Officiellement, la corruption serait faible en France et dans la fonction publique, mais les faits se multiplient et s’entassent depuis les années 70-80. Le régime fait valoir cette France, du « pays des Droits de l’homme », un État qui serait de droit et où la corruption n’existerait pas ou peu. Pour cacher la misère, les médias français parlent souvent de corruption dans d’autres pays, se plaisant à montrer du doigt des pays de l’Europe de l’Est ou d’Afrique. Mais en réalité une corruption rampante sclérose la société français et en premier lieu la fonction publique.
Ces escrocs ou bandits « du tertiaire » opèrent dans l’ombre des administrations, des organisations étatiques, d’obscures commissions, de syndicats et d’autres entités du maillage de la fonction publique en France. Ils sont partout, dans les villes, les campagnes, parfois liés à la sphère politique et leurs réseaux sont souvent assez vastes. D’autres plus modestes sont « des voleurs à la petite semaine », mais certains sont capables d’organiser des escroqueries de plus grande envergure. Le nombre d’affaires est en forte augmentation en France, alors que sous l’ère Macron, le pays est devenu champion d’Europe pour le taux de criminalité, laissant loin derrière tous les pays du continent, sans exception.
Aujourd’hui j’aborderai le cas du lac de Caussade, de Serge Bousquet-Cassagne et de Patrick Franken. C’est une affaire épineuse, car sous couvert de la lutte pour la survie des agriculteurs, elle cache de nombreux délits, des escroqueries, une multitude d’audiences judiciaires, des condamnations, des menaces de violences, avec en embuscade le Rassemblement National, des millions d’euros de préjudices pour le portefeuille des contribuables français et un statut de héros dans les manifestations des agriculteurs à Rungis dans l’année 2024… Entre paradoxes, violences, système quasi mafieux et des revendications… justes. Toute l’histoire d’une société laissée à la dérive et se roulant elle-même dans les travers des exemples du régime.


Mais qu’est-ce que l’affaire du lac de Caussade ? C’est un véritable feuilleton judiciaire qui implique depuis plusieurs années deux escrocs, Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken, deux figures de la Coordination rurale (CR47), mais aussi anciens présidents de la Chambre d’agriculture du département de Lot-et-Garonne. Le lac de Caussade est une retenue d’au qui était destinée à l’irrigation agricole qui fut construite sur la commune de Pinel-Hauterive, dans ce département (2018-2020). Le projet était prévu pour bénéficier à une vingtaine d’exploitations agricoles locales. Mais la construction ne fut en réalité jamais validée par l’autorisation environnementale nécessaire, prenant en otages toute la population locale, au profit de quelques-uns…
La préfète de Lot-et-Garonne avait au départ autorisé les travaux (septembre 2018), avant de retirer rapidement son autorisation, mais malgré ce retrait les deux complices avaient continué les travaux. Pour forcer les portes, la Chambre d’agriculture avait passé des commandes à des entreprises « amies » sans passer par le système des appels d’offres, violant encore les règles des marchés publics, mais tout le projet était de fait illégal. Les entreprises employées dans la construction du projet n’avaient pas réalisé l’ouvrage selon les normes de sécurité entraînant un surcoût d’1,75 millions d’euros, pour un lac estimé lui-même à 1,3 million d’euros (2021).
Le projet ne pouvait passer inaperçu, une enquête judiciaire fut diligentée, puis une procédure. Elle conduisit en appel à la condamnation des deux dirigeants de la Chambre d’agriculture (janvier 2022). Serge Bousquet-Cassagne fut condamné à 9 mois de prison, dont 4 mois avec révocation d’un sursis antérieur). Son compère à 8 mois, mais avec 7 000 euros d’amende pour chacun et le versement de 1 000 euros à chacune des associations de défense de l’environnement qui s’étaient constituées parties civiles. La Chambre d’agriculture fut elle-même condamnée à 40 000 euros d’amendes, dont 20 000 avec sursis.



