des informations mensongères ». Mais d’autres affaires apparurent ensuite, notamment des chantages aux subventions régionales.



L’affaire du chantage aux subventions régionales. Trois cas furent documentés, notamment le retrait d’une subvention au Théâtre Nouvelle Génération et au Centre culturel œcuménique et la société La Bayonne. Laurent Wauquiez usait des subventions en pratiquant des vengeances politiques. Il faisait retirer les subventions à des organismes : « dont les orientations politiques ne lui convenaient pas ». Pour le théâtre, la subvention avait été retirée en 2023, mais le Tribunal administratif condamna à la région à verser 149 000 euros à ce dernier (octobre 2025). Pour le Centre culturel, la région fut condamnée à verser 76 061 euros, et pour la société La Bayonne, un montant de 200 000 euros. Mais dans ces trois cas la région a contre-attaqué et déposé une appel, bloquant la décision de manière provisoire.
L’affaire des notes de frais et de l’opacité. Depuis 2021, le média d’investigation Médiacités demande les notes de frais de Laurent Wauquiez pour les années 2019, 2020 et 2021. Mais la région bloqua cette demande et s’y refusa, confirmant que bien d’autres dîners, dépenses princières et sans doute d’autres faits douteux existent. Après une procédure judiciaire longue, le Conseil d’État a décidé : « que les notes de frais et reçus d’élus locaux devaient être des documents administratifs consultables et communicables à toute personne qui en fait la demande » (23 juillet 2025). En conséquence de quoi la région fut condamnée à 3 000 euros de frais de justice pour Médiacités, alors que le média devrait peut-être finir par recevoir cette masse de notes, soit 7 784 documents… Mais l’association anti-corruption Anticor avait elle-aussi demandé les notes de frais de Laurent Wauquiez, pour les années 2021, 2022 et 2023 (en juin 2024). Là encore la région avait refusé, l’association saisissant la justice. Le 10 mars 2026, le Tribunal administratif a ordonné la transmission des documents à l’association… Emma Taillefer président de l’association déclarait : « la transparence dans l’utilisation de l’argent public n’est pas une option, mais une obligation démocratique ».



L’épilogue. Malgré les scandales s’étant multipliés et d’autres à venir, l’homme reste sous le coup de plusieurs procédures judiciaires. Mais Wauquiez s’est partiellement mis à l’abri, car après la dissolution de l’Assemblée Nationale par Emmanuel Macron, il se représenta à son siège en Haute-Loire (juin 2024). Il fut réélu, faisant un retour remarqué au Palais Bourbon. Cette élection l’a obligé à quitter son poste de Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, lui permettant aussi de prendre le large. Il est aussi désormais protégé par l’immunité accordée aux parlementaires. Elle peut être évidemment levée, mais après une longue procédure et par une décision de l’Assemblée nationale elle-même. En attendant il se trouve donc à l’abri et son mandat court au plus tard jusqu’au mois de juillet 2029… Pendant ce temps… comme député, Wauquiez dispose aussi de fonds pour « des notes de frais »… la tournée des grands ducs est loin d’être terminée… et les amis parisiens très nombreux et affamés. Il n’a jamais capitulé ses ambitions nationales et même jusqu’à un séjour dans le Palais de l’Élysée… La table du palais est toujours restée en dehors des investigations et la cave, malgré une vente publique sous Hollande, reste extraordinaire…

La liste partielle des invités de Wauquiez au dîner du château de La Chaize : Le journal L’éveil citait des invités interrogés : « Nous avons été bien reçus : trois personnalités de Haute-Loire étaient invitées au dîner des sommets organisé par Laurent Wauquiez »… Oui ils furent bien reçus !
Laurence Borie-Chancel, présidente de la Compagnie Nationale du Rhône,
Soïzic Bouju, directrice du groupe Centre France (journal La Montagne), invitée mais dément être venue,
Philippe Brocard, président de Lyon BD Festival,
Sébastien Chabal, ancien international de rugby,
Franck Chalendard, artiste plasticien,
Pierre Fanneau, directeur général du groupe de presse Le Progrès,
Thierry Frémaux, Directeur de l’Institut Lumière, invité mais non présent,
Jean-Paul Genoux, président de l’association École 42,
André Genton, président du directoire de Porcher Industries,
Olivier Ginon, PDG de GL Events,
Dominique Giraudier, directeur de l’Institut Paul Bocuse,
Jacques Glénat, président des Éditions Glénat,
Philippe Guérand, président de la Chambre régionale de CCI,
Philippe Guigal, PDG des Établissements Guigal,
Christophe Gruy, président du groupe de construction Maïa, millionnaire, propriétaire du château de La Chaize,
Isabelle Huault, président d’emlyon Business School,
Patrick Iliou, secrétaire général du club de football Olympique Lyonnais,
Henri Landes, co-fondateur de Landestini,
Vincent Le Roux, directeur du restaurant Paul Bocuse,
François Ligier, PDG de Ligier Group,
Régis Marcon, chef 3 étoiles, invité mais non présent,
Christophe Marguin, président des Toques Blanches lyonnaises,
Guy Mathiolon, président de Serfim,
Alain Mérieux, président de l’Institut Mérieux, lobbying pharmaceutique,
Tabata Mey, cheffe à Lyon,
Gaëtan Muller, président délégué de l’ASVEL,
Olivier et Amaury Passot, dirigeants de Revol Porcelaine,
Jean-François Pinton, président de l’École Normale Supérieure,
Alexis Pinturault, champion de ski alpin, champion du monde,
Jean-Luc Raunicher, président du MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes,
Pascal Ray, directeur de l’École Centrale de Lyon,
Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques de Lyon,
Bernard Reybier, PDG de Fermob, une entreprise dans le département de l’Ain, de mobiliers et objets en métal,
Pierre Roset, président de Ligne Roset,
Nicolas de Tavernost, PDG du groupe TV M6,
Édouard Tétreau, conseiller de Wauquiez ayant aidé à l’organisation du dîner,
Jo-Wilfried Tsonga, ancien tennisman de haut niveau,
Christophe Victor, directeur général du Dauphiné Libéré,
Sébastien Vidal, président de Limagrain,
Serge Vieira, chef 2 étoiles, décédé depuis,
Antoine Wassner, PDG de Sabarot Wassner.
