Corruption dans la fonction publique en France : l’affaire du Domaine de Murtoli
Officiellement, la corruption serait faible en France et dans la fonction publique, mais les faits se multiplient et s’entassent depuis les années 70-80. Le régime fait valoir cette France, du « pays des Droits de l’homme », un État qui serait de droit et où la corruption n’existerait pas ou peu. Pour cacher la misère, les médias français parlent souvent de corruption dans d’autres pays, se plaisant à montrer du doigt des pays de l’Europe de l’Est ou d’Afrique. Mais la France est sclérosée par une corruption de ses administrations, de la fonction publique, avec des concussions avec le milieu politique, parfois des réseaux mafieux ou d’escrocs. Le nombre d’affaires a explosé, notamment depuis les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac, avec un nouveau pic depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.
Cette corruption s’exprime par des appels d’offres truquées, le clientélisme au niveau local, des réseaux souterrains mêlant des entreprises, des entrepreneurs, des fraudes diverses notamment fiscales, des corruptions avérées, différents délits impliquant des fonctionnaires, mais aussi des particuliers. Aujourd’hui nous aborderons une affaire qui illustre bien ces concussions, l’affaire du Domaine de Murtoli. C’est une affaire à tiroirs car elle en cache d’autres autour d’un Corse, Paul Canarelli, affairiste, ami de la mafia notamment des truands de la Brise de Mer, il est propriétaire d’un complexe hôtelier accueillant Christine Lagarde, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ou Leonardo DiCaprio… fort de son carnet d’adresse l’homme qui corrompt toute la région nargue toujours la justice française… D’une violence inouïe, multirécidiviste, il n’hésite pas à distribuer des « gnons » et à administrer des raclées… à ceux qui le dérangent. Voici dans l’Aurore Nouvelle l’affaire du Domaine de Murtoli et Paul Canarelli.



Mais qu’est-ce que l’affaire du Domaine de Murtoli ? Le Domaine de Murtoli était un complexe hôtelier de luxe, situé à Sartène, dans la vallée de l’Ortolo, en Corse. Le domaine s’étendait sur plus de 2 500 hectares, avec 19 bergeries avec piscine, 3 restaurants et 1 terrain de golf. La clientèle d’un tel endroit était surtout les stars du show-biz, des personnalités publiques et politiques, telles que Leonardo DiCaprio, Christine Lagarde, ou Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Le propriétaire et fondateur était un Corse, Paul Canarelli, proposant dans un lieu exceptionnel et classé établissement hôtelier 5 étoiles, des bergeries réhabilitées en suites de luxe. L’affaire débuta par une plainte au pénal déposée par trois associations de défense de l’environnement : U Levante, ABCDE et France Nature Environnement. Ces plaintes furent déposées en 2017, dénonçant des constructions illégales réalisées depuis des années dans le domaine. Après un temps de latence d’une justice toujours très lente à la réaction, une information judiciaire fut ouverte par le Parquet d’Ajaccio, seulement en 2019.
Les faits reprochés à Paul Canarelli. Les infractions qui furent relevées par l’enquête furent d’abord la réhabilitation de nombreuses bergeries, transformées en hébergement de luxe sans autorisation des services de l’urbanisme. Les autres accusations portaient sur le détournement de permis agricoles, alors que des permis de construire avaient été obtenus pour des bâtiments agricoles. Le criminel demandait alors des subventions pour des bergeries, mais créant des restaurants et les fameux hébergements de luxe. Le propriétaire avait fait ces demandes à l’ODARC, l’Office du développement agricole et rurale de la Corse, pour des bâtiments agricoles qui n’ont jamais été construits. Pour ces constructions qui ne furent jamais réalisées, le criminel avait tout de même soutiré plus de 400 000 euros de subventions de l’État. Mais les enquêteurs mirent en exergue que des travaux avaient été camouflés, notamment une piscine qui était cachée sous des ballots de paille, pour échapper aux observations aériennes et qui était en cours de construction, sans permis ou autorisation. Une mise en scène fut découverte sur place, l’aspect d’un terrain avait été camouflé en ruines, pour faire croire à la présence d’une ancienne ruine à réhabiliter, justifiant ensuite une reconstruction… et d’autres subventions. Le cabinet d’architecture employé par le propriétaire était aussi de mèche, ayant fourni des photographies de lieux n’ayant aucun rapport avec le domaine, pour obtenir des autorisations des services de l’urbanisme. Enfin pour compléter le tableau, des infractions environnementales furent soupçonnées, notamment la construction du terrain de golf empiétant sur un site classé, le site Natura 2000 de Roccapina.



