Corruption dans la fonction publique en France : le cas de l’affaire du Projet OnDijon

Corruption dans la fonction publique en France : le cas de l’affaire du Projet OnDijon

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Officiellement, la corruption serait faible en France et dans la fonction publique, mais les faits se multiplient et s’entassent depuis les années 70-80. Le régime fait valoir cette France, du « pays des Droits de l’homme », un État qui serait de droit et où la corruption n’existerait pas ou peu. Pour cacher la misère, les médias français parlent souvent de corruption dans d’autres pays, se plaisant à montrer du doigt des pays de l’Europe de l’Est ou d’Afrique. Dernièrement, l’affaire du Projet OnDijon, ou des cabinets de conseil de la ville de Dijon, a démontré une fois de plus, que la France était sclérosée par une corruption de ses administrations, de la fonction publique, des milieux politiques. Le nombre d’affaires a explosé, notamment depuis les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac, avec un nouveau pic depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Aujourd’hui nous parlerons d’une affaire locale, pour partir en Bourgogne, à Dijon. Le scandale est une affaire occultée en grande partie dans les médias, y compris locaux, au point qu’il est très difficile de trouver des informations avec différents moteurs de recherche, sur Internet. Voici l’affaire des cabinets de conseil et la Ville de Dijon, à travers le Projet OnDijon. Il vous conduira de Rebsamen à BlackRoch ou la banque Rothschild… dans l’Aurore Nouvelle :

L’Affaire du Projet OnDijon, où l’un des frasques de François Rebsamen. Je connais bien le personnage, ou plutôt le père, mais bientôt je ressortirai des pans entiers de mon investigation entre 2012 et 2016, sur l’Affaire Erich Rebsamen, oligarque et baron local de Dijon, au passé sulfureux, qui n’est pas totalement éclairé à ce jour, même après toutes mes recherches. Mais venant en à l’Affaire des cabinets de conseils de la Ville de Dijon. Elle débute par un projet lancé par le maire de Dijon, François Rebsamen, ancien apparatchik du Parti Socialiste, rallié précocement àEmmanuel Macron par la suite. Le Projet OnDijon avait pour but de centraliser la gestion de la ville, dans un projet « intelligent » d’une ampleur inédite. Il devait mettre en place un « super-centre » de supervision de la ville. Le projet avait pour ambition de centraliser la vidéosurveillance dans la ville, la régulation du trafic, l’éclairage public, la gestion de l’eau, la collecte des déchets et la sécurité dans les transports.

Lancé en 2017, le chantier titanesque et pharaonique, faisant suite à d’autres qui ont endetté la ville de Dijon comme jamais, provoqua la signature d’un contrat de partenariat public privé, dénommé OnDijon, pour une durée de 12 ans (2017-2029). Le consortium lauréat qui remporta le projet, comportait des géants du secteur, notamment Bouygues Énergies et Services, le mandataire principal, Citelum, une filiale d’EDF, la compagnie Suez, pour la gestion de l’eau et des déchets et enfin Capgemini, pour l’information et le consulting. Le scandale éclata par le courage d’une élue locale, Madame Stéphanie Modde, membre de l’opposition municipale et encartée dans le parti écologiste. Pour faire exploser l’affaire, la conseillère municipale alerta les journaux Mediapart et France Bleu Bourgogne.

Elle dénonçait le fait que le projet générait des surcoûts énormes et massifs, liés à des prestataires vampiriques, dont les frais et charges explosaient de loin les coûts annoncés. Le contrat initial prévoyait une indexation des prix sur des indices techniques complexes et tortueux. La note s’envola, enrichissant éhontément des partenaires privés et un engloutissement de l’argent des contribuables de la grande ville de Bourgogne. Mais le marché juteux, n’était pas le seul scandale. Pour faire fonctionner ce projet, la ville avait fait appel aux équipes de Capgemini, et le système paralysait l’indépendance des divers services municipaux : il n’était plus possible de changer une ampoule ou de réparer un feu sans passer par le prestataire privé.

Véritable cheval de Troie, tout l’appareil de gestion municipal se trouvait entre les mains de cette compagnie et d’autres entreprises privées du « consortium ». Le projet augmenta jusqu’à 36 % du budget initial, soit plusieurs millions d’euros par an, remplissant les caisses des entreprises et n’apportant que des dysfonctionnements dans la municipalité. Elle était devenue l’otage de ces entreprises, alors que François Rebsamen, avait ordonné une dépense supplémentaire pour faire appel à un cabinet de conseil, afin de réaliser un audit de tout le projet (2022-2023). Dépassé par les événements, le cabinet Antea fut commissionné, apportant son lot de dépenses supplémentaires, face à un projet ne pouvant fonctionner et étant une vaste escroquerie.

Sans sourciller, François Rebsamen, avec sa morgue habituelle, balaya les critiques, les alertes médiatiques, parlant d’un projet d’avenir et novateur, « d’un projet pionnier et moderne qui selon lui était cité en exemple dans toute l’Europe »… Les bons amis du maire de Dijon continuent donc de s’enrichir, le projet étant toujours actif et fonctionne, mal pour les habitants de la ville, mais très bien pour aspirer de l’argent public dans différentes poches. La mairie affirme que le projet aurait réduit les factures d’électricité de la commune de 1,6 millions d’euros… mais le coût du projet à l’année est caché au public. Il est noyé dans les publications des budgets publiés (le projet avait coûté environ 105 millions pour son lancement) par la ville tous les ans… empêchant les investigations réelles sur le gouffre pour les contribuables. Il est toujours au cœur des polémiques dans la capitale bourguignonne, notamment à propos des Municipales 2026. Et d’autres scandales s’accumulent sur des faits de corruption dans la ville de Dijon. Une histoire qui dure de longue date… depuis 2001.

Qu’est-ce que Capgemini la principale sangsue du Projet OnDijon ? C’est une longue histoire, celle de la création à Grenoble, de la SOGETI (1967), ayant fusionné avec le CAP, avec l’acquisition de Gemini Computer Systems, pour la formation de Cap Gemini Sogeti (1974-1975). Le groupe fit d’autres acquisitions, devenant numéro 1 dans son domaine sur le marché français, puis renommé Capgemini (2004). Il monta encore en puissance en achetant Altran, un leader du conseil en ingénierie (2020). Les clients du groupe sont multiples, d’abord la France ou le Royaume-Uni, des géants du pétrole, comme EDF, BP, SHELL, Total, des banques et assurances, comme AXA, des monstres de l’industrie comme General Motors, Nissan, BMW, Ford, Philips, Nokia, Siemens, ou même des entreprises comme Carrefour, Coca Cola, Nike ou Vodafone. Capgemini est une société anonyme cotée en bourse, dont les principaux actionnaires sont Américains, puis en second lieu Français, et d’autres grosses fortunes en Europe. Parmi les gros actionnaires… des noms qui frappent fort… BlackRock, The Vanguard Group, ou la Rothschild and Co. Que dire de plus ?

Qu’est-ce que le cabinet Antea ? Le cabinet Antea est une filiale du groupe néerlandais Oranjewoud N.V., spécialisé dans le génie civil, le génie ferroviaire, le bâtiment, l’environnement et les loisirs. Il était au départ une entreprise publique française, vendue au fonds d’investissement français Brinon Investissement (2003), puis au groupe néerlandais (2009), ensuite placé dans Antea Group (France).