Barbanègre : le général qui a 1 contre 71 humilia l’armée autrichienne

Barbanègre : le général qui a 1 contre 71 humilia l’armée autrichienne

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J’inaugure une rubrique historique, « l’histoire truculente » qui viendra apporter un peu de légèreté dans mes propos et enquêtes dans l’Aurore Nouvelle. Mon but sera d’aborder des faits cocasses de l’histoire, des mystères, des histoires improbables, des cas plus connus qui fascinent jusqu’à nos jours, des personnages aux destinées incroyables. J’essayerai de vous apporter également quelques éclairages sur des faits méconnus, tout en tentant de magnifier le roman national français, aujourd’hui victime de révisionnisme, d’oublis, de retranchements coupables ou de manipulations politiques. L’histoire est hélas devenue un vaste champ de bataille politique.

Elle a été kidnappée en France, pour des raisons idéologiques pendables, de destruction de la souveraineté de la France, et pire, elle est souvent mise en scène par un narratif francophobe du cinéma anglo-saxon, américain et britannique. Enfin, l’histoire est hélas enseignée de nos jours selon des blocs pulvérisés, sans construction chronologique et manipulée par des visions politiques, et/ou anachroniques de l’histoire. Les époques concernées et traitées sont faussement présentées, par l’oubli de l’état du monde desdites époques : les technologies, la connaissance du monde, l’état d’esprit des citoyens, les idéologiques et croyances du moment, la construction des sociétés. La liste est longue. J’essayerai également d’apporter une histoire plus légère, amusante et passionnante, celle qui fait que l’on aime l’histoire… Elle n’est pas seulement celle des dates et des batailles !

Aujourd’hui je me propose d’évoquer l’exploit du général Barbanègre, une histoire incroyable qui se situe à la toute fin de l’épopée des guerres révolutionnaires et impériales. Méconnue en France, sauf des amoureux et spécialistes de la période, voici dans l’Aurore Nouvelle l’histoire de ce général, qui a 1 contre 71 humilia l’armée autrichienne, dans ce qui fut l’un des derniers actes d’une guerre quasiment de 23 ans, de toute l’Europe contre la France.

Contexte historique. Après son exil dans l’île d’Elbe, minuscule royaume laissé à l’empereur Napoléon, la France avait vu le retour de la monarchie, dans l’épisode qui a été appelé « la Première Restauration ». Toute l’Europe des diplomates se trouvait réunie depuis quelques mois dans la capitale autrichienne, à Vienne et Louis XVIII régnait sur la France. Souverain intelligent, frère du malheureux Louis XVI, le comte de Provence était monté sur le trône, en arrivant dans les fourgons des armées coalisées. Après l’épisode révolutionnaire, le défi était grand pour la monarchie séculaire, de séduire à nouveau la population française. Bien que modéré, Louis XVIII devait compter avec un parti ultraroyaliste, emmené par son frère le comte d’Artois et futur Charles X. Ces gens souhaitaient des répressions et une revanche sur les Français, dans une impossible réconciliation. Fait méconnu, les tractations qui conduisirent l’ancien empereur dans l’île d’Elbe, imposaient que le régime français verse tous les ans une « pension », de 2 millions francs or, à l’ex-empereur. Louis XVIII commis l’erreur de ne jamais faire verser cet argent, malgré les traités et les promesses. Deuxième fait important, l’épouse de Napoléon, l’impératrice Marie-Louise, Autrichienne de la famille des Habsbourg, connue pour sa mollesse et son indécision, ne rejoignit pas son époux dans l’île d’Elbe. Elle resta à Vienne, avec le fameux Aiglon, le fils de Napoléon, né en 1810. Nous le savons par des témoignages et des archives, un général autrichien Neipperg, reçut la mission de s’installer dans son lit et d’empêcher qu’elle rejoigne son impérial époux. Il réussit au-delà du possible… Enfin, l’ex empereur possédait tout un réseau d’espionnage, alors qu’il était lui-même épié et gardé de toutes parts, notamment par une escadre anglaise. Ce réseau lui apporta l’information que la monarchie française pensait sérieusement à son assassinat. Ce dernier curseur décida alors Napoléon a tenté l’épisode des Cent Jours. Son réseau l’informa également que l’opinion publique était majoritairement en sa faveur et déjà fatiguée de la monarchie.

