Corruption dans la fonction publique en France : le cas de Jean-Noël Loury

Corruption dans la fonction publique en France : le cas de Jean-Noël Loury

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Officiellement, la corruption serait faible en France et dans la fonction publique, mais les faits se multiplient et s’entassent depuis les années 70-80. Le régime fait valoir cette France, du « pays des Droits de l’homme », un État qui serait de droit et où la corruption n’existerait pas ou peu. Pour cacher la misère, les médias français parlent souvent de corruption dans d’autres pays, se plaisant à montrer du doigt des pays de l’Europe de l’Est ou d’Afrique. La France est sclérosée par une corruption de ses administrations, de la fonction publique et des milieux politiques. Le nombre d’affaires a explosé, notamment depuis les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac, avec un nouveau pic depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Dans ce nouvel opus, nous aborderons le cas et l’affaire de Jean-Noël Loury, président du Syndicat départemental d’énergies de l’Yonne, maire d’un petit village du département. Pendant des années et malgré des premières alertes dès 2017-2018, que l’on parle de la mairie ou du syndicat, l’homme avait mené la vie de château, dépensé sans compter, s’était offert des voyages somptueux et en seulement 6 ans, pour son syndicat, avait dépensé 220 000 euros en petits fours, champagnes et bonnes tables dans des réceptions et cocktails qui n’avaient plus de limites. Voici l’affaire Loury dans ce nouvel article de l’Aurore Nouvelle :

Mais qui est Jean-Noël Noury ? C’est un obscur politique et membre de la fonction publique dans le département de l’Yonne, en Bourgogne. L’homme était le maire d’une toute petite commune du département, le village de Val-de-Mercy, qui n’avait que 363 habitants (2023). Maire de cette commune depuis 2020, il était aussi le président du Syndicat départemental d’énergies de l’Yonne (depuis au moins 1993), une institution disposant d’un budget conséquent de 50 millions d’euros par an. Il s’agissait d’un établissement public de coopération intercommunale, dont les compétences couvraient la distribution de l’électricité, du gaz, la gestion de l’éclairage public, ainsi que les bornes de recharge électrique et l’énergie solaire. Il se positionnait comme : « un défenseur de la ruralité innovante », militant pour le déploiement d’infrastructures de transition énergétique dans l’Yonne, notamment les fameuses bornes de recharge électrique ou pour un éclairage public connecté. N’ayant pas de position politique affichée, certains locaux cependant murmuraient à propos de ses connexions avec le Parti Les Républicains, la droite libérale, atlantiste et européiste. Il avait tenté une première fois sa chance de s’installer à la mairie, figurant à la 6e position de sa liste, avec 59,11 % des voix (2014). D’autres informations indiquent aussi que dans un passé plus lointain, l’homme fut aussi élu Conseiller général de l’Yonne.

Les premières alertes autour de Jean-Noël Loury. Une première affaire avait éclaté, au moment ou dans ses fonctions de maire de Val-de-Mercy, Loury avait déposé une plainte à la gendarmerie contre sa propre secrétaire de mairie, accusée de détournements de fonds. La voleuse avait finalement avoué son forfait, pour une somme détournée de 10 000 euros, mais le détournement était au départ suspecté autour des 80 000 euros. Une perquisition avait eu lieu dans la mairie du village (fin mars 2017) et l’enquête s’était orientée vers un deuxième détournement de fonds… opéré par le maire en personne ! Jean-Noël Loury fut alors mis en garde à vue (2018) et une enquête ouverte qui se poursuivrait… mais semble avoir sombré dans les limbes tortueuses de la justice de l’Yonne (une longue histoire… qui renvoie à celle d’Émile Louis et d’autres affaires). Des locaux qui semblaient au fait des « magouilles » du maire, évoquèrent pour le média Auxerre TV, « un étau qui se resserre » et pour d’autres : « le fait que la Chambre régionale des comptes avait déjà émis des observations sur sa gestion il y a quelques années ».

