J’inaugure une nouvelle rubrique, à l’instar de celle visant « les chiens de garde » du journalisme, mais qui concernera la corruption des milieux politiques, les élites politiques, les politiciens professionnels. Le propos n’est pas d’attaquer une ou plusieurs formations politiques, mais de les attaquer toutes, à travers les biographies des politiciens corrompus, oligarques, barons locaux et tout l’aréopage politicien de France et de Navarre. C’est un mal qui ronge la République française de longue date.
Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires explosèrent sous la présidence de François Mitterrand, puis se multiplièrent par la suite sous les autres présidences jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a explosé, montrant une corruption massive des milieux politiques, à l’exemple des plus coupables se trouvant aux plus hautes places de l’État français, jusqu’aux occupants de l’Élysée. Mon propos sera de balayer toute la période de la présidence de Giscard d’Estaing, jusqu’à nos jours, soit un demi-siècle de corruption désormais devenue endémique.
Aujourd’hui nous aborderons le cas de l’affaire Jean-Michel Blanquer, un Ministre de l’Éducation, pur produit de la Macronie, qui ne fut jamais élu dans un scrutin démocratique. Calamiteux patron de l’Éducation nationale, il s’accrocha aux branches pendant 5 ans, mais il avait annoncé le fait… et retourna sa veste pour passer des Républicains à la Macronie, afin de rafler le poste de ministre. Ses proches affirmèrent qu’il en rêvait. La suite fut une réforme des bacs catastrophique, créant un front commun des enseignants et syndicats, au point d’être surnommé le Faux Sauveur de l’école républicaine. Sa carrière se termina, après des vacances à Ibiza, où entre cocktails, danses et maillot de bain, le ministre faisait des déclarations désinvoltes à la presse… Vous apprendrez la suite des aventures de Jean-Michel Blanquer, dans cet Article de l’Aurore Nouvelle :



Mais qui est Jean-Michel Blanquer ? Il naquit à Paris, dans une famille de la bourgeoisie, d’un père avocat du barreau parisien et d’une mère, professeur d’anglais. Il fit des études supérieures, d’abord une maîtrise en philosophie, à l’Université de la Sorbonne, puis passa par l’une des pires écoles des chiens de garde, l’Institut d’études politiques de Paris, Science Po (diplômé d’un DEA). Il reçut une bourse Lavoisier, pour faire encore un DEA en droit public (1991-1992), avant de terminer par un doctorat en droit, à Paris II, puis fut agrégé en droit public. Sa thèse de doctorat portait sur le sujet : Les méthodes du juge constitutionnel, avec mention « très honorable ».
Il se dirigea d’abord vers une carrière universitaire, cercle très fermé et verrouillé, où sans soutien personne ne peut entrer sans montrer « patte blanche ». Il travailla ou fit de la recherche, à l’Institut français d’études andines de Bogota, Colombie (1989-1991), puis fut nommé maître de conférence en droit public à l’Université de Tours (1994-1996), et enfin professeur de droit public, à l’Université Paris III, puis par népotisme à l’IEP de Lille… une autre entité des chiens de garde su système. Il devint directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, l’IHEAL (1998-2004), puis président de l’Institut des Amériques GIS (2004).
Dès lors, ce pur produit de l’université française (il y aurait beaucoup à dire), monta les échelons rapidement. Il fut nommé Recteur de l’Académie de Guyane (2004-2006), surnommé Le piroguier, pour ses déplacements en pirogue en Amazonie. Il fut nommé Recteur à l’Académie de Créteil (2007-2009), la deuxième de France pour la population scolaire, surnommé Boîtes à Idées. Il passa au Ministère de l’Éducation nationale, directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien (2006-2007), à la fin du mandat de Jacques Chirac. Il lança des projets plus au moins contestés, notamment celui d’une cagnotte pour récompenser l’assiduité des élèves, projet désavoué par Nicolas Sarkozy, un premier échec. Il abandonna ensuite le public, pour passer dans le privé, devenant Directeur général du groupe ESSEC (2013-2017), l’une des plus prestigieuses écoles de commerce en France.