Contexte militaire de 1815. La suite vous la connaissez : Napoléon faussa compagnie à ses « gardiens », débarqua en France avec une petite troupe (mars 1815). Dans une incroyable marche, il reprit la France sans tirer un seul coup de fusil, épisode qui fut émaillé par celui dit « de la rencontre », alors que toutes les troupes envoyées contre lui passèrent dans ses rangs. Napoléon entra finalement à Paris, alors que le roi Louis XVIII prenait la fuite à Bruxelles. Redevenu l’Empereur, il s’empressa d’écrire aux souverains de l’Europe, afin d’obtenir la paix et d’acter ce retour. Sa situation intérieure n’était également pas si simple, avec une opposition royaliste très forte et une fatigue générale de la Nation française de la guerre. Il octroya une charte, accorda des libéralités assouplissant son régime, mais à Vienne, la réponse fut cinglante. Les puissances coalisées le déclarèrent hors-la-loi et commencèrent à rassembler lentement leurs forces. Napoléon comme à son habitude ne perdit pas de temps et rassembla une armée, dite du Nord. Il avait l’intention de fondre d’abord sur la Belgique, de s’enfoncer en coin entre les armées anglaise et prussienne, de les écraser en détails et d’obtenir une victoire éclatante qui frapperait les esprits et espérait-il, pourrait apporter la paix et la stabilisation de son régime. Le plan manqua de réussir, mais un général et ancien chef chouan, rallié tardivement à l’empire, le général Bourmont, passa à l’ennemi et révéla les plans impériaux (15 juin 1815). L’Empereur surprit toutefois les troupes alliées en désordre et après une dure bataille, fut vainqueur des Prussiens à Ligny (16 mars). Le même jour, le maréchal Ney échoua à défaire totalement les Anglais, à la bataille des Quatre-Bras. Cependant, les alliés étaient séparés et en danger d’être écrasés. Le destin voulut que la journée du 17 juin fut une journée pluvieuse, ralentissant les opérations et que Napoléon, contrairement à ses propres adages, lança à la poursuite des Prussiens le maréchal Grouchy, à la tête des IIIe et IVe corps. Divisant ses forces, erreur fatale, il fut vaincu le lendemain à Waterloo (18 juin), tandis que Grouchy était « amusé » par les troupes prussiennes au combat de Wavre. Fin juin l’affaire était entendue : l’empereur abdiquait une seconde fois, les alliés déferlant sur la France qui fut occupée. Napoléon devait s’en remettre aux Anglais, qui lui offrirent la couronne d’épines du martyr en le déportant à l’île de Sainte-Hélène. Il devait y mourir le 5 mai 1821.

Le siège de Huningue, l’exploit du général Barbanègre. Mais d’autres opérations militaires se déroulèrent dans le même temps. Toujours très lents, les Autrichiens rassemblèrent une armée considérable, de plus de 150 000 hommes. Elle fut confiée à l’archiduc Jean, piètre stratège militaire, mais militaire expérimenté. Comme en 1814, les Autrichiens imaginèrent d’envahir la France, en forçant les passages à travers la Suisse, pour déboucher sur Lyon, la deuxième ville de France. Le 25 juin 1815, 7 jours après Waterloo, les Autrichiens se présentèrent devant la forteresse d’Huningue, non loin de la ville suisse de Bâle. Cette armée colossale continua partiellement son chemin, pendant qu’un corps d’environ 25 000 à 30 000 hommes était chargé de faire tomber Huningue. La garnison était ridicule… Une centaine d’artilleurs, une trentaine de fantassins, 5 gendarmes, quelques douaniers, des vétérans et retraités des campagnes révolutionnaires et impériales et environ 150 gardes nationaux. En tout 350 hommes. Cependant Huningue était l’une des forteresses construites par Vauban (1679). Elle était solide et bien pourvue en armes et provisions, car Huningue avait été également un arsenal. L’homme qui commandait était un vétéran des guerres de l’empire, le général Joseph Barbanègre.