L’affaire Jean-Noël Loury. L’affaire commença par des murmures autour de l’embauche par le Syndicat départemental d’énergies de l’Yonne, de sa fille (alors âgée de 35 ans), pour un contrat en CDD d’un an et au grade le plus élevé de technicienne. Ce niveau de rémunération était en principe réservée à des fonctionnaires ayant au moins 26 ans d’années de service et dans le cas d’un avancement minimum (12 janvier 2015). Localement cette embauche fit jaser, elle était en effet un cas de violation de la loi, de favoritisme et népotisme, sans parler d’un salaire injustifié. L’enquête révéla ensuite que l’homme était lié à des contrats et marchés publics suspects, signés entre 2015 et 2020. Deux contrats furent exhumés. Le premier était sur les marchés de communication attribués entre 2015 et 2025, pour des montants allant jusqu’à 450 000 euros. Le rapport d’enquête montra que les règles de la mise en concurrence n’avaient pas été respectées, et que les prestations étaient payées en dehors de tout contrat… L’autre affaire était celle de travaux au siège du Syndicat département des énergies de l’Yonne, réalisés en 2017, avenue Foch, à Auxerre. Le cahier des charges prévoyait un budget qui ne fut pas respecté, outrepassant la commande publique, pour des dépenses pharaoniques de 320 000 euros. Rappelons qu’il ne s’agissait que de travaux de réfection…

La vie de château aux frais des contribuables du sieur Loury. Mais les enquêteurs n’en avaient pas fini avec l’obscur Jean-Noël Loury. Le rapport d’enquête qui fut fourni en 2022, mis en exergue d’autres faits plus scandaleux. Dans ses fonctions de président du syndicat, le champagne, les petits fours, des tables gargantuesques étaient la norme des agapes offertes par Jean-Noël Loury. Dans ses seules fonctions de président, entre 2014 et 2020, le généreux noceur accumula des frais de réceptions, fêtes et cérémonies pour la coquette somme de 220 000 euros… Il fit en sorte également de fournir des enveloppes et des primes, pour « des frais de mission des élus », pour des budgets par an allant de 500 à 20 000 euros. Il osa même faire financer des voyages et vacances tapageuses, notamment à Porto, au Portugal (2017), puis l’année suivante à Las Vegas, USA (2018). Les voyages furent votés par le conseil d’administration… après avoir eu lieu. L’argent coulant à flot et n’ayant plus aucune retenue, il fit également accorder une subvention par le syndicat à l’AJA, le club de football d’Auxerre, pour une somme de 19 200 euros, pendant 4 années de suite (2016-2020), en échanges de places gratuites pour les matchs, de petits services et avantages, alors que le syndicat n’avait évidemment aucune compétence, ni fonction sportive. Jean-Noël Loury continua sa vie de château jusqu’à la publication d’un rapport accablant de la Chambre régionale des comptes (mars 2022). Le rapport fut suivi d’une saisine par le Parquet d’Auxerre et l’ouverture d’une enquête (17 mars). L’enquête fut longue mais conduisit finalement à une garde à vue de « Jeannot Bonne Franquette », l’homme des largesses (13 mai 2025). Elle fut suivie d’une deuxième garde à vue (25 février 2026), qui confirma la conclusion des enquêteurs.

Un procès est prévu devant le tribunal correctionnel d’Auxerre, pour le 5 novembre 2026. Il sera jugé pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, pour des peines pouvant aller jusqu’à plusieurs années de prison et des amendes jusqu’à 75 000 euros pour la seconde accusation et 200 000 euros pour la première. Sollicité par les médias, Jean-Noël Loury n’a pas voulu répondre aux questions et se terre depuis dans son fief… Lors des élections municipales 2026, au premier tour, la liste Union pour le Val, comprenait un certain Brice Loury… chef de file, qui a été battue, avec 45,16 % des voix. Les liens familiaux ne sont pas établis et certains avec Jean-Noël Loury, mais il pourrait peut-être s’agir d’une tentative de pousser un parent… dans la place, qui fut très bonne et pour éviter d’apparaître trop visible devant l’électorat. A plus de 65 ans, « Jeannot » n’en a pour l’instant cure… les voyages sont consommés, les tables et les bouteilles vidées depuis longtemps !