Les deux malfrats pris une deuxième fois la main dans le sac. Mais les deux hommes n’avaient nullement l’intention de payer leurs propres amendes. Les deux compères utilisèrent alors les fonds de la Coordination rurale CR47 et de la Chambre d’agriculture pour payer leurs amendes personnelles (2025-2026). Ils avaient en effet sollicité du bureau de la CR47 une somme de 83 000 euros, pour « payer leurs amendes » et six mois plus tard, la Chambre d’agriculture leur attribua 37 000 euros supplémentaires. Plus cocasse encore, les deux hommes avaient participé aux délibérations et aux votes relatifs à ces décisions, des faits graves. Un nouveau procès fut nécessaire. Il était accusés de prise illégale d’intérêts, de détournements de biens d’un dépôt public, d’abus de confiance et de recel de bien obtenu à l’aide d’abus de confiance. La justice ordonna après leurs gardes à vue (printemps 2025), la saisie sur leurs comptes bancaires de 70 000 euros sur ceux de Serge Bousquet-Cassagne et de 40 000 euros sur celui de Patrick Franken. Entêtés et coriaces, les deux escrocs firent encore appel devant la cour d’Appel d’Agen, mais furent déboutés de leur demande par la cour (17 septembre 2025). Le deuxième procès condamna les récidivistes à 18 mois de prison avec sursis probatoire (de deux ans), une amende de 37 000 euros et 5 inéligibilité pour Serge Bousquet-Cassagne. Pour Patrick Franken la condamnation fut de 12 mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, 25 400 euros d’amende et 5 ans inéligibilité. Deux autres complices, Pascal Béteille, anciennement ex-président de la Coordination rurale C47 et Pierre Grosz, ex trésorier du syndicat furent relaxés des accusations d’abus de confiance (20 mars 2026).




L’organisation clanique et mafieuse. Mais la justice n’en resta pas là, car une procédure avait été lancée par la Cour des comptes (octobre 2025). Ils étaient accusés : « de népotisme des dirigeants, d’infractions à caractère délibéré et revendiqué, d’atteinte grave à l’État de droit et d’organisation clanique et familiale » (16 octobre 2025). L’enquête révéla que Serge Bousquet-Cassagne avait recruté illégalement son fils Nicolas, au poste de comptable de la Chambre d’agriculture, alors qu’il sortait de ses études, c’était d’ailleurs son premier emploi. Le procureur de la République indiqua : « qu’il s’agissait d’une infraction au Code des juridictions financières, alors que le jeune comptable avait procédé à la demande de son père à des paiements illégaux et suspects ». Plongeant dans les archives et les comptes, il fut découvert qu’ils avaient fait distribuer illégalement des aides à des éleveurs dans le cadre du Plan de relance nationale, pour un total de 101 341 euros (entre 2019 et 2022). Ils avaient aussi fourni une aide en nature, pour des bovins achetés sans mise en concurrence auprès d’élus de la Coordination rurale CR47 (pour une somme totale de 185 472 euros). Après décompte de toutes les rapines et fraudes des deux escrocs, le préjudice financier fut évalué à plus de 5,7 millions d’euros… Un nouveau procès sera nécessaire, le Parquet ayant plaidé pour la peine maximale, soit une amende égale à 6 fois leur rémunération dans leur poste d’élu de la Chambre d’agriculture, soit environ 13 900 euros.