Joseph Barbanègre le vétéran des guerres révolutionnaires et impériales. Le général était originaire du lointain Béarn et naquit en 1772, à Pontacq. Il venait d’une famille de notables et négociants plutôt riches, d’une fratrie très nombreuse de 13 enfants (il était le onzième). Il s’était enrôlé comme volontaire, dans le 5e bataillon des Basses-Pyrénées (1794), atteignant vite le grade de capitaine. Il fit la campagne contre l’Espagne, pendant laquelle il fut blessé (1794-1795), puis la fameuse campagne d’Italie (1796-1797). Il avait eu l’honneur de rentrer dans la Garde consulaire (1800), futur noyau de la fameuse Garde impériale. Il se distingua à Austerlitz (2 décembre 1805), fait commandant de la Légion d’honneur, puis l’année suivante durant la campagne de Prusse (1806), alors colonel d’un régiment de ligne. Il devait faire encore la campagne de Pologne (1807), puis celle d’Autriche, combattant à Wagram (1809). C’est à cette date qu’il fut nommé général de brigade et fait baron de l’empire. Survivant de la campagne de Russie, commandant de la garnison de Smolensk, blessé au pied gauche à la cuisse à la bataille de Krasnoé (1812), il avait vu la fin des campagnes dans la garnison de la ville prussienne de Stettin. Il fut prisonnier de guerre au moment de sa reddition (décembre 1813). Rallié évidemment à Napoléon aux Cent Jours, il fut nommé commandant de la forteresse d’Huningue (3 mai 1815).

L’exploit du général Barbanègre. Les Autrichiens ne pouvaient connaître la faiblesse de ses effectifs, mais à cette époque d’une « guerre polie », ils proposèrent à Barbanègre de se rendre sur le champ. Ils lui annoncèrent également la nouvelle de la défaite de Napoléon à Waterloo. Il fit répondre un mot célèbre : « sont-ce des raisons pour que Huningue se rende ? ». Il devait ajouter, ce qui fut ensuite gravé sur sa statue à Pontacq : « j’ai des vivres, de la poudre et de l’honneur, je ne me rendrai pas ». Usant de stratagèmes, Barbanègre fit largement tourner sur petit effectif de manière ostentatoire sur les remparts, pour faire croire à une garnison nombreuse. Disposant de nombreuses armes et canons, il entretint également un feu nourri. L’armée autrichienne ne bougea pas pendant plusieurs semaines, alors qu’il semblait inutile de se presser et que l’invasion de la France conduisait à la seconde abdication de Napoléon en faveur de l’Aiglon, dès le 22 juin 1815. Un gouvernement provisoire avait été installé (24 juin). Le lendemain l’empereur déchu quittait Paris. La guerre se poursuivait toutefois, avec l’approche des coalisés de Paris. Les Français remportèrent les deux dernières batailles de l’Empire, celles de La Plaine des Vertus et de Rocquencourt (3 juillet). Mais le même jour, le maréchal Davout signait la convention de Saint-Cloud : la guerre était terminée. Dès le 9 juillet, Louis XVIII entrait dans Paris, le maréchal Davout faisant sa soumission peu après (14 juillet), alors commandant de l’Armée de la Loire. Malgré tous ces événements, les Autrichiens furent surpris du nouveau refus de Barbanègre de se rendre… Alors que le drapeau blanc de la monarchie s’élevait partout en France, obstinément Barbanègre arborait le drapeau tricolore, défiant toute l’Europe…. Pensant, qu’il ne s’agissait là que d’un dernier acte de bravade, les Autrichiens attendirent en vain sa reddition… Ils se résignèrent alors à commencer des opérations actives pour le siège.