La complicité de fonctionnaires de l’État. En avril 2023, après une très longue enquête, trois personnes furent mises en examen : Paul Canarelli le propriétaire du domaine, Valérie Guilbert, ex-compagne du propriétaire et exploitante agricole et enfin Stéphane Lucchini, l’architecte du cabinet employé par le couple. Mais l’enquête souleva d’autres loups… Notamment la complicité de services administratifs : « les enquêteurs soupçonnent et s’interrogent sur l’intégrité des services de l’urbanisme de la mairie de Sartène, voire du maire ». Elle mena aussi à des complicités multiples des services de l’État : la sous-préfecture, la préfecture, la Dreal, la DDTM2A… Pour des raisons obscures, les enquêteurs et le juge d’instruction ne poussèrent pas plus loin dans la direction de l’énorme réseau de complices, dans le cadre très particulier de la Corse… Il ne fait jamais bon fouiller dans les affaires locales dans l’île de Beauté… Aucune poursuite ne furent engagées contre des agents de l’État. Après bien des aléas judiciaires supplémentaires, la préfecture de Corse-du-Sud refusa le renouvellement des autorisations d’occupation temporaire de deux plages du domaine, la plage de Murtoli et la plage d’Erbaju (avril 2026). Le motif était : « l’occupation illégale du domaine public maritime, des plages classées dans le plan d’aménagement et de développement durable de la Corse, comme des plages à vocation naturelle, ce qui fait obstacle à l’implantation de matelas, de parasols et de corps-morts ». L’association U Levante dénonçait depuis de nombreuses années l’attribution d’une occupation temporaire illégale à Paul Canarelli, pour occuper ces plages, sans parler : « d’un restaurant de la plage, la Table de la Plage, qui était en fonction depuis 2007, sur un site bénéficiant de multiples protections, arrêté de biotope, Natura 2000, espace boisé classé et bande des 100 mètres ». Une construction construite… sur l’espace public !


Les criminels auront-ils le dernier mot ? L’association U Levante fut contrainte de déférer les arrêtés de 2024 au tribunal administratif afin de contraindre les complices et le domaine à vider les lieux. Cependant, Paul Canarelli contesta bientôt les faits et les accusations. Il affirma que le domaine avait été contrôlé à deux reprises en 2005 et 2008, qu’il avait obtenu plus de 20 autorisations d’urbanisme depuis 2005, dont 7 permis de construire et 15 décisions de non-opposition. Son avocat enfonça le clou en indiquant que les faits étaient prescrits… ou que les constructions avaient été régularisées, mais rien sur les subventions volées et la manière dont toutes ses autorisations frauduleuses avaient été obtenues. Comme forme de chantage, Canarelli déclara : « c’est de l’acharnement et de la jalousie face à ma réussite et le domaine a crée plus de 200 emplois, il constitue aussi une magnifique carte de visite de la Corse dans le monde entier… ». Ne désarmant pas, l’association U Levante réclamait toujours la remise en état et la démolition de ces constructions. Son président indiqua avoir signalé pendant des années les faits aux administrations compétentes… sans la moindre réaction, ce qui l’avait conduit à porter une plainte.
L’affairiste et ami des mafieux corses. Mais l’affaire devint cocasse lorsqu’il fut condamné pour avoir hébergé Jean-Luc Germani, figure du banditisme corse et l’un des héritiers du gang de la Brise de Mer. L’homme fiché au grand banditisme qui était en cavale s’était réfugié chez lui. Il fut condamné pour recel de malfaiteur à un an d’emprisonnement avec sursis et 10 000 euros d’amende… n’osant faire appel (septembre 2024). Un article du Nouvel Obs révélait par ailleurs : « qu’il avait été condamné plusieurs fois pour des violences, le dernier jugement en date concernant une bagarre dans une agence de voitures de location en novembre 2023. Mécontent des conditions de prêt d’un véhicule le chef d’entreprise avait provoqué une bagarre ». Ayant attiré l’attention des médias et se trouvant sous les phares de ces derniers, d’autres gamelles que traînaient Paul Canarelli furent exhumées, dont l’affaire de la Tour Génoise. Commencée en 2005, il s’agissait d’un feuilleton judiciaire l’opposant à l’artiste Anne de Carbuccia, propriétaire d’une tour génoise du XVIIe siècle qui se trouvait enclavée dans son domaine. Illégalement, Paul Canarelli avait voulu changer les serrures de cette tour et s’emparer du bien immobilier. Il avait volé les effets personnels présents dans la bâtisse et entamé des travaux comme s’il était le propriétaire des lieux. Il invoquait un bail oral de l’ancien propriétaire (une histoire farfelue et ne pouvant être prouvée), alors qu’Anne Carbuccia avait acheté la tour en 2001. Après un long conflit judiciaire, 20 ans de procédure, la Cour de cassation avait rendu un jugement définitif (janvier 2025). Il fut condamné pour violation de domicile, vol et dégradations, à 1 an de prison, 40 000 euros d’amende, le versement de 80 000 euros de dommages et intérêts et 20 000 euros de frais de justice à la plaignante. Se refusant à payer, il avait organisé son insolvabilité de longue date, en transférant presque un million d’euro dans le capital de sa société afin de vider ses comptes pour faire échec à une éventuelle condamnation. Attaqué de nouveau en justice, il nargua cette dernière en indiquant : « c’est mon côté taquin et j’ai fait durer le temps ». Il fut finalement relaxé par le tribunal correctionnel d’Ajaccio, les juges considérants que cette augmentation de capital n’était pas un délit (28 mars 2025).


Actuellement, malgré la mise en examen et le refus de renouveler les autorisations d’occupation temporaire des deux plages, l’enquête judiciaire est toujours en cours dans l’affaire de son domaine. L’homme qui a déjà avoué jouer la montre et abuser de l’usure du temps, affairiste sans scrupule utilisant son carnet d’adresses pour contourner les lois, que ce soit sur le plan financier ou pénal, pourrait encore narguer la justice de longues années : il a déposé une requête en nullité pour toute la procédure judiciaire devant la cour d’Appel de Bastia… En attendant Canarelli s’est aussi improvisé vigneron et use des services de journalistes complaisants pour définir son domaine : « comme un symbole d’exclusivité et de luxe insulaire reconnu pour son hospitalité authentique ». Il fait bon être un coucou… en France.