Longtemps lié au RPR, à l’UMP, puis aux Républicains, il était dévoré par l’ambition et selon son entourage affirmait : « se voir nommer Ministre de l’Éducation et y rester ministre pendant 5 ans ». Cette ambition dévorante le fit mener une véritable campagne auprès des candidats à la présidentielle, ou de grandes figures politiques, approchant successivement Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire et Emmanuel Macron. Historiquement, il était un ami d’enfance d’un certain François Baroin, maire de Troyes et ancien ministre. Il retourna sa veste, pour pouvoir être nommé Ministre de l’Éducation nationale (17 mai 2017), dans le gouvernement d’Édouard Philippe, puis Ministre de l’Éducation et de la Jeunesse, par élargissement de ses fonctions (16 octobre 2018). Pour atteindre ce but, il n’hésita pas, malgré l’éthique indispensable à sa fonction, à appeler les élèves de l’ESSEC à voter Emmanuel Macron (second tour, 2017). Il était un proche ou membre de l’Institut Montaigne, un think thank de lobbyistes de la frange libérale et ultralibérale.



L’affaire Jean-Philippe Blanquer. Mais Le piroguier, dans son parcours souterrain et tortueux, fut bientôt rattrapé par la justice. Le média Mediapart révéla en 2022 qu’il avait accordé une subvention importante, de 65 000 euros, pour l’obscur syndicat lycéen Avenir lycéen, une organisation connue pour son soutien à ses propres réformes, notamment du bac et proche de la Macronie et de la droite conservatrice. Le syndicat relayait directement ses réformes, qu’il soutenait et le ministre, dans une école en principe apolitique, souillant de nouveau cet éthique en politisant la jeunesse française et en cherchant à l’influencer. Le fait était grave, aussi une plainte fut déposée par plusieurs associations et syndicats, dont SOS Éducation (2022). Au vu du délit, la seule cour et juridiction autorisée à statuer et juger le ministre était la Cour de Justice de la République, alors qu’il était toujours en fonction… ayant gagné son pari. La cour, évidemment sous contrôle de la Macronie jugea irrecevable la plainte contre Blanquer (juin 2022). Relaxé, il avait quitté le gouvernement (mai 2022), mais l’affaire frappa trois dirigeants du syndicat Avenir lycéen, des boucs émissaires qui payèrent pour lui… Ils furent poursuivis pour « abus de confiance », et condamnés en 2023, alors que l’enquête révéla que la subvention avait été utilisée par les lycéens : « à des fins personnelles, pour des voyages, des menus plaisirs, des frais de vie », sans aucun rapport à leurs activités syndicales.
Le Ministre détesté. Mais l’homme avait été impliqué dans de nombreuses polémiques, notamment à propos de sa longévité anormale dans son poste de ministre. Il fit un premier scandale sur une déclaration assassine, en affirmant qu’il espérait libérer les professeurs de la correction des copies grâce à l’IA (décembre 2018). Le propos provoqua la grogne des enseignants et professeurs. Les conflits se multiplièrent, par son style dictatorial, tranchant et autoritaire. Il fut épinglé et interpellé à l’Assemblée nationale par le député LR, Patrick Hetzel, pour les dysfonctionnements lors des épreuves du nouveau bac (2020). Il répondit avec morgue et mépris : « que les critiques venaient de groupuscules radicaux ». Il fut encore critiqué pour la suppression des épreuves communes de contrôle continu (2021), dénoncé comme un fossoyeur de l’école républicaine, ou de « Faux sauveur » de cette dernière. Le cœur du problème était sa gestion catastrophique et chaotique du baccalauréat (2021), avec une organisation désastreuse et des critiques au vitriol, de « bac bricolé », « de mesures illisibles et d’une absence d’anticipation », « d’une épreuve de philosophie vidée de son sens » et de dysfonctionnements administratifs massifs. Parmi eux, des convocations tardives, des copies numérisées en désordre, l’anonymat des candidats non respectés, un logiciel de correction en panne, des réunions d’harmonisations annulées et faisant la sourde oreille à toutes les critiques. Il fut aussi accusé de non respect du protocole sanitaire (2022). Le choc vînt d’une grève des enseignants, alors qu’il se trouvait en vacances à Ibiza (janvier 2022), destination des fêtards, où il donna une interview au journal Le Parisien qui fit beaucoup de bruit. L’affaire fut virale et vira à la parodie… au point que des manifestants déguisés avec des masques à l’effigie du ministre, dansèrent en maillot de bain sous les fenêtres du ministère. Ayant subi les foudres d’Emmanuel Macron, il dut venir s’excuser publiquement à l’Assemblée nationale et sur la chaîne TV TF1.