Joseph Barbanègre l’indomptable. Après une attente d’un mois, alors que l’ex empereur s’embarquait pour Sainte-Hélène (15 juillet 1815), les forces autrichiennes restées inactives commencèrent les opérations du siège vers le 10 août. Ils creusèrent des tranchées et investirent la ville, afin de pousser de plus en plus près les canons, jusqu’à portée de tir. Ils ouvrirent un feu roulant sur la ville le 14 août, avec 176 pièces d’artillerie. Le bombardement dura pendant 5 jours, laissant Huningue en ruines. Sommé de se rendre, Barbanègre s’y refusa encore et dut encore subir un feu d’enfer jusqu’au 26 août. Ne possédant plus qu’une centaine de combattants valides, ayant fait tout ce qui était possible de faire, l’indomptable Barbanègre accepta enfin de capituler… mais obtint les honneurs de la guerre. C’était une pratique militaire qui devait bientôt disparaître et qui stipulait qu’un adversaire valeureux, enfermé dans une place et ayant résisté suffisamment, méritait le respect et lui permettait de recevoir les honneurs de la guerre. Dans ce cas, la garnison sortait avec armes et bagages, défilait devant l’armée ennemie et rentrait sans encombre dans son pays, souvent avec la promesse de ne pas servir contre le vainqueur pendant un an. Le 26 août 1815, devant des Autrichiens sidérés, Barbanègre sortit d’Huningue avec ses soldats, moins d’une centaine, drapeaux en tête et tambours battants… L’archiduc Jean, beau joueur s’approchait pour le saluer et l’embrasser… mais le fier vétéran devait repousser le prince en lançant un terrible : « n’approchez pas j’ai des poux ! ». L’événement fit rire toute l’Europe, alors que Barbanègre rejoignait l’Armée de la Loire de Davout.

Épilogue. La ville de Bâle et les Suisses furent cependant mauvais perdants… Ils obtinrent au traité de Paris (20 novembre 1815), que la forteresse d’Huningue soit rasée et que ses fortifications ne pourraient être rétablies. La populace suisse s’était en effet jetée sur les villages français autour d’Huningue, saccageant et pillant les alentours, taillant en pièces ceux qui tombèrent entre leurs mains. En réponse, Barbanègre avait fait tirer sur Bâle (28 juin 1815). La forteresse et la cité Vauban furent alors rasées. Quant à Barbanègre, les ultraroyalistes demandaient sa tête, l’humiliation avait été trop grande et sa résistance trop longue. Il fut immédiatement mis en non-activité et une commission d’enquête fut réunie. Sa vie était en jeu, car les plus fanatiques obtinrent de faire fusiller le maréchal Ney ou le colonel de La Bédoyère. La commission jugea en sa faveur et il fut blanchi. Sous l’impulsion des modérés et de Louis XVIII conscient que la  paix et la réconciliation devaient être gagnées avec la population française, il fut nommé inspecteur d’infanterie (1818), puis obtint sa retraite (1820). Il mourut 10 ans plus tard, le 7 novembre 1830, à Paris. Il fut inhumé au Père Lachaise. Son nom avait été gravé sur l’Arc de Triomphe de Paris, et sa ville natale inaugura une statue de lui (16 août 1896). Elle était ornée de la fameuse phrase : « j’ai des vivres, de la poudre, de l’honneur, je ne me rendrai pas »… Contactée en 1999 par le Souvenir Napoléonien pour la restauration de sa tombe… la commune de Pontacq, cent ans plus tard ne daigna pas se souvenir de lui, ni répondre à la demande. Mais la ville d’Huningue, plus reconnaissante garde sa mémoire, ne l’ayant pas oublié, l’honorant encore dans une page du site de la mairie.