Corruption des politiques en France : le cas de Jean et Xavière Tiberi

Corruption des politiques en France : le cas de Jean et Xavière Tiberi

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J’inaugure une nouvelle rubrique, à l’instar de celle visant « les chiens de garde » du journalisme, mais qui concernera la corruption des milieux politiques, les élites politiques, les politiciens professionnels. Le propos n’est pas d’attaquer une ou plusieurs formations politiques, mais de les attaquer toutes, à travers les biographies des politiciens corrompus, oligarques, barons locaux et tout l’aréopage politicien de France et de Navarre. C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires explosèrent sous la présidence de François Mitterrand, puis se multiplièrent par la suite sous les autres présidences jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a explosé, montrant une corruption massive des milieux politiques, à l’exemple des plus coupables se trouvant aux plus hautes places de l’État français, jusqu’aux occupants de l’Élysée. Mon propos sera de balayer toute la période de la présidence de Giscard d’Estaing, jusqu’à nos jours, soit un demi-siècle de corruption désormais devenue endémique.

Aujourd’hui nous plongerons dans une affaire assez lointaine, mais qui défraya la chronique tant le scandale avait été énorme. Il concernait un poids lourd du parti du RPR, l’un des lieutenants de Jacques Chirac, j’ai nommé Jean Tiberi. Indissociable de son épouse, au point que les articles de l’époque parlèrent surtout « des époux Tiberi ». Véritable caricature à son époque, Tiberi fit la joie des satyres et des caricatures, sa corruption étant devenue presque légendaire. Il était le symbole d’arrivistes forcenés, dans des milieux parisiens de la haute-bourgeoisie, mais aussi des magouilles de cette époque dans le sein du parti du RPR et de toute une clique d’affairistes sulfureux, prêts jusqu’à l’assassinat. Mais c’est ici l’histoire d’un autre Corse, Pasqua, lui même emblème de toute une époque de barbouzes, de coups fourrés et d’histoires sinistres dans les corridors de la République française. En attendant voici Xavière et Jean Tiberi, un petit rappel dans cet article de l’Aurore Nouvelle :

Mais qui est Jean Tiberi ? Il naquit le 30 janvier 1935, originaire de Paris, mais d’une famille corse. Il fit des études supérieures de droit et devînt magistrat, d’abord substitut, puis juge, commençant une longue carrière. Il s’engagea précocement en politique, encarté dans le RPF (1950), le parti politique du général de Gaulle, sans couleur politique. Après sa mise en sommeil, il adhéra à l’Union gaulliste (vers 1955, gaullisme de gauche), et fut bientôt élu au Conseil municipal de Paris, et député suppléant (1965).

Devenu de plus en plus important, il se présenta aux législatives et fut élu député de Paris (1968-1976). Il rejoignit naturellement le RPR de Chirac (1976), devenant l’un des ses principaux lieutenants, bientôt nommé secrétaire d’État (1976). Il devînt le suppléant de Chirac à la Mairie de Paris (1977), premier adjoint, puis Maire du 5e arrondissement, réélu systématiquement (1983-1995). Éternel cumulard de mandats, il fut réélu député dans une longue succession d’élections (1976-1978-1981-1986-1988-1993-1997-2002-2007-2012). Il resta littéralement vissé à son siège de l’Assemblée Nationale, ce qui pose des questions non seulement sur le cumul des mandats, mais sur la répétition de ces derniers, que l’on parle du Palais Bourbon ou du Palais du Luxembourg (Sénat). Après l’élection de Jacques Chirac à la présidence française, il devînt aussi Maire de Paris (1995-2001), mais il fut battu en 2001.

Une première affaire vint perturber ce « beau parcours », avec l’affaire des emplois fictifs de l’Essonne (1994). Son épouse avait été employée comme collaboratrice du cabinet du président du Conseil général de l’Essonne (étiqueté RPR). Xavière Tiberi toucha même un chèque de 210 000 francs, une somme colossale à l’époque : « pour la rédaction d’un rapport sur la francophonie dont le contenu a été jugé controversé ». Une enquête judiciaire fut ouverte, pour « emplois fictifs » et elle fut mise en garde à vue, puis en examen (1996). Honteusement, la procédure judiciaire fut annulée l’année suivante « pour des raisons de vices de procédure et de forme » (1997-1998).

Il avait été lui même éclaboussé par un premier scandale, celui des logements sociaux, que ses enfants occupaient illégalement, tout en percevant des loyers d’appartements dont ils étaient propriétaires (1995). Pire encore, les logements avaient été rénovés au frais de l’administration des HLM (pour son fils Dominique, 134 m², 32 700 euros de frais). Ses enfants déménagèrent, l’affaire fut classée par le Parquet sans poursuites judiciaires.

Il fut encore frappé par le scandale des HLM de Paris (1999-2005), une magouille consistant à attribuer illégalement des marchés publics et à financer de manière occulte le RPR (pots de vins). Les méandres judiciaires firent en sorte de prononcer un non-lieu (2005). Cependant fragilisé, il se rabattit sur son fief du 5e arrondissement de Paris, où il fut encore élu à plusieurs reprises (2001-2014). Sa réputation était toutefois sulfureuse, dégradée et il était considéré à cette époque comme « un paria au sein de son propre camp politique ».

Il fut de nouveau au cœur d’un scandale de fraudes électorales (1997-2015), de faux électeurs, lui permettant de bidonner les résultats des élections à sa guise. Malgré les fraudes, son élection fut honteusement confirmée (député, 1997). Un premier procès le condamna à une peine d’inéligibilité de 3 ans, 10 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende (2009). Son épouse Xavière écopa de 9 mois de prison avec sursis et d’une amende de 5 000 euros. Il fit appel ce qui permit de faire durer la procédure et de lui permettre de continuer son mandat de Maire. La peine fut confirmée (2013), et son pourvoi en cassation fut rejeté (2015).

Cependant à cette date, il était « à la retraite », les conséquences furent ridicules et infimes. Il avait même eu l’audace de prendre son fils comme adjoint, et pesa pour le faire nommer contrôleur général au Ministère de l’Économie (2011). Une tradition du népotisme des élites républicaines qui est restée tenace. Il tenta également de le pousser à la mairie du 5e arrondissement (2014), mais son fils fut battu. Dans sa carrière de vampire de la République, il réussit à cumuler 1 fonction gouvernementale, 11 mandats parlementaires, et 6 mandats locaux. Malgré les fraudes électorales, Tiberi toucha les retraites desdits mandats jusqu’à sa mort… Il préféra finalement prendre sa retraite politique (2014), disparaissant de la scène politique et vivant des « ors » de la République accumulés pendant de si longues années, jusqu’à sa mort survenue en 2025.