Mais qu’est devenu le plaisantin, est-il toujours en maillot de bain ? Encarté dans le Parti Renaissance, celui du président, il tenta de se faire élire à l’Assemblée nationale, dans le Loiret (2022). Parachuté, il fut éliminé dès le premier tour avec 22 % des voix. Mauvais perdant, il s’agita et accusa son concurrent d’avoir violé les règles électorales à la NUPES, notamment le financement de publications sur Facebook. Il fut débouté. La mort dans l’âme, il fut obligé de retourner sur les bancs de l’université, comme professeur de droit civil, à Paris Panthéon Assas (octobre 2022). Cependant, il entra dans un cabinet d’affaires, le cabinet Earth Avocat (janvier 2023). Il fonda aussi la Terra Academia (2022), qu’il affirmait être : « une nouvelle école de la transition écologique ». Il avait précédemment créé son propre think thank lobbyiste, Le Laboratoire de la République, afin de lutter disait-il contre le wokisme. Par son influence, l’organisation lança des grands événements, dont l’un des derniers en date se tînt à Autun, Saône-et-Loire (août 2025), avec plusieurs centaines d’affidés et de fans. Il avait pris la plume de longue date, publié chez les plus prestigieuses maisons d’éditions françaises (dont Albin Michel ou Gallimard), publiant deux ouvrages en 2024 et 2025, suivant 8 autres livres (1996-2021). Mis sur la touche, à son grand dam, par la Macronie, n’ayant pas été adoubé par une élection démocratique, il ronge son frein dans l’espoir d’une carrière renouvelée et surfant sur « des idéaux républicains ».
Mais qu’est-ce dont que le Cabinet d’affaires Earth Avocat ? Il fut fondé par Yves-René Guillou (2011), recrutant une trentaine d’avocats et s’imposant vite comme un incontournable. Le cabinet s’occupe en principe : « de modéliser et sécuriser le cadre des projets pour leur permettre de voir le jour et de durer ». Il œuvre dans plusieurs domaines d’activités qui sont : le conseil aux collectivités et établissements publics, la construction, l’urbanisme, l’environnement, l’énergie, le transport, les communications électroniques, le logement social, la santé, le sport l’éducation. Le cabinet maîtrise l’ensemble des aspects juridiques dans tous les domaines, des contentieux, en passant par le droit fiscal ou celui des affaires. Mais c’est la liste de la clientèle qui est intéressante et révélatrice : Les ministères de l’Intérieur, des Armées, de la Culture, la métropole du Grand Paris, la région Bretagne, le Conseil départemental de la Nièvre, l’Opérateur du Patrimoine et des Projets Immobiliers de la Culture, l’Établissement public du Mont-Saint-Michel, Paris Habitat… Il fut ajouter le groupe Bouygues, Vinci Construction, Linkcity, la SNCF, la RATP, l’Union des transports publics, la Compagnie Nationale du Rhône, Veolia Environnement, l’aéroport de Bordeaux Mérignac ou la Société aéroportuaire de Beauvais… Faut-il en dire plus ? Notez que Yves-René Guillou est aussi… enseignant à l’ESSEC…






