J’inaugure une nouvelle rubrique, à l’instar de celle visant « les chiens de garde » du journalisme, mais qui concernera la corruption des milieux politiques, les élites politiques, les politiciens professionnels. Le propos n’est pas d’attaquer une ou plusieurs formations politiques, mais de les attaquer toutes, à travers les biographies des politiciens corrompus, oligarques, barons locaux et tout l’aréopage politicien de France et de Navarre. C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires explosèrent sous la présidence de François Mitterrand, puis se multiplièrent par la suite sous les autres présidences jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a explosé, montrant une corruption massive des milieux politiques, à l’exemple des plus coupables se trouvant aux plus hautes places de l’État français, jusqu’aux occupants de l’Élysée. Mon propos sera de balayer toute la période de la présidence de Giscard d’Estaing, jusqu’à nos jours, soit un demi-siècle de corruption désormais devenue endémique.
Aujourd’hui, j’aborderai le cas de l’affaire Bruno Le Roux, une affaire cocasse d’un Ministre de l’Intérieur, pris la main dans le sac pour népotisme, des emplois fictifs au profit de ses trois filles, pour un préjudice de 55 000 euros. L’affaire se déroula à la toute fin de la présidence de François Hollande, alors que l’homme était un apparatchik du PS, fidèle parmi les fidèles de l’ancien président. Le couperet judiciaire est finalement tombé en février 2026, Le Roux ayant fait traîner l’affaire pendant presque 9 ans. Voici l’affaire Bruno Le Roux, dans l’Aurore Nouvelle :



Mais qui est Bruno Le Roux ? Il naquit à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, le 2 mai 1965, fils de commerçants. Il fit des études supérieures, notamment en sciences économiques, puis en gestion, et fut diplômé de l’Université Paris X Nanterre, en stratégie et management. Bien plus tard, une polémique intervint sur les mensonges qu’il avait diffusé, notamment sur son passage à l’école HEC, ou à l’ESSEC, où il ne mit jamais les pieds (2016). Avant sa nomination à un poste important, ces mentions furent retirées de sa biographie comme étant « des erreurs ».
Il débuta précocement une carrière politique, devenant d’abord vice-président de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF, 1988-1991). Il se présenta sur une liste des élections municipales, à Épinay-sur-Seine, devenant adjoint au maire à 24 ans (1989). Il militait au Parti Socialiste, la Gauche Caviar et fut directeur-adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, alors Premier secrétaire du parti et devint un proche de François Hollande (1990-1992). Il cumula bientôt les mandats, d’abord conseiller général de la Seine-Saint-Denis (1992), puis élu maire d’Épinay-sur-Seine (1995-2001), n’ayant que 30 ans. La même année, le Premier ministre Lionel Jospin le nomma délégué national du PS chargé des questions de sécurité et de police. Le vent en poupe, il était considéré comme l’avenir du parti, promis à une haute et brillante carrière.
La consécration ne fut pas longue à venir, il fut d’abord élu député de la 1ère circonscription de la Seine-Saint-Denis (1997-2017), réélu sans discontinuer en 2002, 2007 et 2012. Dans la période, il fut encore Secrétaire national du Parti Socialiste, chargé des élections, puis Vice-président et porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale (2007-2012). Âme damnée de François Hollande, il était décrit comme un « Hollandais historique » ou « l’infatigable Hollandais », fidèle parmi les fidèles. Hollande tarda toutefois à lui confier un ministère, mais il fut nommé Ministre de l’Intérieur (décembre 2016-mars 2017), dans la fin du mandat du président français.



L’affaire Bruno Le Roux. Patron de la Police Nationale, le carriériste devait voir la fin de son ascension, avec la révélation de faits de corruption (21 mars 2017), dans le contexte d’une élection présidentielle proche et alors que François Hollande n’était pas candidat à sa réélection. Il avait déjà été écorné par ses mensonges sur les écoles supérieures fréquentées, mais l’affaire avait été étouffée (décembre 2016). Cette fois-ci, il fut accusé d’avoir employé ses trois filles… comme collaboratrices parlementaires pendant leurs… vacances scolaires et ce, de 2009 à 2016. Le préjudice avait été le vol de 55 000 euros d’argent public, versés durant 7 années. La bombe ayant explosé, il démissionna de son poste de ministre le jour même, niant toute malversation, mais justifiant sa démission : « pour que l’enquête ne nuise pas au fonctionnement du gouvernement ». Les raisons étaient tout autres, alors que dans le même temps sortaient les affaires de François Fillon (emploi fictif de son épouse, 900 000 euros de préjudice) et celle des assistants parlementaires européens du FN/RN, impliquant parmi d’autres politiciens de ce parti, Marine Le Pen. D’un seul coup, trois couleurs politiques majeures étaient éclaboussées pour des affaires similaires.
Une longue procédure judiciaire. Menant un long combat d’arrière-garde, profitant des lenteurs judiciaires et des artifices de la défense de ses avocats, l’affaire mis quasiment 9 ans pour être jugée… Le tribunal correctionnel a condamné en février 2026, l’ancien Ministre de l’Intérieur, pour des employés fictifs en faveur de ses trois filles, alors lycéennes et étudiantes, à deux ans de prison avec sursis, 70 000 euros d’amende et une période d’inéligibilité de 5 ans. La condamnation est définitive, Le Roux aura en vain utilisé tous les recours pour éviter le couperet judiciaire. Fait marrant, l’affaire avait inspiré les internautes, imaginant autour de ses filles « assistantes parlementaires », de nombreuses plaisanteries.



La fuite à l’anglaise de Bruno Le Roux. Après sa démission, le criminel et ancien Ministre de l’Intérieur, ce qui est pour le moins cocasse, préféra prendre la tangente et se faire le plus petit possible. Il pouvait toujours compter sur une coquette retraite de député français, de maire et de conseiller général, pour des revenus plus que confortables. Il ne se représenta pas à son siège de député (2017), disparaissant de la vie politique et du Parti Socialiste, qui de toute manière entra dans une très grave crise. La Macronie, cette année là, balaya les deux vieilles formations politiques, le PS et Les Républicains. Mais l’homme avait réussi par les artifices des corridors du pouvoir et des clientèles (au sens romain du terme), à devenir le Président de la Fédération Léo Lagrange, un réseau d’associations d’éducation populaire (2000). Il a occupé sans discontinuer cette fonction. Son salaire n’est pas connu, mais celui d’Yves Blein, secrétaire général de la Fédération Léo Lagrange est connu. Il touchait en 2022, la bagatelle de 7 053,07 euros brut par mois… On peut considérer que celui du président de la fédération est supérieur. En l’estimant à 7 500 euros, pendant 25 ans de présidence, l’homme aura tout de même raflé quelque chose comme 2,2 millions d’euros ! La retraite sera douce pour l’ancien ministre…