Les deux escrocs affirmaint toujours : « avoir agi pour l’intérêt collectif des agriculteurs et que le lac de Caussade est une belle œuvre et une décision unanime d’intérêt général ». La justice n’a pas été de cet avis, le procureur indiquant : « il s’agit d’un choix délibéré de mettre l’État sur le fait accompli et que toutes les règles ont été foulées au pied, non par inadvertance ni par méconnaissance, mais volontairement ». Le 27 mars dernier, une nouvelle audience eut lieu en présence des membre de la CR47, après un procès en première instance. Le Parquet réclamait cette fois des réquisitions pour 135 000 euros d’amende à l’encontre de l’antenne de la Coordination agricole du Lot-et-Garonne… Déclenchant la fureur des membres affirmant : « si vous tuez la CR47 vous tuez 70 % des agriculteurs du département ». La coordination avait lancé des manifestations d’importances depuis l’année 2024 et était accusée : « de dégradation de bâtiments publics, de dépôt illégal de déchets, d’outrages et d’actes d’intimidation envers des personnes dépositaires de l’autorité publique »… En juillet 2025, la relaxe totale des manifestants de la CR47 avait été prononcée
Un énième procès sera nécessaire pour neutraliser le système mafieux Bousquet-Cassagne/Franken, mais combien existe-t-il de ces systèmes dans les campagnes françaises ? Et la question principale : pourquoi ces situations sont-elles possibles et pourquoi la condition paysanne est-elle si précaire ? N’ayant pour exemple que la violence, la corruption et les manipulations… le bas de la société ne fait qu’agir par mimétisme.






Mais qui est Serge Bousquet-Cassagne ? Il naquit en juillet 1959, ancien joueur de rugby, agriculteur, exploitant d’une centaine d’hectares dans la région de Fumel, réputé pour sa violence verbale, au point de le faire surnommer Bousquet-Castagne. Il fut le cofondateur de la Coordination rurale CR47, qui devint le syndicat agricole majoritaire dans le département de Lot-et-Garonne (2001). Il devint le vice-président de la chambre d’agriculture ( ?-2013), puis son président (2013), réélu encore en 2019.
Il militait pour l’assouplissement des mesures d’immigration, appelant à ouvrir en grand les portes de la France, pour faire entrer : « des ouvriers agricoles polonais et marocains qui ont faim et qui ont envie de travailler, alors que nous avons des bras cassés, les chômeurs français ». Il participa à cette occasion à l’occupation de la préfecture d’Agen (2001). Il soutint un agriculteur ayant abattu deux inspecteurs du travail pendant une inspection des conditions de travail des saisonniers migrants (2004). Il lança des menaces très graves à l’encontre de Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, lui interdisant de traverser le département du Lot-et-Garonne et la menaçant au téléphone : « ma poule tu t’es encore échappée, je vais t’attraper et te plumer » (2023).
Il fut l’un des manifestants mis en scène durant le mouvement des agriculteurs de 2024. Il menaça de bloquer la ville de Paris avec des tracteurs, et fut l’un de ceux qui arriva au marché de Rungis (janvier 2024). Un sanglier éventré fut pendu à proximité du bâtiment de l’inspection du travail à Agen. Après les condamnations les visant, il participa à des menaces contre son propre syndicat afin que les amendes des membres soient prises sur les fonds publics. Cette action mena aux vols et détournements de fonds qui menèrent à l’un des procès entamé contre lui. Il fut placé en garde à vue. Il appela lors d’une réunion de la Coordination rurale : « à mettre le code du travail à la poubelle (13 juin 2024).
Il s’était rapproché du Front National, puis du Rassemblement National, dont il fut un adhérant constant de 2007 à 2020, ayant tenté d’entrer en politique et d’obtenir une place sur les listes du parti pour les élections européennes de l’année 2024. L’année suivante, il affirmait toujours avoir l’ambition d’entrer en politique. Son lieutenant Patrick Franken avait été élu président de la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne (7 février 2025), mais il avait vite démissionné (30 juin 2025). C’est une autre membre… de la CR47, Karine Duc qui fut élue à ce siège et s’y trouve toujours à ce jour (22 juillet 2025-à nos jours). Serge Bousquet-Cassagne est toujours tapis dans l’ombre, au poste de secrétaire-adjoint du bureau de la Chambre d’agriculture…





